‹ Le folk-lore de FranceChapitre 46 sur 403 · Bibliothèque d'Apollodore, trad. Clavier, t. I, p · texte numérisé non relu

Bibliothèque d'Apollodore, trad. Clavier, t. I, p

sur le roc. — Mais, mon Dieu, gémit saint Pierre, il n’y a que la mer autour de nous. — Homme incrédule, répliqua le Seigneur, tâte-y où et dis-moi si tu ne trouves pas le roc! » Saint Pierre souleva le manteau, et constata que l’eau liquide s'était transformée en rochers solides ; c’est l’île qui s'appelle Tatihou, en souvenir de l'interpellation du bon Dieu à saint Pierre‘. La petite ile de Verdelet, près de Dahouet (Côtes-du-Nord) est l'une de celles que Gargantua retira de son soulier ; mais une seconde légende plus gracieuse explique autrement son origine : une fée qui traversait la mer, pour se rendre de Jersey au Val André, avait trop présumé de ses forces, et un peu avant d'arriver an but de son voyage, elle n’en pouvait presque plus. Elle sentit alors dans son soulier une pierre qui la blessait ; elle se déchaussa pour l’ôter, et la laissa tomber à l'eau : la pierre grossit aussitôt et forma un ilot où la fée put se reposer avant de continuer sa route. Un rocher de la côte de Tréguier qui disparaissait jadis à la mi-marée, émerge toujours, même par les plus grandes eaux, depuis que saint Gildas, surpris par la marée, y trouva un refuge *.

Les Sette navi, les sept navires, rochers à l'entrée de la baie de Chiavari, sont dûs à une métamorphose analogue à celle du vaisseau qui avait reconduit Ulysse dans sa' patrie, et que Neptune, irrité contre les Phéaciens, transforma en pierre. Un matin, des pêcheurs d'Ajaccio virent une flotille de sept corsaires qui attendaient à l'ancre le lever de la brise de mer pour s'emparer de la ville. Les femmes vinrent implorer Notre Dame de Miséricorde, et la prièrent de se laisser porter à un endroit d’où elle pût, par sa présence, paralyser les infidèles qui menaçaient son sanctuaire. Elle fut amenée processionnellement sur la place voisine de la citadelle, qui est tournée vers la baie de Chiavari. Lorsque la brise se leva, les navires restèrent immobiles. Il en fut de même le lendemain. Quelques jours après, des pêcheurs s'étant risqués de l'autre côté du golfe, accompagnés d’un exorciste, constatèrent que les sept navires avaient été changés en rochers *. +

Ce n’est plus l'assimilation d'aspect à des objets connus, mais des particularités de couleur ou de stratification qui ont suggéré les explications légendaires qui suivent: Dans le pays de Tréguier, les grands écueils des Triagoz sont, comme la flèche de sable du Talbert, formés par les squelettes de noyés “ ; en Corse, l'île des Pêcheurs, dans un étang qui fut le port de l’ancienne ville d’Aléria, et qui semble composée

. Victor Brunet. Contes pop. de la Basse-Normandie, p. 13. . Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. I, p. 321-322.

. Edouard Chanal. Voyages en Corse, p. 15-117.

. Paul Sébillot. Légendes de la mer, t. I, p. 323.

d'écailles d’'huitres, a élé, dit-on dans le voisinage, constituée par les débris des huitres marinées que l'on expédiait jadis à Rome .

Des îles qui, originairement, n’en formaient qu'une, ont été séparées par un cataclysme, comme le furent celle de Ré et celle d'Oléron, lors de l’engloutissement de la cité qui occupait l’espace appelé aujourd hui Pertuis d’Antioche?. L'ile Sainte-Marguerite et l'île Saint-Honoratétaient réunies autrefois, et les vieillards disent encore l'ile Lérins en parlant des deux. Elle appartenait au diable qui y enfermait les lutins dont il n'était pas content. Un saint, dont on a oublié le nom, reçut de Dieu la mission de détruire le temple que Satan avait bâti dans l'île, et de la submerger. Plus tard, par une nouvelle permission du ciel, elle revint au-dessus de la mer, coupée en deux, et l’île Saint-Honorat était même couverte d’une belle forêt, où l'on voit les débris du temple du

diable *.

La violence des courants, parfois terribles aux abords de certains rochers ou de quelques îlots, est attribuée par les marins à la présence de génies malfaisants ou à diverses circonstances surnaturelles. Le diable fait sa demeure sur le Rocher-Maudit, au ras de Bréhat, et les bateaux qui s'en approchent, aspirés en quelque sorte par lui, sont perdus sans ressource ; les mauvais génies qui habitent un ilot très sauvage, appelé le Bruck, l’inculte, près du Port-Blanc, tout entouré de récifs, se plaisent aussi à entraîner les navires sur leurs pointes, et la mer yesttoujours en furie. D'autres écueils au nord de la petite île Ar C'hastel, le Château, dans les mêmes parages, exercent jusqu à une assez grande distance une attraction irrésistible*. Même par beau temps, la mer est grosse aux abords du rocher de Félouère, non loin d'Erquy (Côtes-du-Nord), un navire chargé d’aimant a coulé auprès, et les bateaux qui n'ont pas soin de s’en tenir éloignés, viennent s'y perdre, invinciblement attirés par celte cargaison‘. Le tourbillon du rocher de la Fauconnière à Plévenon (Côtes-du-Nord) ; dont les marins s’écartent avec terreur, s’est formé à l'endroit où disparut une fée qui se précipita dans les flots, lorsqu'un pêcheur y eut jeté le breuvage d'amour qu'elle lui présentait.

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