CHAPITRE
Les Récits véridiques.
«fWntfnkJMi
;s légendes et les contes merveilleux ou mystiques ne suffisaient pas aux narrateurs des veillées de rétable. Pour la satisfaction de leurs auditeurs, ils fouillaient dans les souvenirs et rappelaient les grands événements
rimé à la chanson des nains. Dans notre version, la bonté est récompensée et Tarrogance punie :
Cf. F. M. Luzel : — Contes populaires de la Basse- Bretagne (Paris, Maisonneuve).
Des versions différentes circulent en Picardie ;
Cf. Camoy : — Littérature orale de la Picardie /Paris, Maisonneuve).
Cf. Mélusine : — Recueil de mythologie. Littérature populaire, traditions et usages y publiée par H. GaidoietE, Rolland, (1878 et 1884-1897, in-4'*).
rapportés par les ancêtres : hivers rigoureux, années de sécheresse, disette et famine qu'ils engendraient, épidémies, ravages occasionnés par les loups, procès célèbres contre gens ou /;c7^5, atrocités commises par la'Baiided'Orgères.
Ces récits, puisque véridiques, ont leur place indiquée, à la suite des légendes et des contes ; car notre histoire locale serait incomplète si nous laissions dans l'oubli quelques-uns des événements principaux auxquels ils furent empmntés.
lin notre Beauce, si fertile en grains, quelques nuits glaciales amenaient un désastre. On reste elfrayé, en parcourant les annales de notre histoire locale, du nombre de disettes qui s'y trouvent signalées.
Remontant jusqu'au moyen âge, nos chroniqueurs narraient les misères engendrées par les hivers de 1408, 1433; plus tard, de 1570 ; puis de 1608, 1693 et enfin de 1709.
Ce dernier, parce que plus rapproché de nous apparemment, a été surnommé Itgratid hiver.
Tous les arbres fmitiers furent gelés ; lés bestiaux étaient trouvés morts dans les étables. Les arbres des forets, éclatés par la violence
du froid, périrent. Les voyageurs, en grand nombre, mouraient sur les routes.
A la suite de cet hiver, la famine fut générale ; le blé atteignit 50 à 60 francs le scpticr, prix inaccessible aux paysans . On fit du pain avec du son de blé, du gland, de la faine ; l'herbe même servit à l'alimentation. Cette mauvaise nourriture engendra des maladies nombreuses ; de véritables épidémies s'en suivirent. La misère fut si grande que des mûres abandonnèrent leurs jeunes enfants dans les églises, espérant que quelque âme charitable en prendrait soin.
Avec les lois qui président actuellement aux transactions commerciales, avec nos rapides moyens de communication, avec l'échange universel, nous sommes à l'abri de ces calamités que supportèrent nos pères.
Aussi est-il à présumer — l'égoïsme aidant, — que nous écouterions d'une oreille plus que distraite ces récits qui terrorisaient les anciens. C'est que ces malheureux voyaient, eux, cette épée de Damoclès perpétuellement suspendue sur leur tête.
Les histoires racontées sur les loups frappaient Tesprit des habitués des veillées. Ces animaux ont, en effet, causé des ravages effrayants dans notre pays beauceron. A la fin du XVIIIe siècle, malgré des battues importantes, organisées par les louvetiers aidés des paysans, le nombre de ces animaux carnassiers semblait toujours s'accroître.
Les cantons d'Auncau, de Voves, d'Orgéres et de Bonncval furent les plus éprouvés en Eure-et-Loir. On n'osait sortir de chez soi dès la chute du jour. Les annales rapportent qu'un grand nombre de personnes, hommes, femmes et enfants, furent la proie des loups.
Le village de Luigny fut dépeuplé en iioo. L'Orléanais fut désolé par leur présence, en 1440, et en 1697. Le vendredi 8 janvier 1740, tout près de Chartres, trois personnes furent à demi dévorées et moururent. La municipalité de Brou demanda, en 1796, de la poudre pour délivrer la con-
trée des loups. Un enfant de douze ans fut poursuivi par un loup, à Maisons, en 1798.
A Saint-Denis-les Ponts, un loup enragé fit plusieurs victimes.
