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LES NOMS DE LA MER ET LES VAGUES

Beaucoup de surnoms et d’épithètes de la mer sont expressifs et pittoresques. Plusieurs constatent l’admiration qu’elle inspire à ceux qui vivent sur ses bords. Les marins français l’appellent la Grande Eau, et, comme elle est pour eux l'eau par excellence, quand ils parlent de l’eau, sans y ajouter une épithète, il s’agit toujours de la mer. En Basse-Bretagne, on la nomme Mor braz, la mer grande, dans la Gironde, la gran ma, en Haute-Bretagne, la grand” mé salée. Cette idée de grandeur se retrouve dans la plupart des termes par lesquels on la désigne, et qui souvent font image. Sur le littoral de la Manche, elle est le grand élang, la grande fontaine, la source inépuisable. Les marins l’appellent la grande rue, parce qu’elle est la grande artère commerciale, et-pour eux, naviguer sur la grande rue, c’est tomber à la mer. A l’idée d'’immensité se rattachent aussi les désignations de : La grande tasse, le grand bassin, la grande marmite !.

D'autres appellations viennent de comparaisons entre certains de ses aspects et ceux de la campagne : sa couleur verte lui a fait donner le nom de grand pré, qui est aussi usité dans le langage argotique, où: faucher le pré désigne la condamnation aux travaux forcés ; c'est une survivance de l'époque où les galériens coupaient de leurs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie *. En Basque on surnomme la mer Landa lihoa, le champ de lin, et l’on raconte à Saint- Jean de Luz, que deux paysannes, venues pour la première fois sur ses bords, s’écrièrent : Oh ! le beau champ de lin*. Les ondulations du lin en fleur éveillent en effet assez aisément cette comparaison, qui n'est pas particulière au pays basque : dans plusieurs contes populaires, des gens voyant un champ de lin fleuri, bleu comme la mer et qui ondule sous la brise comme les vagues, s'écrient que c’est la mer, et se déshabillent pour y prendre un bain. Cet acte est attribué à des habitants de pays auxquels leurs voisins accordent une forte dose de naïveté : en Haute-Bretagne, il est accompli par des Normands en voyage, ou par des Jaguens, qui pourtant habitent Saint-Jacut de la Mer et sont presque tous marins“. Dans un conte picard, six compagnons peu avisés pren-

- Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. 1, p, 22-26.

. Lorédan Larchey. Dictionnaire d'argot.

. Paul Sébillot, 1. c., p. 25.

. Paul Sébillot, in Mélusine, t. II, col. 441 et 466 ; Contes de la Haute-Brelagne, t. I, p. 243, 245 ; Liltérature orule de la Haute-Brelagne, p. 253-6 ; Charles Roussey. Contes de Bournois (Franche-Comté), p. 160.

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