J. Buléon, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p
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par là ! » afin de les attirer aussi dans la mer. Il fréquente particulièrement les rivages de Réville et de Rideauville, où tous les sauniers de ces parages passent pour êlre en commerce avec lui’. Aux environs de Gréville, quand la tempête est violente, des cris lamentables sortent parfois de la mer. Si on se dirige du côté d'où ils paraissent provenir, ils semblent partir tout à coup du côté opposé. On met un canot à l'eau, la voix se fait entendre de plus en plus au large, l'individu que l’on croil apercevoir sombre pour reparaitre plus loin ; le mieux c'est de regagner la côte, s'il en est temps encore. Ce personnage est le Moine de Saire, un damné qui veut entrainer à sa suite les gens dans l'enfer. Il se montre aussi sur le rivage, reconnaissable à son froc blanc ; il cause avec le passant, le défie à la course. et s'il acceple, il l'attire peu à peu vers la mer ?.
La presqu'île sablonneuse de Penn-er-Lo à Quiberon était Jadis le domaine d'une d’une sorte d'esprit, à la voix mélodieuse, qui s'appelait Pautre Penn-er-Lo, le garçon de Penn-er-Lo. Il se présentait aux voyageurs qui Sélaient laissés surprendre par la marée ou par la nuit, au gué qu'il fallait franchir avant la construction de la route de Plouharnel à Quiberon, et il leur proposait de le leur faire passer sur son dos. S'ils acceplaient, il les transportait jusqu'au milieu du gué, et arrivé là, il les précipitait dans la mer en riant à gorge déployée *?.
Suivant les vieux marins de Luc-sur-Mer (Calvados), les personnes qui, par mauvais temps, la nuit, sortaient sans lanterne sur le bord de la mer, voyaient un fantôme noir sans tête. C'était l'indice d'un très mauvais temps et l'annonce d’un naufrage. Pour parer à ces dangers, les habitants se munissaient de lanternes et par ce moyen indiquaient aux marins de l'endroit où ils pouvaient heureusement débarquer*.
À Yport et dans les villages voisins, des espèces d'animaux marins, sous l'apparence de moutons ou de chevaux, se montraient souvent sur le rivage. Leurs yeux, d'une douceur enchanteresse, fascinaient celui qui les regardait; bientôt, malgré lui, il plongeait dans la mer à leur suite et ne reparaissait plus’. Aux environs de Carnac, le lutin Collé Pohr en Dro prenait quelquefois la forme d'un cheval; si quelqu'un avait l'imprudence de monter sur son dos, il galopail vers la mer, et arrivé au fil de l'eau, s'évanouissait entre les jambes de son cavalier E
Les sorciers sont assez rarement en rapport avec le rivage : pourtant
- Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 265.
. J. Fleury. Lit. orale de lu Basse-Normandie, p. 32-33. 3. Abbé Collet, in Rev. des Trad. pop., t. XI, p. 364.
. Com. de M. L. Quesneville.
,. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 216. 6. J. Buléon, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 219-280,
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le Sorcier rouge se promenait la nuit au bord de l'eau près de Roscoff, et précipitait dans les flots quiconque avait la témérité de troubler sa solitude. Comme les tempestaires de l’intérieur, il excitait les orages en frappant la mer à coups de fourche ou avec une longue gaule ‘. Une femme de Guernesey, dont on fit le procès en 1617, avoua qu’elle se rendait parfois sur la plage pour le sabbat?. Les sorciers de Noirmoutier se réunissaient à l’anse du Coin de Maupas, et c’est là qu'ils se mettaient en communication avec ceux de l'ile de Ré. Dans le Mentonnais, les sorcières s'assemblaient près de la mer, Sous un caroubier*.
Quoique les pêcheurs de la Manche disent que, de minuit aux premiers raÿons de l'aurore, les grèves ne sont plus aux vivants, mais au démon, alors que dans l'intérieur des terres, l'heure du diable commence à dix heures pour finir à deux heures du matin, je ne connais aucune légende où le diable en personne apparaisse sur les sables 5.
Je n'ai pas non plus retrouvé dans la tradition contemporaine les «chanteuses de nuit » qui, d'après un romancier maritime, étaient les esprits malfaisants de la grève à la nuit close.