Bien connue, l'aventure de ce violoneux de Gasville qui, poursuivi par un loup, lui donna, morceau à morceau, son gâteau de la fnariée^ puis grimpa sur un arbre où il joua de son instrument sans faire partir son ennemi ; .. . il fut enfin délivré de sa périlleuse situation par des voyageurs qui suivaient la route en voiture.
Soit forfanterie, soit habitude du danger qui rend plus hardi et môme imprudent, quelques personnes s'aventuraient parfois dans les endroits fréquentés par les loups :
elles disaient savoir la Patenôtre du Loup. C'était, suivant la croyance populaire, une sorte de prière, composée de paroles magiques, qui avait le pouvoir de faire fuir le loup lorsqu'on la récitait en sa présence.
Les loups apparaissaient à la chute du jour, à l'heure où la clarté est incertaine, et où il est difficile de distinguer un chien d'un loup ; de là le proverbe vulgaire : Entre chien et loup.
Afin de varier leurs récits, les narrateurs tombaient du terrible dans le macabre ; ils racontaient les procédures faites et sentences rendues par les baillis des justices seigneuriales contre des animaux domestiques, qui avaient blessé ou tué des personnes. C'était la peine du talion dans toute sa rigueur.
En ce temps-là, les juridictions féodales étaient très compliquées et, comme de nos jours, les frais de justice très élevés. C'était le boîi vieux temps où les seigneurs disaient : « Vâtie, le noyer et le rustique ne baillent leurs fruits, ïils ne sont battus. »
Les manuscrits de la Bibliothèque de Chartres relatent que^versl'an 1 3oo,un enfant fut mangé par un porc qui fut pendu par ordre de l'évéque Jean de Garlande ; ce pouvoir rentrait dans les droits féodaux des évéques.
Semblables exécutions sont mentionnées, en 1479, à Generv'ille, commune de Sours et en 1522. Les propriétaires des animaux étaient tenus d'assister à l'exécution.
Des chevaux, des ânes, des chiens subirent les mêmes sentences, suivies des mêmes pendaisons, jusque vers la fin du XVII« siècle. Des appellations de terroir n'ont pas d'autre origine: champtier de la Justice, champtier de la Potence. . .
La procédure était la même pour les animaux que pour les personnes. Les criminels étaient incarcérés et gardés à vue, les dépenses de nourriture et frais de justice imputés aux propriétaires. L'animal accusé avait son avocat qui essayait de soustraire son client aux rigueurs de la justice. L'animal cependant ne paraissait pas à l'audience ; s'il était condamné, la sentence était exécutée publiquement devant une grande affluence de curieux.
Parmi ces derniers, un grand nombre venaient pour essayer de s'emparer de la corde qui avait servi à l'exécution. On disait déjà, à cette époque, que la corde de pendu porte bonheur. Elle peut, en effet, porter bonheur... mais au condamné seulement : c'est lorsqu'elle se rompt sous le poids de son corps.
La corde et le corps du supplicié restaient la propriété de l'exécuteur. Connaissant la
2é4 FOLK-LORE DE LA BEAUCE
valeur superstitieuse de la corde, il la vendait comme talisman. Quant à la chair^ il en nourrissait sa famille et vendait à prix d'or le lard fondu aux personnes atteintes de rhumatismes.
C'est évidemment de ces exécutions d'animaux que date l'origine de la renommée médicamenteuse zXlrïhuéQ h.h graisse de pendu .
La Bande d'Orgêres,
Nous avons, à dessein, omis, dans les légendes, les récits concernant la fameuse Bande d'Orgères^ ainsi appelée parce qu'elle avait sa retraite préférée dans les bois d'Orgères, sur la limite S.-E. du département d'Eure-et-Loir.
Dès la nuit venue, ces audacieux brigands sortaient de leurs cavernes, cachées dans les broussailles de la Conie et dans la forêt de Dourdan ; alors, avec l'ombre du soir, la terreur se répandait dans la Beauce, ou plutôt dans tout le territoire occupé aujourd'hui par les départements d'Eure-et-Loir, de Loir-et-
Cher, du Loiret et de Seine-et-Oise. Une brigade vint même opérer jusque dans Paris, où la panique était si grande qu'on ne se hasardait à sortir qu'en plein jour, car, pour la réussite de leurs plans, les bandits décrochaient les réverbères.
