CHAPITRE V
Lh Mariage.
§ I. — Les Fiançailles.
|Es mœurs et coutumes d'une contrée, celles qui ont trait aux fiançailles et aux mariages dépeignent plus profondément que toutes autres le caractère spécial des habitants.
Sous ce rapport, les Beaucerons se sont toujours montrés les dignes fils des Gaulois. La plupart des usages consignés ici ont disparu ; néanmoins, il en subsistait encore un grand nombre, il y a un quart de siècle à peine, et si certains détails nous ont été racontés ou fournis par d'anciens chroniqueurs, (principalement par notre compatriote, Ad, Lecocq) nous avons été de visu témoin des
114 lOLK-LORB UK LA B£AUCE
autres. Nous parlerons notamment des cantons de Chartres, Auneau, Voves, Janville et Bonneval. S'il existait des variantes de canton à canton, de commune à commune, ces usages étaient à peu près les mêmes sur tout le plateau de la Bcauce et dans une partie du Perche.
Les passions ne sont pas bien vives, si Ton en juge par la durée des galanteries. Les exemples sont communs de jeunes gens qui, avant de se marier, ont courtisé leur femme pendant quatre, cinq, six ans et plus. On se connaît bien à la campagne ; les défauts et les qualités de chacun sont signalés par la rumeur publique ; la vie se passe au grand jour ; la situation foncière des parents est évaluée à un boisseau déterre près 4 Ces con»' sidérations n'Influent donc pas sur l'esprit positif du paysan.
Pourquoi cette lente résolution ? Kst-elle due à la nonchalance des jeunes gtns« ûu au plaisir et à l'orgueil qu'éptouvent les jeunes filles à être entourées de bons ainis ? Peut-être à ces différentes causes réunies et à Thabw tude.|Il faut dire aussi que les fréquentations
commencent souvent vers dix-huit ou dixneuf ans pour les garçons, et dés quinze ans pour les fllles.
Les relations d'amitié se nouent aux assemblées de villages, lorsqu'elles ne soiit pas le résultat de la vie presque commune depuis la plus tendre enfance. Les bals champêtres favorisent les premières avances de l'amoureux qui, avec une certaine gaucherie, exprime sa sympathie à celle qu'il choisit et conserve comme cavalière.
Les couples, après quelques quadrilles, vont se rafraîchir au cabaret. Le galant paie des sucreries, des cocardes tricolores, des colifichets à sa bonne amie qu'il appelle désormais « sa blonde ». L'heure venue, le prétendant reconduit sa blonde à la demeure de ses parents. L^s couples marchent isolément sur la longue route ; amoureusement enlacés, ils devisent sur la demande prochaine, sur l'union projetée, sur les projets d'avenir. La pudeur ici ne s'effarouche ni de ces étreintes, ni des baisers bruyants. On dit communément : « Si on ne touche qu'au-dessus du sac, il n'y a pas grand mal. »
Il6 FOLK-LORE DJÎ LA BEAUCK
Dans certains cantons, il était d'usage qu'à l'arrivée du couple au domicile paternel, si les parents voyaient dans le conducteur un prétendant sérieux pour leur fille, on lui offrît un modeste souper.
Si les parents du jeune homme, mis au courant de sa démarche, jugeaient la jeune fille sortahle pour leur gars^ la demande avait lieu, toujours suivie d'un repas. Le dimanche suivant, -— qui était le Beau Dimanche — le futur allait chercher sa fiancée et l'introduisait chez ses parents qui, à leur tour, offraient un repas.
Les invitations aux noces se faisaient, dans la quinzaine qui précédait la cérémonie, par les deux futurs. Ces invitations exigeaient plusieurs jours, en raison de Téloignement des parents ou amis, et des modes de transport.
A la campagne, la force et la santé sont plus prisées que la grâce et l'élégance. Une fille robuste et haute en couleur est toujours recherchée. On dit d'elle i
— C'est un beau brin d'fille,
— AlFa bonne mine.
