LES TRÉSORS
de celles de la terre ferme, pour recéler des richesses. Deux seulement des nombreuses légendes des houles de la Haute-Bretagne parlent, et presque incidemment, de trésors: un château du monde souterrain, auquel on accédait en passant par la houle de la Corbière, avait des coffres d'or dans ses caves que seule pouvait ouvrir une clé magique ; un nain assis sur un trépied entre un brasier et une grosse pierre qui fermait l'entrée d'une caverne, gardait les trésors des fées dans la Houle de Poulifée !; une grotte à Yeaudet et celles des Korrigans de la presqu'ile Guérandaise contenaient aussi des richesses . Celle conception de cavernes à trésors, qu'on retrouve dans la Loire-Inférieure, semble plus commune sur le littoral de la Provence. Un pêcheur s'étant aventuré sur les rochers du Cap qui abrite La Giolat, tomba à la mer et ne se fit aucun mal, ayant invoqué au moment de sa chute sainte Madeleine ou Notre-Dame de la Garde ; Il pénétra dans une grotte qui renfermait les plus belles branches de corail que l’on puisse voir : mais, ce jour-là, il ne songea pas à dérober les richesse raient, et voyant un rayon de soleil qui lui indiquait la il se hâta de sortir de la caverne. Quelques jours après il y relourna, mais, suivant les uns, il ne put en retrouver l'ouverture ; d’après les autres, quand il eut ramassé le corail, ilne revit plus le rayon lumineux qui devait lui servir de guide, et il mourut de faim à côlé de sa richesse? Cette tradition a été rapportée sous une forme moins légen daire dans le premier quart du xix° siècle: un nageur ayant été entraîné dans une grotte, y vit des branches du plus beau corail, et s'en élant chargé, fut assez heureux pour trouver une ouverture. Toute la ville de La Ciotat était alors persuadée de cette découverte, mais personne n en a connu l'auteur, et on a essayé en vain de retrouver cette mine merveilleuse *.
s qui l’entouvoie à suivre,
À Guers, non loin de Toulon, la caverne du Loup est remplie de , Î [ trésors ; mais il n'est pas facile d'v arriver, Car l'entrée en est gardée , (e) par un loup de mer gigantesque (labrax lupus ou bar) prêt à s'élancer sur les chercheurs*.
Les noms de cerlaines grottes perpéluent le souvenir d'événements qui S'y étaient passés, mais qui n'avaient rien de surnaturel, À Biarritz, la Chambre d'amour rappelle la légende, souvent racontée, de deux amants que la mer y surprit. Elle était connue dès le commencement du xix° siècle, avant de figurer dans l'Hermite en province dont la vignelte du frontispice représente la catastrophe; la grotte à Madame,
1. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. 1, p. 38, 97. 2. Bérenger-Féraud. Superstitions el survivances, t. III, p. 364.
. Cte de Villeneuve. Statislique des Bouches-du-Rhône (1821), t. 1, p. 255. + Albert de Larrive, in Revue des Trad. pop., t. XVI, p. 202.
à Piriac, avait été ainsi appelée après qu'une veuve, devenue folle à la suite de la mort de son mari, s’y fut laissée noyer”.
La Goule du Loup, grotte auprès de la Briantais, à l'embouchure de la Rance, avait peut-être été le théâtre de quelque aventure tragique, qui s’est transformée en une sorte de facétie, que l’on raconte aux enfants de Saint-Servan pour les engager à se tenir tranquilles pendant qu'on fait leur toilette ; Guichard, qui ne voulait pas se laisser peigner, fut attiré dans la grotte par ses poux qui avaient soif; c'est là qu'il s'endormit et qu'il fut avalé par les vagues”. 2
En dehors des deux faits cités plus haut, et qui sont en relation avec des cavernes jadis habitées par des saints, on n'a relevé, à l'époque contemporaine, aucun acte superstitieux où cultuel qui se rattache aux grottes maritimes. Le trait qui suit est peut-être très moderne, et il semble que la coutume était surtout pratiquée par des civilisés. Jusqu'à ces dernières années, quand les bateaux allaient en excursion à l'ile de Césambre, on ne manquait jamais de visiter la grotte de saint Brandan qui s'ouvre dans la falaise, et l'on disait que le saint faisail trouver des maris aux filles”.
On va ramasser dans les houles de Saint-Cast des herbes, auxquelles
on attribue la vertu de guérir toutes sortes de maladies. Elles y étaient autrefois cultivées secrètement par les fées qui les employaient à fabriquer la pommade qui servait à leurs enchantements. C’est pour cela qu'on les appelle Herbes à sorciers *.
. À. Blanloeil. Récits bretons, p. 161.
. F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 507.
. Comm. de M. Eugène Herpin.
. Paul Sébillot, in Archivio per lo studio delle tradizioni popolari, t. V, p. 516.
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