Nous ne mentionnerons ici que quelquesuns des principaux forfaits accomplis par cette association de malfaiteurs ; la liste complète en serait trop longue (notamment de 1792 à 1796). Les détails furent narrés dans nombre de récits et anecdotes aux veillées. Ce n'était plus, hélas ! la légende, mais la terrible réalité, car les bandits ne reculaient devant rien ; ils détroussaient les voyageurs, volaient les enfants pour en faire des élèves, commettaient avec préméditation vols, meurtres, viols, incendies.
C'étaient les dignes successeurs des Compagnies de Routiers et autres bandes quasi historiques : Maillotins, Jacques, Bourguignons^ Armagnacs qui, se détruisant et se remplaçant successivement, profitaient des guerres civiles pour piller et rançonner les paysans du midi, puis ceux du centre de la France.
La Bande d'Orgères avait une organisation modèle, une discipline de fer ; elle avait son code criminel, ses mariages, ses fêtes ; toute infraction était rigoureusement punie.
Nombre de bandits furent mis à mort pour avoir dénoncé ou trahi le secret des complices.
La bande avait ses éducateurs qui perpétuaient Tart d'escalader un mur, d'ouvrir ou de défoncer une porte, de détrousser un voyageur, de tuer un homme du premier coup :
Nicolas Tincelin, dit Jacques-de-Pithiviers, fit de brillants élèves, dont le Rouge-d'Auneau, Jacques-d'Etampes, le Rouge-d'Angerville, etc. Le père Elouis leur enseigna la tradition oubliée du chauffage et du suage^ que nous verrons mettre en pratique à Millouard. L'enseignement de Tincelin était théorique : de simples conseils entre les notions de lecture, d'écriture et d'argot ; celui du père Elouis était pratique.
Baptiste-le-Chirurgien joignait à son art le rôle de perruquier-barbier ; il grimait les bandits pour les rendre méconnaissables.
François-le-Jeune, ancien maçon, remplis-
sait les fonctions de curé ; à ce titre, il ratifiait les accordailles et assistait les mourants.
Afin de calmer TefFroi produit sur ses auditeurs par toutes les atrocités racontées, le narrateur ne manquait pas de terminer son récit par la scène du mariage chez les bandits :
Lejeune, dit le curé des pingres, revêtait une soutane pour la célébration. Réunis sous une loge spéciale, les conjoints demandaient le mariage au chef de la bande qui présidait la réunion. Le curé faisait placer deux voleurs en face l'un de l'autre, tenant chacun un bâton qu'ils joignaient à trois pieds de hauteur. Le prétendu se plaçait d'un côté des bâtons, la femme de l'autre. Puis, s'adressant à l'homme, il lui disait : Gueux, veux'tu de la gueuse ? L'homme répondait :
Omi, gueux. Se tournant vers la femme, il disait : Gueuse^ veux-tu du gueux ? La femme répondait : 0«/, gueux. Alors le curé disait à l'homme : Saute, gueux, et celui-ci sautait par-dessus les bâtons. Le même ordre était donné à la femme ; mais les deux bâtons
étaient vivement retirés, et elle passait librement. Le mariage était accompli. Aussitôt des cris aigus, remplissant le souterrain, étaient poussés par les brigands, toujours réunis en grand nombre pour ces sortes de cérémonies. Le festin des noces avait lieu dans les bois : moutons, volailles et le reste, volés dans les nuits précédentes, en faisaient les frais/
La Bande d'Orgères se composait de 150 à 200 hommes, d'une quarantaine de femmes, sans compter les affidés : receleurs qui écoulaient les produits des expéditions nocturnes, aubergistes ou équarisseurs chez lesquels avaient lieu les rendez-vous.
En 1798, cette association n'était plus que les débris de ces véritables armées qui, de temps immémorial, mirent à sac toutes les contrées de la France ; cependant elle était encore divisée en hommes à pied et en hommes à cheval. Le Rouge d'Anneau commandait Tinfanterie ; le Beau-François commandait la cavalerie. Les autres chefs les plus
réputés furent Hulîn, Fleur d'Epine, Poulailler. Les autres grades étaient répartis selon le mérite, la force, l'intelligence ou les antécédents des candidats.
Les vols ou les assassinats ne s'exécutaient qu'après que les chefs en avaient dressé, médité et discuté les plans avec une expérience consommée.
