Magasin pillorésque, 1853, p
château de Duingt, un petit îlot qui émerge seulement à J'époque des basses eaux, passe pour avoir été Île séjour des fées. Elles avaient planté une double ligne de pilotis dans toute la largeur du détroit pour jeter un pont entre le rivage de Duingt et celui de Tallouis ; leur travail est reslé inachevé, parce que le seigneur de Duingt ne voulut pas leur donner le beurre et le sel qu'elles ‘exigeaient pour le prix de leurs travaux. Ces piliers sont ceux d’une ancienne cité ‘lacustre !. A Conquereuil, on appelle ville de Coetma une immeuse excavation marécageuse, dans laquelle on trouve des pieux enfoncés dans la vase à une grande profondeur; c'est là que la ville à été engloutie, el l’on entend sonner sous les eaux, aux grandes fêtes, les cloches de son église ?. Suivant une tradition, des soldats auraient fait autrefois leur refuge dans les marais de Briouze, et, s'y retranchant sur des radeaux formés de poutres équarries qu'on y a retrouvées, auraient longtemps repoussé les attaques de leurs ennemis *.
Plusieurs particularités réelles, exagérées ou fausses des eaux dormantes sont l'objet d'explications populaires ou de traditions qui souvent n'ont été relevées qu'une seule fois, et qu'il est assez malaisé de classer par affinités de sujets. Sur le territoire d'Ardon, un marchais, dit le Marchais Rond, est présumé être sans fond; sur son emplacement était un temple qui fut englouli dans cet abime. Une seule ardoise a surnagé pendant deux jours sur ses eaux encore brûlantes. Une colombe a eu le courage de volliger sur leur surface, de prendre cette ardoise avec son bec, et de la transporter au lieu où est actuellement l'église d'Ardon, construction qui n'a été faite que par l'ordre de la colombe *. Une mare près des ruines d'une ancienne chapelle de Sainte Marie l'Egyptienne n'a jamais lari depuis qu'on y à jeté la clocie de la chapelle’. Un voyageur du XVII sièclé disait qu'il y avait en Franche-Comté un lac, dit Lac des Gouffres, sur lequel se formait un limon tellement épais que les piétons pouvaient marcher dessus *.
Ainsi qu'on l'a vu, les génies des eaux courantes réclamaient parfois le sacrifice d’un être humain ; ceux des eaux dormantes l’exigeaient aussi, mais beaucoup plus rarement. L'exemple le plus typique a été relevé en Alsace. Les eaux du lac Blanc, dans la vallée d'Urbis, étaient jadis d'une couleur grise ; les fleurs et les arbres qui poussaient sur ses bords étaient flétris et desséchés ; les poissons n'y pouvaient pas vivre. On ne voyait jamais d'oiseaux voler au-dessus de ses eaux, ni
Dessaix. Légendes de la Iaule-Savoie, p. 149...
a. Pitre de l'Isle. Dict. arch. de l'arrondis. de Saint-Nazaire, p. 29. » J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p. 359.