LE PREMIER AGE
§ I. — Les Premiers Pas.
ORSQUEjau bout de quelques mois, les enfants ont les reins assez fermes pour se tenir droits, on les met dans une sorte de boîte en bois qui rappelle,par sa formelle panier à pain : on appelle cet instrument une servante. Le fond est rempli, jusqu'à hauteur convenable, de paille ou de linges, et les enfants se soutiennent à la fois sur les pieds et sur les coudes. Peu de temps après, on les place alternativement dans la sers'ante ou dans le chariot^ sorte de châssis formé d'un cercle de bois supporte par quatre pieds terminés par des roulettes. L'enfant, soutenu sous les aisselles, promène son chariot et s'exerce ainsi
l8 rOLK-LORE DE LA BEAUCE ET DU PERCHE
à la marche. Une autre espèce de chariot consiste en deux bâtons, longs de deux mètres environ, distants deo™5o et supportés par quatre pieds. Le long des bâtons glisse, dans des rainures, une planche percée d'un trou rond et destinée à supporter l'enfant. Celui-ci peut aller à sa guise d'un bout à l'autre de sa prison.
Pour que les enfants marchent vite, on les porte à la messe le jour des Rameaux.
A Ouarville (E. L.), on les fait passer sous la châsse le premier dimanche de mai.
A Courville(E. L.), on faisait passer leurs pieds dans le trou d'une pierre percée, placée dans la chapelle dite de la Madeleine (i).
A Saint-Luperce, près Chartres, on conduit les enfants dans Téglise dédiée à ce saint et on leur fait dire un évangile dudit saint. Autrefois on les plongeait dans une fosse remplie d'eau qu'on appelait la Fontaine de Saint-Luperce. (Cf. ih partie, chap. I^^^ §//; Culte des Fontaines,)
(i) Cf. Vaugeois, Mémoires di la Société des Antiquaires, t« III.
§ II. — Hygiène. — Préjugés.
Médecine populaire,
IN a vu au chapitre 7^% ^ // ; Cullc des Fontaines, (7/^ Partie)^ quels sont les lieux de pèlerinages ré- ^vi^ pûtes pour la guérison de la fièvre et des coliques chez les enfants.
Lorsqu'ils ont le carreau ou carriau (ventre ballonné), on les conduit à Levéville-la- Chenard (E.-et-L.).
Pour les guérir de la peur, saint Gilles a une réputation bien établie. Il était d'usage, autrefois, pour guérir du mal de saint Gilles^ de lier un liard, un sou, ou toute autre pièce de monnaie, avec un fil de la longueur de Tenfant, de recommander l'enfant à saint Gilles et de faire dire un évangile de ce saint à son intention.
Le 8 septembre, une quantité considérable de mères amènent leurs enfants àja Vierge de la cathédrale de Chartres.
Quand les enfants se grattent sous le nez, c'est qu'ils ont des vers. Pour les faire évacuer, on met autour du cou des enfants, s'ils sont très jeunes, un collier de gousses d'ail ; s'ils sont déjà grands, on leur fait boire.une tisane de racines de poirt^LUx ou d^ herbe sainte (absinthe).
Quand un enfant u le hoquet, c*est signe quil profite.
S'il rend du lait après avoir bu,c'est bon signe.
Une mère des environs de Châteaudun avait un enfant, déjà grand, atteint d'une incontinence d'urine ; plusieurs vieilles femmes lui conseillèrent, comme remède salutaire, de lui faire manger des souris cuites.
Lorsqu'une des dents de l'enfant tombe, il faut ou la brûler ou la mettre en terre, sinon elle serait remplacée par une dent de chien
On appelle fourchet un mal siégeant dans la main, à la naissance des doigts. Pour le guérir, il faut aller, la nuit, à un carrefour
de routes formant la fourche ; appliquer la main malade sur une touffe de gazon ; découper cette touffe et la soulever avec la motte de terre adhérente ; mettre la main dans ce creux pendant quelques instants ; déposer une pièce de monnaie dans le trou et recouvrir avec la motte renversée. Si; pendant l'aller, le retour et le temps passé au carrefour, on n'a rencontré aucune personne, le mal guérira ; sinon il faut recommencer la nuit suivante.
Pour guérir les enfants des oreillons, on les fait manger dans une assiette qu'un chat a léchée.
Il ne faut pas couper les ongles d'un enfant avant qu'on ne l'ait mené à la messe, sans quoi ils ne repousseraient plus.
On dit aux petits enfants qui ne veulent pas se laisser peigner : « Les poux te corderoni les cheveux et t'entraîneront dans la mare, w Cependant, comme on l'a vu plus haut, certaines paysannes prétendent que les poux mangent le mauvais sang et qu'il faut toujours en laisser quelques-uns pour éviter des maladies.
On dit d'un enfant qui, dus son bas âge, est doué de beaucoup d'esprit naturel : « Il a trop d'esprit, il mourra jeune. »
Pour engager les enfants à se laisser coucher le soir, on leur dit :
— La bonne femme au sable va passer.