En 1791, costumés de manière à ressembler à une patrouille, (le thef, habillé comme un commisssaire de la République, un autre portant l'écharpe municipale) ils pillèrent la ferme de la Vove, canton de Palaiseau ; celle de Gas, près de Maintenon ; en l'an IV, à Maisons ; à Ytres, près de Montfort-l'Amaury..«
Bien renseignés par les affidés qu'ils possédaient dans toutes les classes et sur tous les points, ils n'aventuraient jamais que le nombre d'hommes nécessaire. Tantôt ils marchaient isolés, tantôt au nombre de trois ou quatre, de dix le plus souvent. Dans les grandes expéditions, ils étaient trente, sous les ordres du Beau-François.
C'est au nombre de trente-deux qu'ils en-
vahirent, le 24 vendémiaire an IV (16 octobre 1795), à onze heures du soir la ferme du château de Gautray ; le Rouge-d'Auneau, pour la première fois, commandait en chef une expédition. Le fermier Trepin, ses deux fils, sa fille, âgée de onze ans, la servante, le portier du château, sa femme, une jeune fille de vingt ans, le jardinier du château, le propriétaire, Deloyne-Gautray, vieillard de quatre-vingts ans, furent frappés â coups de sabre, mutilés ; la plupart moururent des suites de leurs blessures. L'expédition rapporta une cinquantaine de mille francs, des bijoux, du linge, etc.
Quelques mois auparavant, dans la nuit du 6 au 7 mai 1795, les époux Horeau de Lèves, près de Chartres, avaient été assassinés dans les mêmes conditions, grâce à la complicité d'un nommé Pelletier, jardinier des malheureuses victimes. Le Rouge-d'Auneau renouvela, avec autant de succès, le même pillage accompagné des mêmes atrocités, chez le citoyen Auger, meunier à Quincam* poix, près d'Illiers.
Ces deux expéditions du Rouge-d'Auneau
portèrent ombrage au Beau-François qui, pour relever son prestige, tenta un grand coup contre la ferme du citoyen Lejeune, à Montgon, commune d'Achères. Cette expédition qui devait terrifier la contrée eut lieu le 10 pluviôse (29 janvier 1796). Le fermier et le charretier reçurent des coups de sabre et de baïonnette et eurent le cou scié ; la fermière et la servante furent assassinées ; la maison vidée d'argent et de butin.
Le 20 germinal an V (9 avril 1796), le Beau-Francois renouvela ces scènes de carnage à la ferme du citoyen Boutet, à Saint- Léonard, commune de Germignonville. Là, il employa le chauffage pour obtenir des renseignements sur l'endroit où était caché l'argent.
Peu de jours après, le Beau-François fut arrêté à la foire de Saint-Germain-en-Laye pour émission de fausse monnaie, la bande choisit pour chef le Gros-Normand qui fut préféré au Rouge-d'Auneau, qualifié dérisoirement de ci-devant. Mais l'unité d'action et de volonté manqua pendant un certain temps ; les résultats furent moins heureux
quoique les assassinats fussent aussi nombreux .
Le 20 ou 21 messidor (8 ou 9 juillet 1797), le Beau-François, échappé de la maison d'arrêt de Saint-Germain, reparaît à la tète de sa troupe. S'ad joignant le Gros-Normand, le Rouge-d'Auneau et la Grande-Marie habillée en homme, ils vont mettre à sac la ferme du citoyen Ménager, à la Poutée, commune de Boisvillette. La Grande-Marie scie elle-même, avec son couteau, le cou de Ménager; sa femme subit le même sort.
Chaque nuit voyait se renouveler ces atrocités qu'il est impossible de rapporter toutes avec leurs affreux détails.
Après une expédition (29 frimaire : 19 décembre 1 797) au hameau du Bois, près de Nottonville, au cours de laquelle le Rouged'Auneau fut rossé par une femme (M™« Marchand, mercière), expédition précédée de plusieurs autres échecs, le Beau-François résolut de remonter le moral de sa bande ; il proposa de la conduire personnellement à une nouvelle aventure qu'il présenta comme une excellente affaire : il s'agissait de l'expédition de Millouard.