Le poète Claudien disait, sans doute d’après des récits de voyageurs, que les Armoricains voisins de la mer voyaient passer les pâles fantômes des morts el entendaient le bruit de leur vol et dé leurs lamentations. Cette croyance est encore répandue de nos jours sur plusieurs points du littoral 7. En Bretagne, les morts y viennent en procession ou isolément, accomplir un vœu fait en mer, une pénitence posthume, ou implorer une sépulture chrétienne. Des jeunes filles virent un soir, près de Saint-Servan, des enfants de chœur, un aumônier, des marins en pantalons blancs qui, sortis de la mer, s'en allaient faire à Saint-Jouan le pèlerinage qu'ils avaient promis, morts ou vifs. Un capitaine de Binie, Surpris par un orage subit, avait aussi formulé un vœu pour lui et son équipage ; mais il était trop tard, et son navire périt corps et biens. Cependant le vœu étant formé, il fallait l'accomplir. La nuit suivante, on vit défiler le long des rochers de la côte une procession composée d'autant de personnes qu'il y avait d'hommes dans l'ejuipage. Tous
. Vérusmor. Voyage en Basse-Bretagne, p. 211.
. Louisa Lane Clarke. Guide to Guernsey, p. 15.
. Benjamin Fillon. Poitou et Vendée, p. 263.
. J.-B. Andrews, in Rev. des Trad. pop.,t. IX;:p. 335. + Paul Sébillot. Notes sur les traditions, p. 4.
. Eugène Sue : Kernok le Corsaire, 1841, in-18, p. 4.
. In Rufinum, 1. I.
8, F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 505,
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étaient vêtus de linceuls blancs, dégouttants d'eau salée, et chantaient d'une voix lugubre les litanies de la Vierge en se dirigeant vers la chapelle de Notre-Dame de la Ronce. A leur arrivée, celle-ci fut subitement illuminée, ils chantèrent encore sous les voûtes, puis les clartés disparurent. Seulement on entendit encore le long de la falaise un Libera sourdement murmuré à travers le bruit des flots'. À l’anse de Vorlen, dans la baie des Trépassés, les morts sortent de la mer et traversent le sable pour gagner une chapelle du rivage?. Des processions de noyés ont lieu sur la grève et dans les garennes abandonnées la nuit de la Toussaint : un pêcheur, en venant d'amarrer son bateau, vit sur la plage des lumières et une infinité de gens qui se dirigeaient vers l'église. IL ôta son chapeau et les suivit ; mais, quand il voulut entrer dans l’église avec eux, l’ancien recteur, défunt depuis quinze ans, abattit la main sur son épaule, et lui dit de retourner chez lui, parce que ce n’était pas la place des vivants. Quelquefois on ne voit rien, mais on entend des appels et des prières qui partent toujours du même endroit : ce sont les naufragés ensevelis dans les sables de la baie des Trépassés, qui réclament une poignée de terre bénitet. Certains morts ne restent pas tranquilles lant que celte satisfaction ne leur a pas été accordée. La main d'un corsaire hollandais enterré sur le rivage de l'île Loscouet, sortit du sable à plusieurs reprises, jusqu'au jour où l'on jeta sur sa fosse quelques pelletées de terre du cimetière Saint-Sauveur *. Suivant une croyance à peu près générale en Bretagne, les noyés dont le corps n’a pas été retrouvé et enseveli en Lerre sacrée, errent éternellement le long des côtes Il n’est pas rare qu’on les entende crier dans la nuit, lugubrement « Jou ! Jou ! » On dit alors dans le pays de Cornouaille : « £-man lannic ann dd a iouall ! Voilà petit Jean de Ja Grève qui hurle ! » Ce nom de /annic ann 6d est appliqué à tous les noyés hurleurs. Iannic n’est pas méchant pourvu qu'on ne s'amuse pas à lui renvoyer sa plainte sinistre ; mais il arrive malheur à celui qui se risque à ce jeu. Si on lui répond une première fois, il franchit d'un bond la moitié de l'espace qui le sépare de l'imprudent ; si celui-ci répond une deuxième fois, il franchit la moitié de celte moitié ; il rompt le cou de l'homme qui lui a répondu une troisième fois. Les Ærieren noz, les crieurs de nuit, âmes errantes des naufragés qui demandent le repos en terre bénite, errent et se lamentent parmi les grands rochers
1..Ducrest de Villeneuve, iv Revue litt. de l'Ouest, 1836-71, p. 136 et suiv. 2. H. Le Carguet, in Revue des Trad. pop.,t. VI, p. 656.