S 8. LES HANTISES ET LES ANIMAUX
Des personnages dont la nature n'est pas bien déterminée, sorciers, lutins, diables, esprits sous forme animale, noient ceux qu'ils peuvent surprendre dans le voisinage des eaux dormantes. Les gens qui s'approchaient d’un petit étang entre Saint-Marcel et Sury y disparaissaient pour toujours ; les esprits noyeurs qui l'habilaient possédaient quelques têtes de bétail qu'ils contiaient à la garde du pâtre communal. Celui-ci résolut d'aller réclamer son salaire aux habitants de la Cave; mais, lui aussi, ne reparut jamais. Son successeur se garda bien d'aller chercher son dùû ; mais il n'y perdit rien ; un beau jour une de leurs vaches lui arriva, portant suspendue à l’une de ses cornes une bourse renfermant la somme qui lui était destinée. Aujourd’hui encore les enfants qui passent par là se tiennent à une grande distance du lieu ensorcelé ?.
La Demoiselle de Tonneville qui était, dans l’opinion du pays, une damnée, se montrait vêtue de blanc aux voyageurs et se plaisait à se faire suivre par eux jusqu’au bord de l’étang de Percy, où d'un coup brusque, elle les précipitait en riant du suscès de sa ruse °
Ces esprits malfaisants, pour mieux tromper les hommes, se présentent à eux sous l'aspect d'une monture à l’air doux et tranquille; Dans plusieurs récits ce coursier est doué de la faculté de mettre sur son échine autant de personnes qu'il s’en présente. On raconte en Artois qu'il y a bien longtemps, pendant que de jeunes garçons, au lieu d'aller à la messe de minuit, s’amusaient à jouer, un magnifique âne gris parut sur la place de Vaudricourt ; comme il ne semblait pas méchant, on s’approcha de lui: il allongea son encolure pour être caressé.. Un garçon plus hardi que les autres monta sur son dos, l'animal partit à un galop très doux, fit le tour de la place, et s ‘arrôta : ses compagnons montèrent sur son dos quis 'allongea je et vingt finirent s'y placer. Quand la messe fut terminée, le baudet qui caracolait d’une facon vertigineuse, bondit jusque dans l’abreuvoir,et tous les garçons furent noyés. Pendant certaines nuits de Noël, le baudet infernal se montre, portant ses victimes qui semblent torturées par la souffrance,
. D' Pommerol, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 614. . A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 195. , 3. Jean Fleury. Littérature orcle de la Basse-Normandie, p. 26.