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CHAPITRE IV

La Jeunesse.

§ I. — Professions et Métiers.

'apprentissage de • la vie des champs est rude et les désertions vers les grands centres sont plus nombreuses qu'au siècle dernier où toutes les familles pauvres naissaient, vivaient et mouraient dans le même hameau.

Malgré tout, le paysan reste attaché au sol ; rémigration porte principalement sur les fils de cultivateurs aisés ou de commerçants.

La Beauce et le Perche étant des pays essentiellement agricoles, Tétat le plus prisé dans les campagnes est celui de laboureur.

La propriété foncière jouit d'un très grand prestige aux yeux du paysan et la considéra-

tion d'un homme est en raison directe de ses biens au soleil.

Le cultivateur qui tient à bail une ferme importante est un gros personnage. Après lui, dans la hiérarchie agricole, vient celui qui fait valoir ses terres, seul, ou avec un domestique.

Celui qui loue des champs pour les cultiver, lui-même, avec un ou deux chevaux, se nomme un aricandier, un carcottier, ou un aricottier. Il occupe le troisième rang dans l'échelle sociale de la culture.

La force et l'agilité sont très appréciées chez les paysans. La profession que choisira un jeune homme, en dehors des corps de métiers, est subordonnée au degré suivant lequel il possède ces qualités. Le charretier doit être fort, agile et adroit ; dans une ferme de plusieurs charrues, le maître-charretier ']oml(ïune certaine considération auprès des maîtres et des autres domestiques. Aux yeux des charretiers, les vachers, les bergers, etc. forment une catégorie inférieure dans la domesticité.

Parmi les métiers, ceux qui exigent également de la force et de l'adresse sont très esti-

mes : tels sont ceux de charpentiers, maréchaux-ferrants, menuisiers, maçons. Ceux que Ton exerce assis, ou pour lesquels on n'a pas besoin de force physique, sont moins prisés : tailleurs, cordiers, cordonniers, etc. Ces métiers sont généralement choisis par les jeunes gens souffreteux ou infirmes. Par contre, chez les jeunes filles, Tétat de couturière figure parmi les métiers les mieux vus. La couturière jouit d'une considération supérieure à celle de la servante.

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§ II. — La Louée.

>ES jeunes gens des deux sexes forment la majorité des domestiques de la ferme. La louée se fait à la Saint-Jean et à la Toussaint au chef-lieu de chaque canton. Les domestiques, à gages pour l'année, contractent ordinairement leur engagement à la Toussaint La Saint-Jean est spécialement réservée à ceux qui se louent pour les quatre moisy c'està-dire pour les travaux de la moisson.

Très pittoresque, la place du marché un jour de louée. Charretiers, vachers, porchers, bergers, servantes sont là debout, par groupes, attendant qu'on les demande. Les cultivateurs traversent les groupes, les conditions sont débattues, et si le marché est conclu, le maître donne le denier à Dieu et ils vont ensemble boire un verre au café voisin.

Cette foire aux gens tend à disparaître. Les domestiques qui conservent leur place s'abs-

tiennent, aujourd'hui, d'aller à la louée. Ceux qui, à la recherche d'une place, apprennent une vacance, vont, avant le jour de la louée, s'entendre avec le maître. Ces cas se présentent dans les fermes où les domestiques bien payés, bien nourris, sont considérés comme étant de la famille. Or ces fermes sont nombreuses dans la Beauce et dans le Perche.

La Saint-Jean et la Toussaint sont des jours de fête dans chaque chef-lieu de canton. Pour le commerçant, c'est la foire avec son profit certain ; pour la jeunesse, c'est l'^if.^sernhlée avec ses bals, ses divertissements aussi nombreux que bruyants.

§ III. — Les Assemblées.

Il y a un demi-siècle, les fêtes villageoises étaient beaucoup plus brillantes qu'elles ne le sont aujourd'hui ; elles duraient trois et môme quatre jours. Dans le Loiret,ces assemblées populaires étaient connues, dit M. Aristide Guilber ( i ), sous les noms de Pardons^ Assemblées^ Corps-Saints, Valleries. On observait, vers 1850, à la fête de la rue des Carmes, à Orléans, un singulier usage : chaque jeune fille, désignée sous la dénomination générale de Marie, devait y taire choix du Pierrot^ ou garçon avec lequel elle assisterait aux autres fêtes de Tannée. A la dernière assemblée de la belle saison, le Pierrot, en prenant congé de sa Marie, lui présentait un bouquet composé de fleurs artificielles : de petits miroirs convexes et des perles de verre en paraient le

' (i) Histoire des villes de bratice.

FOLK-LORE DE LA BEAUCE ET DU PERCHE lOI

calice. Ce bouquet était soigneusement suspendu au chevet du lit de la jeune fille qui, très souvent, le recevait comme le gage d'une union prochaine.

