LES LAVANDIÈRÉS DE NUIT
Parfois on entend, sans les voir, le baltoir de laveuses de nuit, dont la nature est assez mal définie ; Ce ne sont ni des fées ni des femmes accomplissant des pénitences posthumes. À Nercia en Franche-Comté d'invisibles lavandières chantaient sur les bords de la avant qu'on eût desséché l'étang de la Haye, on entendait chaque nuit, d’un village voisin, le bruit d’un battoir. On se rendait à pas comptés vers l'étang, on n’y voyait rien : sion s'éloignait, le bruit recommencait aussitôt: « Relirons-nous, disaient les gens, c'est l'heure de la laveuse ? ». L'étang de Maillebois, non loin de Dreux, est hanté par
Jeanne La Laveuse, qui se promène la nuit et rentre au jour dans les souterrains du château *.
Mare Branlante!:
Suivant une hypothèse, émise du reste incidemment, certaines de ces
femmes, qui sont aujourd'hui considérées comme des revenantes, furent jadis d'une autre race que les hommes‘. Les documents que nous possédons ne permettent pas de suivre cette évolution. Si, à l'heure actuelle, certaines lessives nocturnes sont faites par des esprits de diverses natures el parfois assez imprécis, elles passent, bien plus ordinairement, pour être imposées comme punition, à des mortes. D'après une croyance très répandue, elles expient un crime ouun péché gravecommis pendant leur vie. En Berry ce sont des mères coupables qui battent et tordent incessamment quelque chose qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, est un cadavre d'enfant. Chacune a le sien ou les siens, si elle a été plusieurs fois criminelle. En Ille-et-Vilaine, les infanlicides essaient en vain de faire disparaître la trace de leur forfaitf, Dans la région berrichonne, des laveuses qui ne sont pas des mères dénaturées ne lavent point des linceuls ou des draps ; c'est une espèce de vapeur d'une couleur livide, d'une transparence terne. Cela semble prendre quelque apparence de forme humaine et l'on jurerait que cela pleure el vagit sous les coups furieux des battoirs. On pense généralement que ce sont des âmes d'enfants trépassés sans baptême, ou d'adultes morts avant d'avoir reçu le sacrement de confirmation. Un métayer vit au lavoir de la Fonl-de-Fond, un malin avant le jour, trois femmes, dont l'uñe lui tendit un objet livide et impalpable, en l'invitant à le tordre : à la lueur d’un éclair, il reconnut que c'élait l'image du plus jeune de ses fils qui s'était, l'année précédente, tué en tombant d'ün arbre”. Le
1. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute Saône, p. 256. 2. Ladoucette. Usages de la Brie, p. 448.