— Croquemitaine est derrière la porte et va t'emporter.
Beaucoup de mères font le signe de la croix sur 1^ lit des enfants lorsqu'ils sont couchés afin de leur éviter de mauvais rêves.
§ III. — Prières enfauiines,
— Où est le petit Jésus ?
— Dans mon cœur,
— Qui Ta mis?
— C'est la grâce.
— Qui Ta ôté !
— C'est le péché.
Oh ! le vilain péché
Qui a ôtc Le petit Jésus De dans mon cœur Revenez, revenez, petit Jésus, Je ne pécherai plus jamais, jamais.
Eti se couchimi :
Bonsoir, mon bon ange.
C'est à vous que je me recommande ; Vous m'avez gardé pendant ce jour.
Gardez-moi pendant cette nuit.
Sans péril, sans danger, Et sans aucune mauvaise volonté.
Si je meurs^ Mettez mon corps dans la terre sainte
Et mon âme auprès de vous. (B.)
En entrant dans mon lit.
Mon Dieu, je vous recommande mon esprit.
Si je m'endors, Je vous recommande mon corps ;
Si je trépasse, Je vous recommande mon âme. (L.)
En se levant :
Bonjour, mon bon ange, C'est à vous
(Même prière que le soh\ eninterverllssaiil Us mois : jour et nuit.)
Sainte Marie-Madeleine passant,
Par la pluie, par le vent,
Rencontrant saint Jean :
— D'où venez-vous, saint Jean ?
^ Je viens de mon salut.
— Vous n'avez pas vu
Mon petit fils Jésus ?
— Si, je Tâi vu
A l'arbre de la croix,
Les pieds en croix, les mains jointes.
Une petite couronne d'épines blanches
Sur la tête.
Ceux qui sauront cette oraison
Kt la diront trois fois le matin.
Trois fois le soir,
Jamais ne verront
La flamme de l'enfer. (E.-et-L.)
Sainte Catherine, aux fleurs de Ivs,
Prètez-moi vos souliers gris
Pour que j aille dans l'paradis.
On dit le paradis si beau
Qu'y a trois anges et trois agneaux.
Trois pucelettes
Cueillant des violettes
Dans l'jardin d'Xotre-Seigneur.
Xot'-Seigneur passant par là
Dit : Catherine, que fais-tu là ?
J'ai la fièvre et le frisson .
Ceux qui sauront cette oraison
En seront exempts dans la saison, (i) fL.i
( I ) Cette prière et la précédente se disent tré>
En prenant de Veau bénite :
Eau bénite, je te prends, Si la mort me surprend, Tu me serviras de sacrement.
En prenant le pain bénit :
Les enfants, avant de le manger, font le signe de la croix et disent :
Au nom du père, Au nom de la mère.
Au nom de l'enfant Entre là-dedans. (B.)
En chançreani de chemise :
Au nom du Pcre, du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il, Chemise blanche, je vous prends, je vous mets. En l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Faites-moi la grâce de me conserver Dans celle-ci comme dans l'autre. (B.)
vite : ce s^nt plutôt de naïfs récitatifs quelque peu entachés de superstition . La dernière semble devoir préserver de la fièvre.
Prière du soir.
Bonsoir, bonne nuit, mon père et ma mère.
Et toute la compagnie ; Je me recommande au bon Dieu, A la bonne Vierge, à tous les bons Saints, du Paradis.
Ainsi soit-il.
En mon lit je me couche,
A mon Dieu je me donne,
Au monde je pardonne ;
Si le sommeil me prend,
lù que la mort me surprenne.
Je rends mon àme
A mon Dieu tout puissant.
Mon bon ange gardien.
Conduisez mes pas
Procure/, mon salut ;
Mon bon ange tutélaire,
Inspirez-moi la grâce
F.t le désir de bien faire.
Prière du malifi.
Mon Dieu, ce corps que je couvre Avec tant de soins sera mis Un jour, couvert d'un drap, Dans le sein de la terre.
Ne permettez pas que je dépouille Mon âme de votre grâce En cherchant l'ostentation Et la vanité de mon corps.
J'ai reçu une robe blanche Dans mon baptême ; Faites que je la conserve Tous les jours de ma vie (i).
(i) D'une naïveté candide, ces deux prières sont très anciennes et apparemment tombées en désuétude. Vers i8i$, ma bisaïeule les faisait réciter, soir et matin, à ses enfants.
§ IV. — Berceuses.
Dodo, l'enfant do.
L'enfant dormira bientôt.
Une poule blanche
Est là dans la grange,
Qui va faire un p*tit coco Pour l'enfant qui va faire dodo. (B)
Fais dodo.
Colin mon p'tit fière ;
Fais dodo, T'auras du lolo , Papa est en haut Qui fait le lolo.
Maman est en bas Qui fait le colat. (B.)
Variante en Seinc-et-Oise :
Papa est en bas, Maman est en haut Qpi fait la bouillie Pour l'enfant qui crie .
§ V. — Aninseiics et Fonnuleltcs.
