‹ Le folk-lore de FranceChapitre 58 sur 403 · NAINS ET ESPRITS DU RIVAGE · texte numérisé non relu

NAINS ET ESPRITS DU RIVAGE

sauf de l’autre côté de l'étang. « Remerciez votre patron, s'écria-t-il de sa petite voix cassée, qui vous a inspiré ce matin de prendre de l'eau bénite à votre lever ; sans quoi il vous fallait essayer d'un bain de surprise !

Les feux-follets sont assez rares au bord de la mer et ordinairement avant d'y arriver, ils ont commencé à se montrer à quelque distance du

rivage. À l'ile de Batz, le Feu follet quis'y fait voir de temps en temps, est

une sorte d'esprit qui a une redoutable puissance de fascination. Ceux sur lesquels il l'exerce, attirés par lui comme l'oiseau par le serpent, le suivent partout sans pouvoir s'en défendre. Il les conduit sur les falaises, d'où il les précipite de roche en roche dans quelque trou noir. Pour se soustraire à son influence, il faut faire le signe de la croix dès qu'on l'aperçoit, mais il est prudent de se hàter, car on nest pas sûr d’avoir à temps les mains libres.

Je n'ai pas retrouvé dans la tradilion contemporaine les lutins naufrageurs et porte-feux dont un poète du XVI° siècle raconte les méfaits à la suile de son énuméralion des supersiitions rurales. Ce son :

.Les mallins qui faignans de conduire Au haure désiré la nuit quelque nauire L'ont fait courir fortune et brisé rudement A l'encontre un rocher sur lequel luisamment, Tres meschans, ils monstroient une clarté flambante Paroistre sous couleur de quelque lampe ardente Pendue en vne tour qui enseigne le port La nuit à celuy qui en cherche l'abort à.

Comme le seigneur de la Motte Messemé à habité l’Anjou, et guerroyé dans le voisinage, il est vraisemblable quil rapporte une croyance poitevine ; sur cette côle on a fait « tanguer l'âne » jusqu àune époque assez moderne, et il est possible que, pour ne pas être dérangés, les pilleurs de mer aient propagé la croyance à ces esprits porte-feux. On peut noter cependant que, ainsi qu'onle verra plus loin, des feux follets qu'agitent des lulins apparaissant sur les dunes, et qu'une légende provençale rapportée, par an écrivain romantique, mais dont l'origine populaire semble probable, attribue à un revenant mal intentionné un rôle analogue à celui des lutins du XVI° siècle : à Saint-Mandry où apparaissaient les ombres d'un mari et d'une femme dont un méchant ermite avait causé la mort, celui-ci, sous ]

la forme d'une flamme bleuâtre, allirait au milieu des écueils les

marins assez imprudents pour se fier à ce fanal imposteur *,

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