XX
A l'île d'Ouessant, les Zréo-fall, méchants esprits que l'on appelle aussi Danserienn noz ou danseurs de nuit, sont des personnages assez vaguement décrits, mais vraisemblablement de petite taille comme leurs congénères de la terre ferme. Ils mènent leur ronde, au clair de la lune sur les falaises, et invitent les passants à y prendre part, en leur promettant des trésors. L'homme qui accepte doit planter son couteau dans le sol, puis, en suivant la danse, il faut qu'il le rase à chaque tour, sans jamais le dépasser. S il oublie cette précaution, les Danserienn lui brisent les reins ; s’il remplit les conditions voulues, ils lui accordent sa demande, quelle qu'elle soit!,
Les nains des falaises étaient presque toujours d'une humeur sombre : le Korandon que l'on vit se promener, même en plein Jour, sur celles de Bilfot, près de Paimpol, ne parlait à personne et ne répondait pas à ceux qui le hêlaient? ; mais on ne l’accusait pas d'une foule d'actes méchants, comme le Nain Rouge du pays de Caux. Il a, disait-on vers 1840, une physionomie sévère en rapport avec la contrée abrupte où il se montre. Il n'est pas difficile d'entrer en communication avec lui. Mais il punit cruellement ceux qui le dérangent par un simple motif de curiosité. Les habitants de la vallée de Veuletles disent que plusieurs de leurs compatriotes sont borgnes, boiteux, contrefaits, et qu'ils doivent ces infirmités aux mauvais traitements du Nain rouge. D'autres, plus heureux, ont su l'apprivoiser, el n’ont eu qu à se louer de ses bons procédés. Les pêcheurs de la vallée de Palluel passent la nuit à la garde des filets qu'ils ont tendus. Cependant cette précaution ne serait
pas suffisante peut-être pour les mettre à l'abri d'une attaque, si l'on ne savait que ia plupart d'entre eux sont en communicalion avec le Nain rouge. À Dieppe et aux environs, le Nain Rouge est aussi parfaitement connu. Un Jour deux pêcheurs qui allaient au fond du Pollet,
aperçcurent, en approchant du sommet de la côte, un petit garçon, assis sur le bord de la route, et lui demandèrent ce qu il faisait là : « Je me repose, dit-il, car je voudrais reprendre ma course jusqu à Berneville. — Bien ! répliqua un des pêcheurs, vous pouvez veuir avec nous ; c'est le chemin que nous suivons aussi ». Làa-dessus, il se mirent tous trois en marche. Chemin faisant, le petit garçon inventait mille espiègleries, pour amuser les pêcheurs. Cependantils étaient -arrivés à un étang proche de Berneville. Là le malicieux garcon se saisit d'an des pêcheurs et le lança en l'air comme il aurait pu faire d'un volant, et de manière à ce qu'il dût retomber dans l’eau Mais ce fut une grande surprise pour le méchant lutin de voir que le pêcheur était arrivé sain el
4. F.-M. Luzel, in Revue de France, 1874, p. 126 ; Contes de Basse-Brelagne t. II,
pe 403-4145 2. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. I, p. 240.