Voici un dicton rimé de la campagne sur le pardon des Carmes :

Pour vivre sans ei^vie, Et qu'on ait bien son lot, Il faut que la Marie Prenne ici son Pierrot.

L'importance de ces fêtes populaires, spéciales et fixes pour chaque village, a de beaucoup diminué. Les routes nouvelles, les moyens de transport perfectionnés et rapides, les foires et marchés plus nombreux, les fêtes somptueuses organisées à l'occasion d'anniversaires et de souvenirs, les expositions ont rendu les sorties plus fréquentes, changé nos mœurs et nos idées, et fait perdre le caractère particulier des divertissements de nos pères.

Lorsqu'une assemblée a lieu dans un village, tous les jeunes gens des bourgs et des

hameaux voisins, se Xtnant bras-dessus brasdessouSy s'y rendent en chantant ; les jeunes filles s'en vont ensemble, de leur côté. C'est au bal que les couples se forment : généralement les choix sont les mêmes à chaque assemblée. Vers minuit, chacun s'en va avec sa chacune qu'il reconduit jusqu'à son domicile. (Voir chap, F, Le Mariage, § z'^'*, Les Fiançailles.)

En Beauce, jeunes gens et jeunes filles se promènent par les rues du village en se tenant enlacés par la taille ; dans le Perche, ils se tiennent par la main, les petitsdoigts accrochés.

11 existait, dans beaucoup de communes, une coutume barbare qui a disparu depuis une vingtaine d'années. Dans l'après-midi du second ou du troisième jour de fête, on tuait le coq ou Voie. Le malheureux volatile, le corps abrité dans un panier d'osier, était suspendu par une corde au milieu d'une rue du village, à deux mètres du sol environ. A tour de rôle, chacun des jeunes gens armé d'un sabre ou d'un coutelas, les veux bandés,

s'avançait à pas comptés vers la victime, entre une double haie de curieux qui, pour dérouter le bourreau, criaient à tue-tête :

« Casse-cou !» — « Tue-le l » — <r A droite ! » a A gauche ! »... Lorsque le jeune homme supposait se trouver bien en face de la victime, il faisait dans l'espace, avec son armé, un vigoureux moulinet, — un seul. Le coup frappait souvent dans le vide ; d'autres fois, il coupait l'osier et endommageait quelque peu le volatile. Mais ses souffrances ne touchaient personne et le jeu continuait jusqu'à ce que le cou fût tranché. Celui qui y réussissait gagnait le coq ou Toie.

Le soir, un banquet réunissait les jeunes gens qui mangeaient la victime, ainsi que le lait et les gâteaux qu'ils avaient quêtes, le matin, dans chaque maison du village.

§ IV. — Les Conscrits,

^VANT l'inscription à la mairie, les jeunes gens de la classe se cotisent pour acheter un drapeau, à frais communs. Le jour de l'inscription qui a eu lieu le 25 décembre, ils se promènent dans les rues, tambour en tête et drapeau flottant, en sautant et en chantant.

Le soir, ils dînent ensemble chez un cafetier du bourg.

Autrefois, avec le service de sept ans, la conscription avait une physionomie particulièrement grave. Les conscrits, toujours précédés du tambour et du drapeau, chantaient avec autant d'entrain que ceux d'aujourd'hui, en se rendant au chef-lieu.de canton ; mais, là, avaient lieu des scènes touchantes.

Parfois un vieux père venait, lui-même, tirer pour son fils absent, ne voulant pas laisser à des mains étrangères le sort de son

gars. La mère accompagnait son fils jusqu'à la porte de la salle et priait tout haut la Providence de favoriser son enfant. Pour nos populations terriennes, les numéros i à 1 3 étaient appréhendés avec terreur, parce qu'ils impliquaient le service dans la marine. Conscrits et parents sortaient avec des mines déconfites ou des airs réjouis, selon le numéro échu. Après quelques larmes fiirtives, des épanchements touchanjs, bons ou mauvais numéros n'en étaient pas moins attachés à la casquette ou au chapeau, avec force gtjirlandes et rubans tricolores.

Les refrains font oublier les chagrins. Bientôt les conscrits de la même commune se rassemblaient et reprenaient le chemin du village à l'entrée duquel attendaient anxieusement les parents, les amis et une partie delà population. Puis, avaient et ont encore lieu les promenades à travers les rues du village : on saute, on rit, on chante, on boit, on s'étourdit et un banquet termine la journée.

Le lendemain, c'est encore la fétc. Les conscrits vont ensemble chez les parents de

chacun d'eux. Ils vont même dans les communes voisines.

Les mêmes réjouissances ont lieu le jour du conseil de révision.

Autrefois, vers le soir, il y avait des batailles entre les conscrits de différentes communes. Ces rixes, nées de motifs futiles, étaient terribles entre jeunes gens surexcités par la boisson, et les accidents parfois très graves. Cette barbare coutume a disparu dans nos contrées.

