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LES CHANTS DES LAVANDIÈRES DE NUIT

nuit noire. Ellé n’a pu y réussir, et, depuis des siècles on entend, à minuit, le bruit de son battoir quand on passe aux environs du doué du château du Plessix-Pillet ?.

La plupart du temps, ces revenantes du lavoir accomplissent leur besogne en silence ; Loutelois en Berry, elles font, assez rarement il est vrai, entendre un chant sourd et monotone, triste comme un De Profundis®. Paul Féval met dans la bouche des lavandières de nuit du Morbihan français ce refrain, dont l'origine populaire est assez douteuse :

Tors la guenille, Tors Le suaire des épouses des morts”.

En Basse-Bretagne, où elles sont appelées parfois Æannerez Noz, chanteuses de nuit, leurs paroles expliquent la nature de leur supplice et la facon dont 1l prendra fin :

Jusqu'à ce qu'il ne vienne un chrétien sauveur ; — I] nous faut blanchir notre

linceul, -- Sous la neige et le vent‘.

En Basse-Normandie les Mille-Lorraines, dites aussi Villes-Lorraines, sont des femmes-fées qui chantent la nuit, vêtues de blanc, à genoux sur la pierre polie des lavoirs ÿ.

Dans un conte de la Gascogne, dont la scène se passe en plein jour, une vieille femme qui, depuis un temps immémorial, est occupée à celte besogne, chante en lordant son linge noir comme de la suie :

Fée, fée. — Ta lessive. — N'est pas encore achevée. La vierge — Mariée — N'est pas encore arrivée — Fée ! Fée!

La reine, qui remplit cette condition bizarre, lui. aide à laver son linge ; dès qu'elle l'a plongé dans l’eau, il devient blanc comme du lait et la pénitence de la laveuse est finies.

ILest prudent de ne pas s'approcher des lavandières que l'on voit à des heurés insolites. Une femme de Dinan qui s’étail levée avant Jour pour se rendre au doué des Noes Gourdais, vit qu'elle avail été devancée par une personne encore plus matinale ; lorsqu'elle arriva à peu de distance de la laveuse, celle-ci étendit le bras qui tenait son baltoir, comme pour lui faire signe de ne pas avancer, et la femme vit

1. A. Orain. Le sù'e de Changé. Rennes, s.'d., in-12, p. 14. 2. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre} t. 1, p. 123. 3. Paul Féval. Les Dernières fées.

4. E. Souvestre. Le Foyer Breton, t. 1, p. 152. 5. Barbey d'Aurevilly. Une vieille maitresse, Paris, 1857, in-18, p. 266. Je n'ai trouvé que dans ce romancier cette attribution des lessives nocturnes aux Milloraines.

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