GROTTES DES ILES NORMANDES ET DU COTENTIN
Dans le commencement de ce chapitre, j'ai résumé les épisodes de la vie des fées des houles, dispersés dans les cinquante récits, quelquesuns assez fragmentaires, dont elles étaient l’objet, il y a moins de trente ans ; l'indication des sources permettra de les lire dans le texte même. Je donnerai avec plus de détail les traditions qui s’attachent aux grottes de Guernesey, le groupe le plus important après celui de la Manche bretonne, parce qu’elles sont en plus petit nombre et qu'elles figurent dans des ouvrages peu connus-en Frauce. Elles ont été recueil: lies vers le milieu du xix° siècle, par Madame Louisa Lane Clarke qui les a insérées dans son Guide to (ruernsey et dans Folk-Lore of Guernsey. Quarante ans plus tard, sir Edgar Mac Culloch, bailli de Guernesey, alors octogénaire, écrivait pour la Revue des Traditions populaires plusieurs articles, d’après ses souvenirs de jeunesse, et une enquête plus récente, faite avec beaucoup de soin. Il est regrettable que l’on n'ait pas entrepris dans les autres îles de la Manche une explo-
A. Paul Sébillot. Légendes locales, t. 1, p. 49-51, d’après la Vague, écho des plages bretonnes, 19, 26 juillet, 2 août 1891.
ration analogue ; il s'y trouve aussi des houles, et les noms qu'elles portent supposent des traditions : à Jersey on relève les grottes des Creux Fantômes, nombreuses dans la baie de Saint-Brelade, celles du Trou du Diable; à Serk, la Grotte des Boutiques et la Cheminée du Creux Terrible qui communique avec une excavalion dans la falaise !. De même que leurs voisins de la Manche bretonne, les Guernesiais ne faisaient pas remonter le départ des fées à une époque éloignée : un pêcheur dit à Madame Clarke qu'il ne les avait pas vues, mais qu'elles s'étaient montrées plusieurs fois à son grand-père ?. Elles étaient mâles et femelles et on les appelait faies et faitiaux * ; ce dernier nom, à part sa forme plus patoise, est identique à celui de féetauds que l'on donne, aux environs de Saint-Malo, aux fées mâles, qui n’ont point de nom spécial dans le français classique, parce que les contes littéraires ne les connaissent pas.
Les pêcheurs de Guernesey n'étaient pas certains que les habitants des grottes les eussent quittées,et,la nuit, ils ne s’aventuraient pas volontiers dans leur voisinage. Le Creux des Fées, sur la péninsule du Houmet, était une de leurs principales résidences. C’est une caverne de peu de dimension, creusée par les flots dans un rocher granitique très friable, et abondanten particules de mica,qui reluisent au soleilcomme des paillettes d’or, circonstance qui a peut-être donné lieu aux croyances qui s’y rattachent. On ne peut y pénétrer qu'à mer basse, et en grimpant sur de grosses masses de rochers entassés à l'entrée. Un passage souterrain, difficile à trouver, conduit, à deux milles de distance en ligne droite, à une voûte sous l’église de Saint-Sauveur, où aboutit aussi un long couloir qui part du Creux Mahié, dans la paroisse de Torteval, particularité qui se retrouve dans les légendes des houles en Bretagne, et en Basse- Normandie. Dans cette grotte, un trou, pas plus grand que la bouche d’un four, donne accès à une salle spacieuse taillée dans le roc: au milieu est une table de pierre sur laquelle sont étalés des plats, des assiettes et des gobelets, ustensiles destinés aux fées et analogues à ceux qui se voient dans les houles du cap Fréhel. Mais à Guernesey, personne n'avait osé aller s'assurer de la réalité de la chose. Ce Creux des Fées était l’objet de plusieurs récits merveilleux : une ménagère d'Albecq, qui était garde-malade et sage-femme, fut réveillée une nuit par un inconnu, qui lui dit qu’on avait besoin de ses services pour un enfant en danger. Elle le suivit, et arriva à l'entrée du Creux des Fées ; à mesure qu'elle avancail, tout changeaït d'aspect ; les rudes parois de
1. Joanne. Guide de Brelagne, p. 599, 605, 620. 2. Louisa Lane Clarke. Guide to Guernsey, pb. 14. . Edgar Mac Culloch, in Rev. des Trad. pop.,t. II, p. 422.
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