LES VAGUES
à des animaux paisibles: en Haute-Bretagne, elle est douce comme un mouton, dans le Finistère, comme un agneau. Quand elle est dans cet état, on lui donne l’épithète de blanche : Mor gwen en Basse-Bretagne, Mar blanco en Provence‘. Dans le Finistère, on dit alors qu'elle est d’un calme blanc, expression aussi usitée dans le Pas-de-Calais, où elle est: blanque comme ein drap; elle est blanquettée quand elle commence à se calmer?. La mer sans mouvement a aussi été comparée à du lait : Mor sioul e-c'hiz al leaz, tranquille comme du lait. Plus ordinairement, lorsqu'elle est très calme, elle à été assimilée à l'huile, image qui rend assez bien certains de ses aspects, et qui est usitée en Basse-Bretagne, dans la Gironde, sur le littoral boulonnais et sur les bords de la Méditerranée *.
Lorsqu'elle reflète les objets sans les déformer, on dit en Provence qu'elle fait miroir, Fai mirau; ailleurs qu'elle est claire comme un miroir, unie comme une glace, droite comme un miroir ou comme un papier, unie comme un lac, ou calme comme étang. Dans quelques pays, les pêcheurs disent qu’alors « elle se regarde‘ »; en Basse-Brelagne qu'elle attend fortune, ou qu'elle ne bouge pas plus qu'un enfant qui dort’. Victor Hugo a employé une image analogue : l'apaisement de la mer élait inexprimable ; elle avait un murmure de nourrice près de son enfant ; les vagues paraissaient bercer l’écueilf. De la mer parfaitement calme et unie, on dit en Basse-Bretagne qu’elle est bonne à servir de promenoir aux mouches, et les matelots boulonnais disent alors : Les mouqu' à pleument l'iauve”.
La tendance à prêter à la mer les passions d’un être animé se reflète dans un assez grand nombre d’expressions. Lorsqu'elle est agitée, on dit couramment qu’elle est en démence ou en folie, quelle est mauvaise. Dans le pays boulonnais, elle se courrouce, s’arpiffe, se met en colère ‘°. Quand souffle la tempête, elle est enragée ou déchainée, par une comparaison avec un animal, qui est souvent employée en parlant des vagues.
Son bruit est aussi l’objet d'expressions animistes et imagées. Parfois les pêcheurs disent que la mer chante ; dans un conte gascon, où elle est personnifiée, elle chante pour dire à deux petits jumeaux
1. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. 1, p. 50-31 ; Mistral. Tresor dou Felibrige 2. Deseille. Glossaire des matelots boulonnais.