‹ Le folk-lore de FranceChapitre 72 sur 403 · Contes, t. II, p · texte numérisé non relu

Contes, t. II, p

D. Contes, t. Il, p.01,

6. Contes, t. II, p. 65;t. III, p. 3; in Soc. arch. du Finistère, t. XIII, p. 210, 243, 245 ; in Rev. des Trad. pop., t. 1, p. #1 ; in Archivio per le tradiziont popolari, t. V, p. 260,

1. Littérature orale, p. 22; in Soc. arch. du Finistère, t. XIII, p. 211 ; Contes des Landes et des Grèves, p. 214; Contes des provinces de France, p. 101.

8. Contes, t. LL, p. 3, 41, 47; Traditions et sup., t. I, p. 94; Contes, t. II, p. 87; Littérature orale, p. 13.

Les bonnes dames possédaient aussi des animaux domestiques qui allaient pâturer, invisibles, dans les champs des hommes ; quelquefois elles prenaient, pour les garder, des pâtours et des bergères ‘. La nuit tout le monde pouvait voir les fées, mais en jour ce privilège n’était donné qu'à un petil nombre de personnes ; celles qui avaient eu les yeux frottés avec des pommades magiques les reconnaissaient sous tous les déguisements ?. Grâce à ce mystérieux onguent, les fées pouvaient se rendre invisibles ou se transformer ; queiques-unes en profitaient pour voler ?. Elles semblaient considérer que certains larcins leur étaient permis : si elles prenaient des huîtres dans les parcs, si elles enlevaient du poisson ou du bétail, elles indemnisaient largement, pardes dons variés, ceux qui se plaignaient, ou elles favorisaient les gens assez avisés pour les laisser faire sans trop murmurer. En général elles se montraient secourables : les mauvaises fées, et on les nommait ainsi, étaient une exception ; les autres s'appelaient les « bonnes dames » ou « nos bonnes dames les fées »; c'était la reconnaissance et non la crainte qui leur faisait donner ces noms affectueux. Les récits du littoral racontent longuement leurs bienfaits : elles possédaient, comme les châtelaines, des secrels pour guérir les enfants, même du croup, ou pour cicatriser les blessures‘; ordinairement charitables, elles donnaient aux pauvres gens qui venaient les implorer ou qui leur avaient rendu service, du pain qui ne diminuait point — c'était leur présent le plus habituel — des objets inépuisables ou inusables ; mais ces dons si précieux perdaient leur verlu si on n'observait pas la condition imposée par elles et qui consistait à n'en parler à personne et à ne pas les partager avec des étrangers *. Parfois elles accordaient une partie de leur puissance à ceux qu'elles avaient prisen affection, et surtout aux enfants dont elles avaient voulu être marrainesS ; elles les emmenaient aussi dans leurs grottes, où la vie était si plaisante que vingt ans y paraissaient un jour ‘.

Comme les fées des autres groupes, celles des houles s'emparaient parfois des enfants des hommes pour y substituer les leurs ; c’est ainsi que l’une d'elles prend une petite fille jolie comme les amours, et met à sa place une petite créature laide comme les péchés capitaux et qui

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2. Contes de la Haute-Brelagne, t. 11, p. 54, 68; Lilléralure orale, p. 925, 19 Contes de la Hautle-Bretagne, t. I, p. 122.

. Contes de la Haute-Bretagne, t. I, p. 53, 84, 27, 65, 48, 51. . Contes de la Haute-Brelagne, t. 11, p. 29, 32, 64 ; t. I, p. 67, 68. - Contes, t. Ip. 10; 424, t."I[, p. 7,24, #4, 66,10, 88; t. III, p. 121. . Contes, t. IT, p. 96-97. Contes des Landes et des Grèves, p. 42-43. “bontes; LE p::9% 10; 361" III; p. 4&

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110 LES GROÏTES MARINES

avait l'air vieux ; une autre enlève un petit garcon, et lui substitue un poupon qui avait la mine d'un vieillard *.

Les gestes de ces fées, dont la demeure est si voisine de la mer, que les vagues en lèchent souvent l'entrée, sont rarement en relation avec les eaux. Nulle légende ne fait même allusion à leurs bains, alors que les fées terrestres prennent fréquemment leurs ébats dans les fontaines ou les rivières. Elle ne s'occupent guère non plus à capturer le poisson, par des procédés naturels ou magiques ; mais elles volent celui que les pêcheurs ont pris ou mis en réserve ; un seul conte parle d’un « féetaud » pêcheur : il possède un bateau qui a le privilège de s'agrandir assez pour que plusieurs fées puissent y prendre place ou bien de se rapetisser suffisamment pour qu'il le porte sous son bras aussi aisément qu'un panier. C'est l'un des trois exemples de bateaux des fées : celui des fées de la houle du Grouin n'était visible que la nuit ; dans le jour elles le cachaient dans leur grotte; des fées et des féetauds avaient une grande barque qui n’était pas merveilleuse, puisqu'elle coulait bas, et que ceux qui la montaient furent heureux d'être secourus par des pêcheurs ?. Les fées et les féetauds n'avaient pas sans doute le privilège de marcher sur les eaux sans y enfoncer, qui ne leur est attribué expressémentquedans un seulrécit?; toutefois c'estpeut-être decette manière que les dames de la Houle de Poulifée se rendirent de Ia côte de Bretagne en Angleterre“. En réalité, les habitants des grottes du rivage ne sont guère maritimes que par leur résidence et quelques circonstances accessoires ; la grande majorité des actes qu'on leur attribue a pour théâtre la terre ferme, dans un rayon il est vrai peu éloigné de la mer.

Les fées des houles étaient de belles personnes, aussi belles que des Bonnes Vierges, disaient certains conteurs, sans donner de plus amples détails de physionomieou de costume. Elles ne vieillissaient point et n'étaient pas exposées aux maladies : toutefois, quand elles étaient en mal d'enfant, elles avaient recours aux bons oflices des matrones du voisinage. Elles devenaient sujettes aux infirmités et à la mort dès qu'on leur avait mis du sel dans la bouche : c’est parce que le sel touche les lèvres dans la cérémonie du baptême que celles qui devenaient chrétiennes cessaient d’être immortelles *. Une plus grande quantité de

1. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Brelagne, t. Il, p. 16; t. 11, p.28. Traditions et superstitions, t. |, p. 90.

2. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 3; t. II, p. 53 ; Contes des Landes el des Grèves, p. 26-27.

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