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LES LAVANDIÈRES ET LES PASSANTS

et vous noient si vous les refusez'. Ce dernier trait ne figure pas dans les récits assez nombreux recueillis depuis : Boucher de Perthes parlé d’une femme qu'il appelle aussi cannerez-nooz (en traduisant fautivement ce mot par laveuse, au lieu de chanteuse de nuit), qu'on aperçoit quelquefois près des fontaines ; elle présente un drap à tordre au voyageur, elle le tourne toujours du même côté que lui, et finit par lui couper les mains ?. Actuellement on dit que si on a l'imprudence de répondre à l'invitation des laveuses qui demandent qu'on leur aide à Lordre, il faut avoir grand soin de ne pas se tromper et d’observer la précaution indiquée par les anciens et qui es toute opposée. Une femme de Landéda (Finistère), qui revenait d’un repas de baptême, vit dans la nuit noire des lavandières qui la prièrent de leur donner un coup de main. Comme elle s'y prenait mal, les femmes la menaçaient de leurs battoirs, lorsque celle qui semblait être la supérieure, s’approcha d'elle et lui dit: « Tu es bien heureuse d'avoir porté un innocent à l’église: sans cela, je l'aurais si bien tordue, détordue, retordue, que jamais débrouilleur d'écheveaux n'aurait été capable de débrouiller ce que J'aurais fait de toi® ». Un garçon du pays de Léon qui, au lieu de prier pour les défunts, avait passé Joyeusement la nuit de la Toussaint, vit, en arrivant à une douez, les Kannerez-noz (chanteuses de nuil) qui frappaient leurs âraps mortuaires en chantant leur triste refrain. Elles accoururent à lui, en lui présenlant leurs suaires et en lui criant de les tordre. Il accepta, et pour éviter d'être brové, il tordit d’abord dans le même sens qu’elles; mais pendant ce temps, d'autres lavandières, parmi lesquelles il reconnut ses parentes défuntes, lui reprochèrent de les avoir laissées manquer de prières. Troublé par ces paroles, il tordit de l'autre côté ; le linceul serra à l'inslant ses mains, et il tomba mort, broyé par les mains de la lavandière*. En Haute-Bretagne, on ne raconte pas d'histoires aussi tragiques ; mais on croit qu’il est dangereux de se tromper de sens en tordant le linge avec les laveuses de nuit *.

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