‹ Le folk-lore de FranceChapitre 51 sur 403 · LES ÎLES PRÉSERVÉES DES SERPENTS · texte numérisé non relu

LES ÎLES PRÉSERVÉES DES SERPENTS

On raconte la punition exemplaire d’un pêcheur de Saint-Enogat, qui d’un coup d’aviron avait crevé l'œil à un chef marsouin ; le lendemain, il ne vit plus son bateau à la place où il l'avait amarré la veille : il ne le relrouva que huit jours après, complètement brisé, dans une crique de la Rance ; une autre barque qu'il avait achetée fut, un jour d'orage, entourée de milliers de marsouins qui la poussèrent sur un rocher de Saint-Enogat, près de la Goule-aux-Fées, où elle fut mise en miettes, et le marin se sauva à grand peine !.

Suivant des croyances populaires assez répandues, des iles sont à l'abri de certaines bêtes dangereuses. Quelques-unes ont été débarrassées, en des circonstances merveilleuses, des reptiles qui les infestaient, et il en est plusieurs où ils ne peuvent vivre. Saint Hilaire de Poitiers étant débarqué dans l'ile de Gallinarie qui était pleine de serpents, ils s'enfuirent à son approche et il planta un poteau au milieu de l’île, en leur ordonnant de se contenter de la partde terrain qu’il leur laissait ?. Saint Honorat employa un moyen plus radical: lorsqu'il arriva à l'ile qui porte maintenant son nom, elle était remplie de reptiles venimeux qui en défendaient l'approche. Le saint, montant sur un palmier dont il existe encore un rejeton, invoqua la toute puissance de Dieu. A sa voix, la mer envahit l’île et submergea la race immonde qui la peuplait ; quand elle se retira, saint Honorat se mit à bâlir son monastère ; et depuis, dit un vieil historien, én eeste Isle, il n'y a jamais eu ni serpent ni lezard, ni autres bestes rampantes venimeuses *. Il en fut de même à l'ile d'Yeu, après que saint Arnaud eut forcé à se précipiter à la mer un énorme serpent qui l'habitaitt, Saint Maudès ayant été dévoré par des reptiles de toute sorte, demanda à Dieu, comme grâce spéciale, que la terre qui renfermerait ses restes mortels possédât le privilège d'en être à Jamais débarrassée; c’est pour cela qu’on ne trouve à l’île Maudès, ni couleuvre, ni salamandre, ni crapaud, et qu'un peu de terre de ce lieu jetée sur l'un de ces animaux suflit pour le faire mourir *. Saint Budoc fit disparaître pour toujours de l'ile Verte, voisine de Bréhat, les bêtes venimeuses, et lorsque les frères quéteurs du couvent qui y existait autrefois allaient sur le continent, lis distribuaient des pincées de la terre de cette île, qui passait et qui passe encore pour guérir de ia morsure des serpentsf. En quittant Guernesey, saint Patrick

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