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LE DÉPART DES FÉES

cette substance odieuse aux esprits pouvait les faire périr aussitôt : toutes les fées du pays de Plévenon moururent même à la fois, parce que, pour se venger de l'une d'elles, un garçon, la voyant dormir la bouche ouverte, lui lança dedans une poignée de sel!.

D'après une opinion courante chez les vieilles gens, il ÿ a unetrentaine d'années, les dames des houles vivaient encore ; mais elles avaient émigré et cessé d'habiter leurs demeures du littoral quand avait commencé le « siècle invisible » c’est-à-dire le dix-neuvième siècle : mais elles devaient y revenir au « siècle visible » qui commencerait en 14900. Cette croyance est encore assez bien conservée pour que, il y à quatre ans, des paysans voyant passer des dames en automobile, les aient prises pour des fées qui voyageaient pour voir si le pays leur plaisait autant qu'autrefois

Ces légendes s’attachent à des grottes qui n'existaient pas avant que la mer eût profondément modifié, aux premiers siècles de notre ère, d'autres disent bien auparavant, toute celte partie du littoral ; elles sont probablement très anciennes, et on les racontait sans doute à des époques lointaines, en leur donnant pour théâtre des houles que la mer a emporlées, en même temps que les falaises où elles étaient creusées. Quant à leur conservation sur les divers points de nos côtes où naguère elles étaient bien connues, elle pourrait tenir à une cause qui n'a rien de poétique : en raison du voisinage des îles anglo-normandes où, ainsi qu'on le verra, existaient des traditions apparentées, la contrebande a été autrefois très active dans ces parages ; il est possible que les intéressés aient, de leur mieux, entretenu ces vieilles croyances, et raconté les gestes des fées, pour ne pas être dérangés par les douaniers quand ils cachaient les marchandises prohibées dans les houles, souvent d'un accès assez difficile, où leurs compères venaient les chercher la nuit, pour aller les vendre dans l’intérieur des terres. En ce qui concerne la France, les traités de commerce qui, sur les côtes de la Manche, ont à peu près complètement fait cesser la fraude, auraient aussi, par une conséquence assez inattendue, amené l'effacement graduel de ce groupe légendaire.

Cette explication, que j'ai donnée en 1899, se rapproche de celle qui se trouve dans un livre paru en 1903, mais dont les matériaux avaient été réunis trente ans auparavant. Sir Edgar Mac Culloch, bailli de Guernesey, mort nonagénaire en 1896, ignorait mon hypothèse, et la sienne m'était aussi inconnue, Il n’en est que plus curieux de constater

1. Paul Sébillot. Contes de la Haulte-Bretagne, t.11, p. 97; in Almäanach du Phare, 1897, p. 91.

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