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Deseille. Glossaire des matelots boulonnais

10, E. Deseille. |. c.

de prendre courage, et de marcher devant eux, parce que le temps est proche où ils retrouveront leur père et leur mère!. Elle gronde aussi, ou crie comme une personne. Dans le gros temps, lorsqu'elle fait entendre des sons qui ressemblent à une plainte, on dit en Haute-Bretagne qu'elle brait (crie en pleurant). Dans le même pays, elle « chante » sur les grèves ; mais au pied des falaises elle « brait comme un âne. » D'autres fois, par assimilation à un taureau, elle mugit ou elle beugle ; en Provence, la Mar bramo :.

On a comparé son bruit à celui d'une cloche ; on dit couramment que la mer « sonne ». Je ne l'ai pas entendue appeler : le grand houhou ! expression qui se trouve dans un recueil littéraire ‘ : mais les pêcheurs de la Manche la surnomment Ron/lot, la ronfleuse, par allusion à la monotonie bruyante qu'elle a parfois ÿ.

Le fracas de la mer est aussi atiribué à des êtres surnalurels ou à des âmes en peine. Selon les habitants de l'ile d'Arz (Morbihan), les voix lamentables que semblent jeter la nuit les vagues ne sont autre chose que les plaintes des bolbiguéandets, génies malfaisants qui se réjouissent d'annoncer les tempêtes et les naufrages f. Sur la côte du Finistère, ce qu'on prend pour le bruit tumultueux de la mer n’est bien souvent que le cri de douleur et d’épouvante de ses innombrables victimes. Comme les âmes des noyés ne peuvent trouver de repos tant qu'une terre chrétienne ne recouvre pas leur enveloppe mortelle, les naufragés pleurent de rage et hurlent de désespoir, chaque fois que la lame en fureur roule leurs ossements dans ses plis et les éloigne du rivage. Ces âmes désolées sont connues dans presque toute la Bretagne, sous le nom de Ârierienn, crieurs”.

La rapidité de l’évolution des vagues, leur écume, dont les volutes ressemblent à des crinières, les a fait assimiler à des coursiers. On a vu que la mer elle-même est aussi désignée par des noms qui supposent des idées analogues. Dans le pays de Tréguier, certaines vagues qui se succèdent les unes aux autres comme des chevaux à la course, s'appellent: ar marc'h hep kavalier, le cheval sans cavalier, ou: ar march hep he vestr, le cheval sans son maitre. Lorsque la mer est déchaïînée, c’est le cheval qui saute hors de son champ ; sur la côte du Finistère, quand elle moutonne, elle fait danser les chevaux blancs ;

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