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LES TEMPÉSTAIRES ET LES SORCIERS

et dans la Gironde auprès d'un lac, d'un étang ou d'un marais’. On disait autrefois en Saintonge que les curés pouvaient produire la grêle par eux-mêmes, sans le secours de personne, et sans aller au sabbat : il leur suffisait de battre avec une pelite verge merveilleuse les eaux d'un élang, d'une rivière ou d’une fontaine?. Cette croyance est également répandue en Gascogne: d'après un récit de ce pays, trois curés s'assemblent au bord d'une mare, ils en troublent l’eau, la mêlent avec la vase, et en composent un levain de grèle qui ravage toute la contrée*, Je n'ai pas trouvé dans la tradition contemporaine le trait du liquide magique qui, jeté dans l'eau, produit un changement dans l’atmospère ; il semble avoir été employé en Franche-Comté au XVII siècle. Deux femmes poursuivies comme sorcières, avouèrent au juge Boguet qu'elles avaient jeté dans l'étang de Balide certaine eau qu'elles avaient eue de leur démon et que tout aussitôt s'élevèrent plusieurs brouillards et nielles, qu'elles envoyèrent sur les noyers du village de Cornod*. :

C'est aussi auprès des eaux stagnantes que s'accomplissent des opérations qui ont pour but de détournerle bien d’autrui. Les cremettes ou soutireuses.de beurre du Loiret versent dans une mare le matin du premier mai, avant le lever du soleil, en prononçant une conjuration, le contenu d'un pot de crême. On peut se garantir de ce maléfice en allant le soir du même jour jeter de l’eau bénite sur le bord de la mare, en remuant l'eau avec un bâlon. En Franche-Comté quand on soupconnait une vache d'être traite à distance par un armailli sorcier, on mettait dans un trou de ses cornes un peu de cierge pascal ; ces cornes en se réflélant dans l’eau délruisaient l'influence diabolique des moyens magiques déposés par les sorciers au fond des abreuvoirs 5. Les fermières de la Puisaye qui veulent que leurs vaches aient de bon lait et en abondance, s'en vont le 1° mai, avant le jour, écrémer secrètement l'eau du marchais (mare) de leurs voisines.

On rencontre en Auvergne le parallèle d’un maléfice qui ailleurs se pratiquait au bord des rivières {cf. p. 372) : un homme ayant demandé à une femme un verre de son lait, celle-ci lui donna du lait de vache. L'homme lui dit de Ig suivre jusqu'à l'étang voisin: arrivé là, il mit dans le lait une certaine poudre, ordonna à la femme de jeter le verre

1. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 69: J.-M. Noguès. Mœurs d'autrefois en Saintonge, p. 222. k

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