Beaucerons et Percherons sont comme leurs aïeux, les Carnutes, d'excellents soldats. Si quelques-uns essayèrent parfois de se dérober au service militaire, empressons-nous de dire qu'ils ne cherchèrent jamais, aux dépens de leur santé, à échapper à la loi.

Certains conscrits qui avaient juste la taille faisaient, pour se raccourcir, de longues marches, en portant un poids lourd, pendant les quelques jours qui précédaient le conseil de révision.

Les moyens surnaturels étaient surtout

employés et visaient le bon numéro : médailles, araignées, têtes de lucane, gui, sel, morceau de fer à cheval trouvé, etc. mis dans la poche ou cousus entre TétofFe et la doublure de l'habit du conscrit — et cela à son insu — étaient autant de talismans certains.

Un des plus précieux talismans était la pièce d'argent que l'on avait placée sur la pierre sacrée de l'autel et au-dessus de laquelle le curé avait dit la messe sans le savoir. En enfermant ces objets dans les vêtements du conscrit, il fallait dire la prière suivante :

c( Pain de froment, citrge Jîambant (flambant), fais que le diable n'ait pas plus de droit en toi qu'il n'en a sur le prêtre lorsqu'il célèbre la sainte messe. »

Bien des mères faisaient, en outre, dire des messes, faire des neuvaines, allumer des cierges.

Si le conscrit qui se rendait au tirage rencontrait une femme de mauvaise réputation, il était sûr d'avoir un bon numéro. Lorsque la première personne rencontrée était un

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moine, un prêtre ou une botwe sœur, c'était un mauvais présage.

Ces superstitions ont disparu et^ le jour du conseil de révision, tous ceux qui sont reconnus aptes à ser\ir sortent joyeusement de la salle du conseil en criant : « Bon pour le service ». Ceux qui sont réformés pour vice de constitution ou faiblesse sortent honteusement, et cela leur est quelquefois reproché comme une tache.

Lors du service de l^pt ans, les conscrits des familles pauvres, avant de partir, faisaient, chez tous les habitants de la coxmune, une quctc pour leurs frais de route.

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§ V. — Les Mais,

In appelle Maw des branches d'arbres couvertes de feuilles.

La cérémonie des Mais était autrefois usitée dans toute l'étendue de la France, même dans les villes.

A Paris, les clercs de la basoche plantaient chaque année un Mai dans la cour du Palais.

Dans toutes les villes, des Mais^ enguirlandés de fleurs et de rubans, étaient plantés aux portes des gouverneurs, des intendants, des évêques, des premiers magistrats. C'était un hommage public de reconnaissance rendu aux autorités par les administres.

Il arrivait quelquefois qu'aucun Mai n'était planté ou attaché à la porte d'un fonctionnaire. Ce dernier recevait, en se levant le matin du i*"" mai, l'arrêt sévère du tribunal de l'opinion publique prononcé sur ses actes.

Cet usage a une origine antique. Il nous vient des anciennes têtes de Flore, chez les

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Romains, qui se célébraient au i^^ mai : c'étaient les Jeux floraux^ établis l'an 523 avant j.-C. L'institution primitive dégénéra bientôt en licence scandaleuse et en réjouissances galantes. Vainqueurs de nos ancêtres, les Romains leur inoculèrent leurs mœurs, leurs jeux, leurs habitudes. La fête des Mais traversa ainsi les siècles pour devenir,aux Xll« et XIII% les espèces de saturnales exploitées par le clergé dans les cathédrales de France. Peu à peu, nos mœurs s'épurèrent et la cérémonie reprit, dans nos contrées, sa simplicité primitive.

Cet usage n'est pas pratiqué dans toutes les communes et varie bien un peu d'un canton à l'autre. Voici, en général, comment il s'accomplit au pays chartrain.

Tous les ans, dans la nuit qui précède le i^^ mai, les jeunes gens des campagnes attachent des Mais au-dessus des portes extérieures des maisons dans lesquelles il existe des jeunes filles. Le nombre des Mais égale toujours celui des filles. Les fiancés ont soin de les choisir remarquables à la porte de leurs fiancées. Tous ces Mais sont enguirlandés de rubans.

ET DU PERCHK I 1 I

Le dimanche suivant, — ou le jour de la fête patronale, suivant les pays, — les jeunes gens, précédés d'un tambour et de violons, parcourent les rues du village et des hameaux, et dansent devant chacune des portes ornées de Mais. La (ou les) jeune fille sort, danse son Mai, et remet à l'un des jeunes gens une ou plusieurs pièces de monnaie. La somme est examinée avec attention, car celle qui a donné la plus forte somme voit, le lendemain matin, attaché à sa porte, le beau Mai de la danse.

Dans la soirée, lorsque tous les hommages particuliers ont été rendus à domicile, les jeunes gens des deux sexes se réunissent sur une place du village et exécutent la danse générale des Mais. Puis les jeunes gens se retirent dans un café et boivent et dînent, aux dépens de la collecte qu'ils ont faite.

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