S 9. LES LESSIVES MERVEILLEUSES
Les traditions de lessives faites en plein jour, plus souvent la nuit, par des personnages surnaturels ou par des revenants se rencontrent partout où il y a de l'eau ; mais leur caractère varie suivant qu'elle est limpide, courante ou stagnante. C'est dans le voisinage des étangs ou des mares qu'on en a constaté le plus grand nombre: elles se distinguent des autres par la tristesse des laveuses, par la nature horrible des actes qu'elles y accomplissent, et qui ont en effet quelque rapport avec les exhalaisons malsaines des étangs et des marécages. Le plus souvent ces femmes sont des mortes condamnées à des expiations ; dans quelques légendes seulement elles se rattachent au monde de la féerie.
Lorsque les paysans voient au-dessus de” la cime des arbres les vapeurs qui s'exhalent parfois d'un marais au pied d'un amas de rochers appelé le Châleau des fées, ils disent qu'elles font la lessive : Las fadas fan la bujada*. Les fées de Haute-Bretagne affectionnaient certains doués ; quand elles y avaient lavé leur linge, elles l’étendaient sur le gazon, el il était si blanc, que l’on dit encore en parlant de beaux draps : « C'est comme le linge des fées ». Celui qui aurait pu arriver
1. Paul Sébillot. Traditions de la Haute-Brelagne, t. 1, p. 148-9, 2. L'Illustration, 1853,