ARioxxETTES chaiitccs, Ics dcux mains en Tair, en faisant voir alternativement et rapidement le dessus et la paume :
' Les petits poupons font, font, Trois petits tours de marionnettes ; Les petits poupons font, font.
Trois petits tours et s'en vont I Pssst !
Mcnine (i) à papa ,
Mcninc à maman,
Meninc à l'enfant.
Oh ! la belle menine.
Oh ! la belle meninc à l'enfant ! (S.-et-O.)
A dada sur les genoux en accentuant
( I) Meninc : petite main, menoitc.
le mouvement à partir de : « Au pas. »
A cheval gendarme,
A pied cavalier,
Les lanciers vont venir
Au pas (bis) ;
Au trot (bis) ;
Au galop (bis).
(E.-.et-L. et S.-et-O.)
Qiiande madame va en campagne, Elle va au pas, au pas, au pas ; Quande le fils va en campagne, Il va au trot, au trot, au trot ; Quande le monsieur va en campagne, Il va au galop, au galop, au galop.
(S.-et-O.)
A dada sur mon bidet, QjLiand il trotte, il fiiit un pcl, Prout, prout, prout, cadet.
A Paris Sur mon p'tit cheval gris \
A Versailles Sur mon p'tit cheval caille ;
A Orléans Sur mon p'tit cheval blanc.
On ajoute aussi :
A cheval gendarme, Partons pour Dijon ; Allons en campagne, Les dragons y sont. (L.)
Drogue, drogue, mon chevau.
Pour aller à Saint- Far jeau.
Drogue, drogue, ma jument.
Pour aller à Orléans.
Drogue, drogue, mon poulain, Pour aller à Courtalain Drogue, drogue, mon mulet.
Pour aller à Olivet.
(E.-et-L.-el'L. avec des variantes sur les noms des localités.)
Formulette^du visage.
Nez cancan.
Bouche d'argent.
Menton de buiî«, * Joue brûlée, Joue rôtie, Petit euyet,
Grand euyet.
Toc, toc, maillet. (E.-et-L.)
Au nom du père [h front)
Et de la mère, (le nè:()
Et de l'enfant, {l'œil gauche)
Tout ce qui est bon, (l'œil droit)
Se fourr' là-dedans. (la bouche).
(E.-et-L.).
Au nom du père, {le front) La salière, (îe m^)
Des pommes de tefre, (l'oreille gauche) Des haricots, (l'oreille droite) Pour mettre dans le pot (la bouche),
Formulettes des doigts :
Celui-ci a été à la ch^e, (pêche)
Celui-là a attrapé un lièvre, (poisson)
Celui-là l'a mis dans la marmite, (casserole)
Celui-là l'a fait cuire.
Celui-là l'a mangé,
Ki ki ki pour le petit garçon (i).
( I ) En disant ces dernier^ rtiôts, on chatouille le creux de la maiîi de l'enfant.
Poucet,
Aridet,
Jean Deschaux ^
Petit courtaud,
Le riquiqui
Mange le rôti. (L.)
Petit poucet,
La riquette,
Jacques fit,
Jacques sau,
Petit gourdaud. (E.-et-L.).
Pouçot, Liche-pot, Longi, Mal-appris, Riquiqui (i).
On dit en tapant dans la main de Tenfant :
Pinte, chopine, demi-setier, P'tit bonhomme, va te coucher, Sans souper,
(i) En disant ces derniers mots, on chatouille le creux de la main de lenfânt.
Dans le lit de m'sieur le curé (Var,) Sous la cabane du berger Riquiqui (i).
On prend la main de l'enfant ; on la secoue plusieurs fois en disant : Main morte !
et on lui donne une claque sur la figure avec sa propre main, en disant : u Pouf ! »
On caresse avec la main le visage de Tentant, du haut en bas, en disant : Vailà le plaisir ! Puis on la repasse précipitamment, de bas en haut, en disant : Voilà le déplaisir !
Fonnuletle du prédicateur :
Prêchi, prêcha»
Ma chemise entre mes bras ; Mon chapeau sur mes cheveux, En disant : Bonjour, messieurs ; Mon chapeau sur ma tête :
Salut, grosse bête ! (B.)
(i) En disant ces derniers mots, on chatouille le creux de la main de l'enfant.
La mère, tenant son enfant à califourchon sur ses genoux, le repousse et le rapproche en chantant :
Saint Michel Opi fait de la toile ; Saint Nicolas Qui fait des draps ; Au prix qu'il tire, Son fil déchire :
Crac, crac, crac !
A ces derniers mots, elle feint de laisser tomber son enfant.
Si l'enfant demande à sa mère qui rentre de la ville :
— Que m'as-tu rapporté ?
La mère répond :
— Un petit rien tout neuf bordé de rouge !
Ou bien :
— Pourquoi m'as-tu rapporté rien !
— Les marchands se sont battus !
La mère et l'enfant se tiennent réciproquement par le menton :
Je te tiens, tu me tiens.
Par la bobinette ;
Le premier de nous deux qui rira
Aura la tapette
Sur la margoulette.
Le premier qui rit reçoit sur la joue un petit soufflet.