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CHAPITRE IV

Les Vieilles Chansons. — Les Complaintes.

N dehors des vieilles chansons de noce (Cf. ///" partie, chap.

Vy § //), il existait certainement nombre de romances locales, de couplets champêtres que des vieillards, au cœur gai et resté jeune, fredonnent encore aux veillées. Il en est de même des complaintes qu'affectionnent les gens d'humeur sombre. Notre moisson, ici, n'a pas été très riche ,' et nous sommes convaincu que les plus beaux fnorceaux de notre poésie populaire iocale ont échappé à nos recherches.

De tout temps, le peuple français aima la chanson : il mit dans ses couplets son esprit

vif, sa verve railleuse, sa gaîté gauloise et communicative ; il est le véritable créateur de la chanson. Beaucerons et Percherons chantèrent donc tout d'abord les œuvres d^s Jongleurs ou Ménestrels du MoyeiT âge, puis, jusqu'à la Révolution, celles de la confrérie des Ménétriers. Alors naquirent les Chanteurs des mes Qt, avec eux, la chanson vraiment populaire, tour à tour sanguinaire ou bachique, guerrière ou satirique, pastorale ou patriotique, galante ou prophétique.

La Beauce a donné naissance à Tun des premiers et des plus célèbres parmi les chanteurs des rues de la période révolutionnaire : Ange Pitou, (i).

Ancien élève du séminaire de Chartres, Pitou passa de la croyance aveugle au scepticisme le plus exagéré ; de fervent monarchiste, il devint républicain exalté. En 1895, on le retrouve, — redevenu monarchiste — chantant et distribuant ses chansons satiriques devant le portail de saint Germain-

(i)Né en 1767, à Vallainvillc, commune de Molléans, prés Châteaudun.

rAuxerrois,au milieu d'une foule enthousiaste et fidèle.

Pitou était doué d'une originalité piquante, d'une verve intarissable ; il improvisait quotidiennement des couplets contre la Révolution et le Gouvernement. Ses épigrammes et ses sarcasmes le firent emprisonner, juger et acquitter plus de vingt fois ; ils lui valurent même la déportation.

Mais ses chansons ne peuvent trouver place dans cet ouvrage ; elles n'ont rien de local ; elles sont l'œuvre d'un monarchiste dont la muse populaire n'a su voir et traduire au tribunal de Popinion que les défauts outrés de la République et les vertus amplifiées de la Royauté.

Morainville, au contraire, est le vrai troubadour beauceron, et si nous n'avons pas cru devoir rapporter ici ses belles et nombreuses compositions, c'est parce que les plus populaires ont été déjà livrées au grand public.

Sans avoir la prétention d'élever Morainville au niveau des rois de la chanson, nous devons dire qu'il fut un maître. Il fut aux paysans de la Beauce, ce que Béranger et

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Pierre Dupont furent au peuple des grandes cités. Ses couplets sont empreints de naïveté, d'entrain, de gaité.

Morainville (i) vint se fixer à Chartres au retour d'une captivité de huit mois après Waterloo. Accompagné de sa fidèle épouse, il promena de bourgade en bourgade son inséparable et énorme robinsou, ses cahiers et son violon. Toujours attentif aux bruits des alentours, accordant son luth, il s'en faisait l'écho fidèle et les rendait à nos campagnes en notes sonores et pittoresques.

La Beaucc et le Perche ne lui suffirent pas, sa musette vagabonde l'entraîna folâtrer dans les départements limitrophes, jusqu'à Paris même, pour toujours revenir à son pays de prédilection.

Auteur fécond et varié, acteur disert et enjoué, il s'essaya et réussit dans tous les genres; mais l'Amour et Bacchus occupen la première place dans ses productions,

(i)Né à Rouen, le 17 mars 1795

TRÈS ANCIENNE CHANSON RELIGIEUSE {Genre randonnée).

Siivcz-vous combien y a d'un ? (bis)

Il n'y a qu'un Dieu qui règne dans les cieux !

Savez-vous combien y a de deux ? (bis)

y a deux testaments, l'Ancien et le Nouveau

n'y a qu'un Dieu qui règne dans les cieux.

Savez-vous combien y a de trois ? {bis) Il y a trois patriarches : Abraham, Jacob, Isaac.

Il y a deux testaments, etc.

Il n'y a qu'un etc.

Savez-vous combien y a de quatre ? (bis) Il y a quatre Evangélistes ;

Il y a trois etc., etc., etc.

Savez-vous combien y a de cinq ? (bis) Il y a cinq livres de Moïse ;

Il y a quatre etc.

Savez-vous combien y a de six ? {bis) Il y a six cruches, qui ont été posées aux noces de Cana, en Galilée ;

Il y a cinq etc.

Savez-vous combien y a de sept ? (bis) Il y a sept sacrements ;

Il y a six cruches, etc.

Savez-vous combien y a de huit ? (bis) Il y a huit béatitudes ;

Il y a sept sacrements, etc.

Siivez-vous combien y a de neuf? (bis Il y a neuf chœurs des anges ;

Il y a huit etc.

Savez-vous combien v a de dix ?

Il y a dix commandements ;

Il y a neuf etc.

Savez-vous combien y a d'onze ? (bis^ Il y a onze mille Vierges ;

Il y a dix commandements, etc.

Savez-vous combien y a de douze ? {his'\ Il y a les douze apôtres ; Il }• a les onze mille Vierges ; Il y a dix commandements :

Il y a neuf chœurs des anges ;

V a huit béatitudes ; Il y a sept sacrements ;

Il y a six cruches qui ont été posées aux noces de Cana, en Galilée ; Il y a cinq livres de Moïse ; II y a quatre Evangélistes ; Il y a trois patriarches : Abraham, Jacob, Isaac; Il y a deux testaments : l'Ancien et le Nouveau ; Il n'y qu'un Dieu qui règne dans les cieux.

A l'époque des vendanges — au temps où le pays Dunois était, en grande partie, planté de vignes, — chaque vendangeur (ou vendangeuse), muni d'une cuiller, se rendait sur la grande place de Châteaudun et offrait ses services aux propriétaires-vignerons rassemblés. Le prix étant débattu et accepté, le vendangeur remettait aux mains du propriétaire, sa cuiller comme garantie d'embauchage.

Au jour convenu, vendangeurs et vendangeuses étaient exacts au rendez-vous : ils ren traient en possession de leur cuiller et se mettaient au travail, la chanson aux lèvres.

Vieux refrain de vendange.

Allons en Vendange Chez la mère Gucrtain ; L'on n'y boit ni mange ; L'on y crève de faim.

On couche sur la paille, On amasse des poux On a ben du mal A gagner cinq sous.

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