‹ Le folk-lore de FranceChapitre 361 sur 403 · Barbey d'Aurevilly. Une vieille maîtresse, p · texte numérisé non relu

Barbey d'Aurevilly. Une vieille maîtresse, p

4. Paul Sébillot. Noces sur les trad. de la Haute-Bretagne, ext. de l'Archivio, p. 5.

Deutinhe Des.

AIRE GÉOGKAPHIQUE DE LA EROYANCE 431

toute la nuit, et il s'apercut que le linge était magnifique. A l'aurore, les lavandières s'en allèrent, et dans la journée on appril qu'un vol considérable avait été commis dans un château voisin. Le lingé étant sale, les voleurs avaient eu l'audace de passer la nuit à le laver, après s'être affublés de peignoirs blancs, comptant sur la superstition du pays pour n'être pas dérangés”.

Si l'on considère au point de vue de sa répartition géographique la croyance aux lavandières de nuit, on voit qu'elle est surtout répandue dans l'Ouest, et principalement en Bretagne; les exemples relevés dans ce chapitre sont au nombre de 32, dont 24 de la région de l'Ouest (Basse-Bretagne 8, Haute-Bretagne 9, Poitou 2, Normandie 3, Touraine 4, Anjou 1)6 proviennent du Centre (Berry 4, Marche 2),2 de l'Est (Suisse romande 4, Alsace-Lorraine 1).

Il résulte de cette statistique que ces lessives macabres sont très rares dans les pays de Langue d’oc*; elles n'y sont pas loutefois inconnues, puisqu'on a constaté dans le Vaucluse (cf. p. 430 du présent volume) à une époque récente, un fait qui se passe au bord d’un ruisseau, et qui suppose que ces laveuses de l’autre monde sont redoutées. Si l'on ajoute aux revenantes qui lavent dans les eaux stagnantes, celles qui font leurs lessives auprès des rivières, on voit que 2 légendes ont été recueillies en Haute-Bretagne, 1 en pays bretonnant, 4 dans la Marche, 1 aux environs d'Autun, 4 dans le Vaucluse et 4 dans les Vosges. Ces trois dernières seules augmentent la liste des pays où cette superstition existe encore, et dans les Vosges: où l.-F, Sauvé essaya en vain de la retrouver, elle est en voie de disparition.

Les eaux stagnantes ne sont pas seulement fréquentées par les morts, condamnés à des expiations posthumes, qui manifestent leur présence en promenant des lumières ou en frappant le linge avec leurs battoirs; d'autres personnages, dont le classement n’est pas toujours facile, mais qui semblent se rattacher à l’innombrable et dolente tribu des revenants, les hantent aussi. Certains se montrent seulement au-dessus des étangs et des marais, mais au lieu de marcher sur les ondes, comme les saints et les héros de la mer, ils planent au-dessus, ou glissent en effleurant à peine la surface. Leur apparence est souvent celle d'êtres vêtus de robes blanches, aussi indécis que des brouillards, On les regarde alors

1. H. Vaschalde. Croyances et superstitions du Vivarais, p. 14.

2. J'ai prié plusieurs traditionnistes du midi de s'occuper de cette question : M. P. Fagot, qui a exploré le Lauraguais, et plusieurs autres de mes correspondants m'ont écrit que cette superstition n'existait pas dans leur pays.

comme des âmes en peine, soumises à une pénilence moins rude que celle des lavandières de nuit. Quoique la légende qui suit soit empruntée à un romancier, elle est vraisemblablement d’origine populaire, et elle explique assez clairement l'aspect de l'apparition, et les circonstances physiques qui ont pu lui donner naissance : La femme blanche des marais est une noble châtelaine qui revient de nuit visiter ses anciens domaines et glisse sans radeau ni barque sur les eaux tranquilles des marais de l’Oust. Les soirs d'automne, quand l'air est calme et chaud, on la voit parfois grandir et toucher du front les étoiles. Si le vent des nuits se lève, elle se met à osciller lentement, puis les plis de sa robe deviennent diaphanes ; la lune perce les long flots de ses cheveux. Le lieu où elle se tient d'ordinaire est situé au milieu des marais. Tout près de là l'Oust et une autre rivière croisent leurs courants, ce qui détermine un torrent fort dangereux en tout temps, et qui devient, lors de la crue des eaux, un véritable gouffre ; le jour on le voit de loin bouillonner et lancer vers le ciel une vapeur blanchâtre ou teinte des couleurs de l’arc-en-ciel ; la nuit on ne voit que la femme blanche. On raconte que la dame Ermengarde de Malestroit, pour sauver Son père poursuivi par les Français, se laissa entraîner par le torrent, et y péril, et à sa suite ceux qui la poursuivaient, montés sur un autre Chaland. Depuis elle revient chaque nuit planer au-dessus du gouffre qui fut son tombeau, parce que sa mor! fut volontaire el qu'elle sauva son père au moyen d’un péché.

On voyait aussi la nuit une grande dame blanche, enveloppée d'un manteau de brume, glisser rapidement sur les eaux de l'étang de Saint- Saud (Dordogne) puis se promener, en prononcçant des paroles m ystérieuses,sur lesdébris d’un dolmen voisin ; une dame paraissait marcher sans yenfoncerles pieds, sur le marais de Monterny, au crépuscule du soir ou au clair de lune; elle remontait ensuite au château où son père demeurait dans les anciens temps ; quelques-uns la prenaient pour la Bonne Vierge ?. Suivant une légende qui figure dans un recueil de nouvelles, chaque année, au 15 juillet, quand sonne minuit, on voit apparaître sur la surface de l'étang Saint-François, dans la forêt de Fougères, deux âmes réprouvées qui, enlacées, tourbillonnent dans une sorte de ronde et finissent par s’évaporer én fumée. Ce sont les spectres d’un moine et d'une femme du voisinage qui avaient autrefois des rendez-vous galants, la nuit, dans une barque ; un soir le mari oulragé prit une faulx fraichement aflilée, monta sur une autre barque et, ayant pu s'approcher sans bruit des amants, leur trancha la tête ; c'est depuis cette époque qu'au jour anniversaire de leur mort, le moine

1. Paul Féval. Les Dernières Fées, p. 1 et 31. 2. Ducourneau. La Guienne ; D. Monnier et A. Vingtrinier. Traditions. p.341,

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