« Le jeudi 4 janvier 1798 sur les huit heures du soir, le citoyen Fousset de la ferme de Millouard, commune de Poupry, canton d'Orgères, était avec son fils auprès de son foyer lorsqu'il entendit tout à coup un bruit d'armes à feu autour de sa maison et dans sa cour. Effrayés, ils cherchent un refuge dans l'écurie. Au même instant, de violents coups d'un rouleau à avoine brisent les portes, et les brigands entrent au nombre de douze, le Beau-François en tête.
Les citoyens Fousset père et fils, qui venaient de réveiller leurs domestiques dans l'écurie, essaient d'en barricader la porte. Les brigands l'enfoncent. Entrés dans l'écurie, ils y allument du feu. L'un d'eux prend au collet Fousset père, d'autres lui foulent à coup de pieds le ventre et l'estomac, le frappent d'une massue au côté gauche, lui lient les pieds et les mains, et menacent de le tuer s'il ne déclare pas oij est son argent. Comme le vieillard hésitait encore, on le traîne meurtri et ensanglanté à la cheminée, où on lui brûle les pieds et les jambes jusqu'au-dessus des
gen
mix. Comme si toutes ces cruautés ne suf-
fisaîent pas, le Beau-François ordonne de lui percer le dessous des pieds avec un fer aigu, et. pour étouffer ses cris, on lui jette des lits de plume sur la tête. Pendant ce temps les domestiques et le fils sont, pêlemêle, précipités dans une cave, où il restèrent jusqu'au lendemain matin
En un instant la ferme de Millouard fut saccagée, et les chauffeurs emportèrent un butin considérable. Le citoyen Fousset ne mourut qu'après huit jours d'agonie. »
Le Rouge-d'Auneau qui, par jalousie n'avait pas pris part à l'expédition, tomba entre les mains des officiers de justice. Ramené à Millouard, il aida à faire les premiers pansement des blessures du malheureux Fousset, et l'on rapporte qu'il se répandit en malédictions contre les monstres qui avaient ainsi maltraité un vieillard. Il justifia de l'endroit où il avait couché dans la nuit du 4 janvier et fut mis en liberté.
Huit jours après l'affaire de Millouard, (12 janvier 1798^ une escouade de chauffeurs était rassemblée à Sucy-sous- Yèbles (S . -et-M), chez le sieur Villeneuve qui, ainsi que sa
femme, fut maltraité ; leur maison fut dévastée. Ils ne durent la vie qu'à l'alerte donnée par les sentinelles.
A cette époque le calme était un peu rendu à la nation ; la police était exercée plus régulièrement ; le gouvernement ordonna que les mesures les plus actives fussent prises contre les bandits. Toute la population beauceronne prêta son concours à la police. Un maréchal-des-logis de gendarmerie, Vasseur, se mit avec activité aux trousses des brigands. Les premiers furent arrêtés dans la forêt de Senonches ; puis vint la capture du Borgnede-Jouy qui donna de précieux renseignements sur les habitudes de la bande ; il dénonça un projet d'attaque et le lieu de la réunion. Le Beau-François, Sans-Pouce, le Borgne-du Mans, le Rouge d'Auneau, une partie de la bande, les affidés. tombèrent en quatre mois entre les mains de Vasseur. Le Rouge d'Auneau, lui-même, mit une certaine forfanterie à raconter les horribles secrets de la bande qui, fait prisonnière, fut enfermée dans les prisons de la ville de Chartres.
L'époque de la canicule arriva : la malpro-
276 rOLK-I.ORE DE LA BEAUCE ET DU PERCHE
prêté de ces individus, leurs maladies, leur entassement (il y en eut jusqu'à sept cents à lafois),rhumidité des cachots, occasionnèrent une épidémie de dysenterie qui en fit mourir un grand nombre. Le Beau-François, se disant malade, s'évada de l'infirmerie.
La procédure fut longue ; elle dura dixhuit mois. Les débats s'ouvrirent le 19 vendémiaire an VIII (10 octobre 1799) : 19 accusés obtinrent grâce aux yeux du jur}' (8 jeunes gens et 11 femmes); 23 furent condamnés à mort ; un certain nombre, dont le Beau-François, furent condamnés comme contumaces ; les autres subirent les fers et la réclusion. L'exécution des bandits eut lieu dans la nuit du 12 vendémiaire an IX (3 octobre 1800).
L'année 1800 marque l'extinction de la fameuse Bande d'Orgères. (Cf. Comblaintes sur la Bande d'Orgères au chapitre suivant).