‹ Le folk-lore de FranceChapitre 357 sur 403 · J.-F. Bladé. Contes de la Gascogne, t. À, p · texte numérisé non relu

J.-F. Bladé. Contes de la Gascogne, t. À, p

que la lavandière avait une têle de mort : cette lavandière-squelette se montra, à diverses reprises, au même endroit'. En Poitou, une femme venue au lavoir avantil'aurore trouva une personne qui y était déjà installée, mais elle reconnut à temps qu'elle avait affaire à une laveuse de l’autre monde, et elle s'enfuit avant que l'esprit ne lui eût parlé?. Un garçon qui passait près d’une fosse ronde dans une prairie de l'Indre, répulée pour être le rendez-vous des lavandières de nuit, vit une femme qui lavait, el il lui adressa la parole, croyant la reconnaitre pour une vieille voisine; aussitôt une sorte de grande femme de couleur rougeâtre s'élança sur lui en l’entortillant de linges ensanglantés. D'autres fois ces laveuses saisissent l’imprudent, le battent dans l'eau et le tordent ni plus ni moins qu'une paire de bas*. En Vendée, celui qui traversant une chaussée d’étang le soir du Vendredi saint, s’attarde à écouter les lavandières noires, ne peut avancer ni reculer; il est fasciné et le battement régulier d’un battoir le terrorise. Tout à coup, le bruit cesse ; trois femmes l'entourent et lui disent: « Ton linceul t'attend ! » puis elles le saisissent et le jettent dans l'étang ; trois jours après le linceul l'enveloppe“. Ce trait du linceul blanchi à l'avance se retrouve en Basse-Bretagne : Une jeune fille qui passe la nuit près d'un étang voit sur l’autre bord une lavandière habillée à la mode du pays ; elle l'interpelle, et la femme répond qu'elle lave le drap de mort dans lequel on’‘ensevelira le lendemain le père de la voyageuse .

Sur les berges de l'étang de Roc-Reu (Calvados) un ou plusieurs grands spectres enveloppés de linceuls, lavaient vers minuit en poussant des gémissements. Quand le meunier leur adressait la parole, ils lui disaient : « Passé ton chemin, je te remitte ». Lorsqu'il devenait importun, ils effarouchaient ses mules ; le meunier ayant voulu se venger, alla les trouver un soir en sorlant de l'auberge, et il saisit à bras le corps un des spectres ; mais celui-ci l'emporta dans l'étang et l’y noya*.

Bien que la croyance aux lavandières de nuit soit probablement ancienne, la première mention écrite remonte seulement à la fin du X VIIT* siècie ; elle n’est ni très détaillée, ni très précise ; la voici : les laveuses, ar cannerez-noz (les chanteuses de nuit) vous invitent à Lordre leur linge, vous cassent les bras si vous les aidez de mauvaise grâce,

. Paul Sébillot. Létlérature orale, p. 202; Traditions, t. 1, p. 250. 2 Léo Desaivre. Le Monde fantastique, p. 10.

- Maurice Sand, in Rev. des Trad. PE t. Il, p. 524; George Sand. Légendes Lee p. 31.

4. G. de Launay, in Rev, des Trad. pop.,.t. V, p. 353. 5. À. Le Braz. Légende de la Mort, t. 1, p. 52. 6. A. Madelaine, in Rev. des Trad, pop., t. XVII, p. 136-137.

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