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LES ESPRITS CRIEURS

était armée de griffes pointues avec lesquelles elle déchirait la figure des petits garçons qu’elle rencontrait le soir sur.la grève *.

Les sables et les rochers de la plage sont lé théâtre de diverses autres hantises, parfois assez vaguement décrites, mais d'une nature généralement déplaisante. Lorsque la tempête faisait rage, l'Ankou, personnification de la Mort en Basse-Bretagne, venail s'asseoir sur un rocher et riait aux éclats’. Par les jours de gros temps, une ombre errait autour du récif de la Roche Rouge dans la Lieue de Grève {Côtes-du-Nord); elle allait au-devant des voyageurs attardés, et les attirait peu à peu vers la mer qui les engloutissait*. Les feux-follets que l'on voit dans le voisinage de la mer, sont, au pays de Tréguier, l'objet des mêmes superstitions que le feu de Saint-Elme ; à l’île de Batz, on semble les considérer comme des lutins noyeurs : ils se plaisent à égarer ceux qui ont l'imprudence de les suivre, et qui vont se jeter dans la mer en croyant continuer leur route sur la terre ferme“.

D'autres esprits manifestent leur présence par des cris, et parfois, comme les Braillards de l’île de Noirmoutier, ils portent un nom caractéristique. Ceux-ci poussaient des cris plaintifs, la nuit, quand le vent soufflait avec violence. Les marins, croyant entendre des naufragés qui réclamaient leur aide, se jetaient à l’eau et nageaient à leur rencontre; mais plus ils avançaient, plus le courant semblaitemporter les Braillards. Ils reculaient jusqu'à ce qu'ils eussent entraîné leurs bienfaiteurs au bord d'un précipice ; alors ils se soulevaient au-dessus des vagues, riaient bruyamment et disparaissaient. Près de Carnac, le lutin protéiforme Collé Pohr en Dro appelait au secours, comme s’il était sur le point de se noyer ; quand il voyait qu'on se mettait à l'eau pour le secourir, il marchait au milieu des flots et éclatait de rire. Un esprit appeleur, bien connu en Basse-Normandie sous le nom du Moine de Saire, se lient tantôt au bord de l’eau, tantôt il se fait entendre sur la mer. On le voit souvent dans la rade de Cherbourg, sous l'apparence d’un homme qui se noie. [l crie : « Sauve la vie! » Si un matelot s'avance pour le secourir, le fantôme saisit la main qu’on lui tend et entraine le malheureux au fond des flots. Alors un ricanement infernal se fait entendre à l'endroit d'où partaient quelques instants auparavant des accents de détresse. Quelquefois le moine se place sur les rochers et ne cesse de crier à ceux qui passent sur la grève: «Allez par ici, venez

. Paul Sébillot. Le Folk-Lore des pécheurs, p. 12. . Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. TI, p. 107. . Du Laurens de la Barre. Nouveaux fantômes brelons, p. 206. . L.-F. Sauvé, in Mélusine, t. Il, col. 139.

. Viaud-Grandmarais, in Annuaire de la Sociélé d'émulation de la Vendée, t. X, p. 343.

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