‹ Le folk-lore de FranceChapitre 392 sur 403 · L'ORAGE ET LA PLUIE · texte numérisé non relu

L'ORAGE ET LA PLUIE

la foudre frapper l'incrédule. On ajoute même que les feux sortent de terre, l'entourent et le consament.

D'après les croyances encore vivantes (cf. p. 437), en plusieurs pays, les sorciers pour exécuter leurs malélices troublent, non pas les belles nappes d'eau des montagnes, mais les étangs marécageux ; lorsqu ils les ont battus en prononcant des formules de conjuration, un changement ne tarde pas à se produire dans l'atmosphère, et des orages éclatent sur tout un pays et y portent la désolation. Les pratiques destinées à sauver les récoltes compromises par une sécheresse prolongée ou des pluies diluviennes s'accomplissent rarement sur le bord des étangs ou des lacs ; quoique l'immersion du bâlon de la croix processionnelle dans les fontaines, plus rarement dans les rivières, ait été probablement pratiquée aussi sur les eaux stagnantes, je ne crois pas qu'elle ait été relevée expressément en France. Le bain imposé en pareille occurrence à l'effigie du saint que l'on à fait sortir de son sanctuaire, bien que peu répandu, a été constaté tout au moins une fois en Limousin ; à Aix dans le canton d'Eygurande, on plongeait, afin d'obtenir de la pluie, la statue de saint Martin dans un étang qui portait le nom de l'apôtre des Gaules ?.

Les consultations faites par ceux qui veulent être renseignés sur la destinée des gens et, dont un si grand nombre sont en rapport avecles fontaines, ont été plus rarement pratiquées sur les eaux dormantes ; il y avait pourtant au Minichi, près de Tréguier, un étang, que l’on allait encore consulter dans la première moitié du XIX° siècle. Renan raconte ainsi comment il fallait s’y prendre : J'avais reçu, avant de naître, le coup de quelque fée, Gode, la vieille sorcière, me le disaitsouvent. Je naquis si faible que, pendant deux mois, on crut que je ne vivrais pas. Gode vint dire à ma mère qu'elle avait un moyen sûr de savoir mon sort. Elle prit une de mes petites chemises, alla un matin à l'étang sacré : elle revint la face triomphante. « IL veut vivre! il veut vivre ! criait-elle ! À peine jetée sur l'eau la pelite chemise s’est enlevée?! »

Les eaux stagnantes ne paraissent pas exercer beaucoup d'influence sur les choses du cœur. On s'adresse si rarement à elles que je n'ai relevé, dans cet ordre d'idées, que la singulière observance qui suit, dont on retrouve ailleurs, appliqué à des pierres, le parallèle. Lors de la fête champêtre au Chêne de Saint-Nicolas {Seine-Inférieure) les jeunes filles désireuses de se marier s'échappent dans la forêt. Elles

s’en vont par groupes à l'Arbre de Saint Nicolas, et là accroupies à

Page 1