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LES SENTIERS DANGEREUX

souhaité le bonsoir, il était sûr de trouver ses filets remplis de poisson !.

De Bruck à Trestel, au pays de Tréguier, sur une étendue d’une demi-lieue, la côte est maudite. Naguère personne ne s'y hasardait Ja nuit, et un quatrain populaire y placçait le domaine du mauvais ange ; avant de passer, même de jour, par ce lieu, les gens se signaient, craignant quelque effrayante apparition *. À l'ile d'Arzon voyait aussi le diable assis sur un rocher du rivage; par les nuits de tempête, il confondait sa voix avec le bruissement des vagues, et poussail de terribles hurlements”*.

Il est rare que les fées qui venaient souvent vers les falaises étendre leur lessive ou former des rondes, soient accusées de malveillance à l'égard des passants. À Saint-Cast, les femmes menacçaient les enfants indociles de les conduire à la pointe de l'Isle pour y être fouettés par les fées avec les longues lanières de fucus dont les bonnes dames se servaient pour se battre lorsqu'elles étaient en colère ; mais c'était sans grande conviction qu on leur prêtait ce rôle de Croquemitaine*. Il semble qu'à l'heure actuelle les idées soient en train de se modifier à leur égard, en même temps que l'on oublie leur rôle si gracieux dans les légendes d'autrefois; je n'en connais cependant qu'un exemple typique. La Goule-ès-Fées près de Dinard était habitée jadis, ainsi qu'on le verra au chapitre suivant, par des fées bienveillantes: on raconte maintenant que celui qui oserait s'aventurer, un soir de clair de lune, au-dessus de leur demeure, serait exposé à être saisi par un tourbillon qui l'entrainerait dans la grotte, où il serait dévoré par les méchantes fées qui y sont enchainées*. Certaines fées normandes, d'une nature indécise el quelque peu salanique, élaient aussi dangereuses et malfaisantes. Lorsqu elles tenaient leur foire dans la cité de Limes, près de Dieppe, elles attiraient jusqu'au bord de la falaise ceux qui se laissaient prendre à leurs agaceries, leur donnaient une poussée et les précipitaient en riant dansla mer. Celles de Guernesey étaient au contraire en bons termes avec les babitants dont elles empruntaient les charrettes, et l'on entendait parfois, au milieu de la nuit, le bruil d’une voiture sur les falaises et sur les bords des précipices du promontoire de Pleinnont, dans des endroits où jamais un cheval n'aurait pu mettre le pied ?.

. G. Fouju, in Rev. des Trad. pop.,t. VI, p. 416. . PaulSébillot lc t11/233; . Vérusmor. Voyage en Basse-Brelagne, p. 72.

. Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pécheurs, p. 13. Lucie de V.-H., in Revue des Trad. pop., t. XV, p. 116. . L. Vitet. Hisloire de Dieppe, p. 381.

. Edgar Mac Culloch, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 107.

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