‹ Le folk-lore de FranceChapitre 74 sur 403 · Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. 1, p · texte numérisé non relu

Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. 1, p

qu’elles sont, au fond, concordantes. D'après lui ces cavernes, où il n'était pas commode de pénétrer, aussi bien par terre que par mer, avaient en quelque sorle servi d’entrepôt aux contrebandiers qui faisaient la fraude du tabac et des spiritueux, pendant la période qui suivit celle où il y avait des ports francs dans l'île !.

Les pêcheurs de la baie de Saint-Malo et de celle de Saint-Brieuc, qui connaissaient tant de récits sur les gestes des habitants des grottes, ne paraissaient pas se préoccuper de l'origine de leurs demeures ; cependant on disait à Plévenon que la houle de Crémus, au-dessous du cap Fréhel, avait élé creusée par une fée, pour mettre son filleul à l'abri des mauvais desseins de son ennemie ?. Une légende, insérée dans un livre qui n’est point écrit par un traditionniste, raconte comment fut formée la Goule-ès-Fées, caverne familière aux baigneurs de Dinard. Par une nuit de tempête épouvantable, un pêcheur dont la barque à moitié brisée était jetée de rochers en rochers, vit tout à coup, à la lueur d’un éclair, une sorte de forme humaine, blanche et vaporeuse, se dresser au seuil d’une ouverture que la foudre venait de pratiquer dans la falaise, et presque aussitôt sa barque, entrainée par une force surnaturelle, se précipita dans ce gouffre qui semblait une « gueule » immense. La lame, venant s’y engouffrer à son tour, la fit disparaitre ; mais le lendemain le pécheur fut trouvé endormi au fond d'une jolie barque neuve, et remplie de poissons, à quelques brasses de’ cette grotte, que l’on crut depuis habitée par les fées *.

Il n’est pas certain que le directeur du Casino de Dinard, auquel ce récit est emprunté, ait rapporté sans surcharge ce qu'il avait pu entendre dire, et l'intervention de la foudre, qui opère une sorte de changement à vue, lui a peut-être été suggérée par ses occupations professionnelles. Outre qu'on n'en retrouve pas le parallèle, cette circonstance était ignorée des personnes du pays que j'ai interrogées, et elle ne figure pas non plus dans un autre récit qui présente une variante de la dernière partie. Un soir d'automne, alors qu'une brume épaisse recouvrait les rochers de la côte, un pêcheur vit une femme habillée de blanc qui, de la main, lui faisait signe d'approcher. Il voulut s'éloigner du rivage, mais une force invincible l'y ramena malgré lui. Sa barque alla s’engouffrer et se briser dans la Goule-ès- Fées, et, lancé contre les parois de la grotte, il perdit connaissance. Le lendemain, il s’éveilla, frais et dispos, dans un charmant bateau

1. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 141, 2. Paul Sébillot. Contes pop., t. II, p. 96.

3. Lagneau. Guide du Casino de Dinard, St-Malo, 1880, in-32, p. de

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