Paul Sébillot, Trad. de la Haute-Brelagne, t. 1, p
Bien que les laveuses qui invitent le passant à leur aider soient surtout connues en Bretagne, on les retrouve en d'autres contrées, el ilest vraisemblable que, si la légende n’a été relevée qu'en un petit nombre de régions, elle a dû être plus répandue autrefois. Elle paraît rare en Berry, pays de lessives nocturnes et macabres; mais on l'a constatée dans l'Autunois : les lavandières qui lavaient les linceuls des morts obligeaient les paysans à les tordre avec elles, et, le malin on retrouvait le malheureux évanoui sur le pré, les bras tordus ; heureux s’il survivait à l’aventure!. Les Gollières à Noz, lavandières de nuit de la Suisse romande, sont des filles belles, mais mechantes, que l'on voit au clair de lune faire leurs lessives près des fontaines et des mares solitaires. Elles invitent les passants à les aider, mais si, par distraction, ils tordent à rebours, elles leur tordent le cou ?. Les Mille- Lorraines de la Basse-Normandie, appelées aussi Villes-Lorraines, qui sous les rayons de la lune sont placées en cercle autour de l'eau, arrètent aux échaliers le passant attardé qui entre dans la prairie où est situé le lavoir qu’elles hantent, et le forcent à Lordre leur linge; s'il s’y prend mal, elles lui cassent les bras*.
D'après une croyance qui, jusqu'ici, n'a été constatée que dans les environs de Dinan, ce sont les laveuses qui ont à redouter un personnage masculin, dont la nature n'est pas nettement déterminée ; il s'appelle le teurdous ou tordeur, ne lave pas, mais se présente aux lavandières, offre de leur aider à tordre leur linge, et leur casse les bras si elles acceptent *.
On a essayé d'expliquer, par des raisons d'ordre naturel, l'origine de la superstition des lavandières de nuit, l'une de celles qui terrifient le plus le paysan: ce bruit de battoir serait produit par le cri d'une sorte de grenouille ou d’un petit crapaud. En réalité, le prétendu revenantn'est autre parfois qu'unefemmetrès vivante qui valaver lanuit, parce qu'elle n'a pas eu le temps de le faire perdant le jour, ou qu’elle ne veut pas être vue s'occupant d’une besogne au-dessous de sa condition. Cette croyance a été, comme beaucoup d’autres, exploitée par des malfaiteurs. Dans un village de Vaucluse, on racontait qu'on voyait à un certain endroit des lavandières de nuit: le garde-champètre s ÿ rendit et il aperçut deux formes blanches qui tordaient du linge. Il leur intima l'ordre de cesser leur hbesogne ; mais les laveuses se mirent à ricaner, et l’une d'elles lui cria de venir leur aider, tandis que l’autre le saisissait au collet, en lui disant ce seul mot: « Tords!»1l tordit
4. Léon Marillier, in Le Brar. La Légende de la mort, 1'e édition, p. 380, note.
2, A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 12.