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Ê 4. LES SABLES ET LES DUNES

Les pointes de sable qui forment des espèces de promontoires très bas et portent le nom de flèches ou de sillons, et celles qui constituent un isthme étroit entre le continent et un plateau rocheux qui, sans cette circonstance, serait une île véritable, ont parfois une origine légendaire. Le sillon du Talbert, qui, partant de la côte de Pleubihan, s’avance dans la mer à plus d’un kilomètre, est très redouté des marins. Il se compose en entier, disent-ils, des os des naufragés, et c'est pour cela qu'ilest blanc; sa pointe est un aimant qui attire les bateaux ; aussi les marins trécorrois récitent une prière qui rappelle celle usitée au passage du Raz, lorsqu'ils naviguent en vue de ce dangereux écueil. Un dicton constate la crainte qu'il inspire:

Arok tremen Kraou Alberz

Grel ho kiniad qoude kovez.

Avant de passer le sillon du Talbert, faites vos prières après vous être confessé *.

La partie maritime de Saint-Jacut de la Mer fut entièrement cernée par les eaux jusqu'au jour où le patron du lieu y fit un miracle ; poursuivi par les soldats d'un seigneur hostile aux chrétiens, le saint se voyait sur le point d'être atteint sur le rivage, lorsqu'il fit une prière,

1. L.-F, Sauvé, in Mélusine, t. T1, col. 282. . Richard. Guide de l’île d'Yeu, p. 84-5.

: Paul Sébüllot. Légendes de la Mer; t, 1, p. 331.

et, posant la main sur l'eau, il dit: « Je désire qu'une terre relie cette ile au continent. » Aussitôt une langue de sable sortit de la mer, et forma une sorte de route sur laquelle il put marcher à pied sect.

Les monticules des dunes sont souvent en forme de cônes et ressemblent assez à de gigantesques tas de blé vanné. Il est v'aisemblable qu'ils ont des noms en rapport avec cet aspect, el que !. légende qui suit, inspirée par cette assimilation, se retrouve ailleurs que sur le littoral du Finistère. On dit à Portzall que des fées, ayant commis un meurtre, furent condamnées, pour l'expier, à aller chercher du sable dans la mer et à en compter les grains, jusqu’à ce qu'elles fussent arrivées à un chiffre que l'imagination peut à peine concevoir. Les monticules entre Portzall et Lampaul représentent le tas que chaque fée eut à compter?. La légende d’après laquelle le cône le plus considérable des « mielles de Paramé » ne serait autre chose que la bosse enlevée, dans des circonslances qu'oa lira plus loin, à une couturière contrefaite, par des fées dont elle avait complété la chanson, ne doit, malgré son apparence populaire, être considérée que comme un épisode imaginé par l’auteur et ajouté à cetle légende des fées danseuses qui était autrefois racontée à Saint-Malo #. Ainsi qu'on l’a vu, p.60, la mer en se retirant après avoir englouti une forêt, laissa sur le rivage l'épaisse couche de sable qui forme les dunes de Suint-Briac.

En raison de leur isolement, ces petits déserts de sable passent pour étre, surtout à certaines heures, le domaine d'êtres surnaturels. A Guernesey les dunes et les hougues, petits monticules de sable qu'on appelle hoguettes en Haute-Bretagne, étaient le rendez-vous favori de toutes les fées de l’île ; celles du Creux des fées sortaient, la nuit de la pleine lune, de leur grotte pour danser sur les dunes qui avoisinent la baie du Vazonÿ. Les mielles de la Hoguette, près de Paramé, étaient la salle de bal des fées du voisinage qui, jadis, y venaient tous les soirs former des rondes. Elles avaient un refrain très court, et peu varié puisqu'elles répétaient toujours en dansant :

Vendredi,

Samedi, Et dimanche !

une couturière bossue qui avait entendu dire qu'elles danseraient jusqu'à la fin du monde’si elles n’arrivaient pas à trouver une finale à leur couplet, entra un soir dans leur ronde et eut l'idée de le compléter en disant *:

. Paul Sébillot. Petite Légende dorée, p. 56.

. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. 1, p. 243.

. E. Herpin. La côte d'Emeraude, p. 186.

. Edgar Mac Culloch, in Revue des Trad. pop., t. LV, p. 105, t. LIL, p. 482.

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