— All'a de belles couleurs.
Si elle est grande et mince :
— C'est une perche à coucou.
— AU'est comme la poupée à Janneton, air n'a ni fesses, ni tétons.
— Air est comme le crucifix de Bù ; alT n'a ni fesses, ni cul.
Si elle est pauvre :
— Air n'a que son cul et sa chemise.
Si elle atteint vingt-cinq ans sans se marier :
— Air reste à graine.
Toutefois pour lui laisser une lueur d'espoir :
— N'y a point de vieux chaudron qui n'trouve sa crémaillère.
Puis pour la flatter ; - C'est dans les vieux pots qu'on mange la meilleure soupe.
Un galant peut offrir des épingles à sa blonde, parce qu'elles attachent ; mais jamais ni couteaux ni ux : ils coupent l'amitié.
Il8 FOLK-LORE DE LA BEAUCE 4^^
Pour détruire tous les mauvais effets d'un tel cadeau, la jeune iille doit donner un sou en échange.
Les saints, les pèlerinages, les présages jouaient autrefois un grand rôle dan? la manière dont se comportait la jeune iille. {Cf. II"^ partie, chafj. /, § ///, Culte des Pierres.)
Si une jeune fille veut voir en songe celui qui Tépousera, la veille des Rois, (à la Chandeleur, à Noël, suivant les localités) en se couchant, elle dit :
Gaspard ou Balthazar, Dites-moi en dormant.
Qui j'aurai de mon vivant.
Puis elle doit réciter des prières jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
On se mariera dans Tannée : Si l'on trouve du trèfle à quatre feuilles ; — - Si Ton vide une. bouteille, étant assis sous la poutre du plancher. Dans ce cas, ce sera avec la fille de la maison ; — Si les pies font leur nid dans le jardin.
Si, en remuant la salade, on laisse tomber
BT DU P^ICHE 119
une ou plusieurs feuilles sur la table, on restera dans le célibat pendant une ou plusieurs années.
Si une jeune fille casse son aiguille en cousant, ou si sa jarretière se relâche, c'est que son amoi^rcyx sera infidèle.
Pour connaître le nombre de ses bons amis ou de ses bonnes amies, on fait craquer les articulations des doigts : le nombre de craquements indique le nombre de bons amis ou de bonnes amies.
Si une jeune fille, en lavant, mouille beaucoup son tablier, elle aura un mari ivrogne.
Quand unç fille a son bonnet ou son châle de travçrs, on dit qu'elle guigne un veuf.
Si, de deux sœurs en âge de se marier, la plus jeime se marie avant l'aînée, on dit : — « airiui a fauché rhcrbc sous le pied. »
pour savoir si un jeune homme est bon à marier, on s'élance brusquement sur son dos à califourchon : s'il ne tombe pas le corps en arrière, il peut faire un mari. La même sentence est prononcée, s'il ne cède pas lorsqu'on le frappe au jarret avec le coupant de la main.
§ II. — La Noce,
OUTES les coutumes relatives aux noces et relatées ici ont existé jusqu'au milieu du XIX® siècle.
Quelques-unes depuis cette époque sont tombées en désuétude : la remise de la quenouille à la mariée, sa promenade à âne et presque toutes les superstitions.
Mais les usages anciens subsistent encore, légèrement modifiés par le temps et suivant les localités, aux noces des cultivateurs aisés ; car, pour les pauvres diables, tout se réduit à sa plus simple expression.
Dès la veille, après V angélus de midi, le bedeau carillonnait la mariée. Les parents éloignés arrivaient dans l'après-midi, qui à âne, qui en carriole. On couchait un peu partout, dans l'étable, dans l'écurie, dans les granges, en été, sur des lits improvisés avec de la paille fraîche et de bons gros draps filés par les aïeules.
Le matin , le carillon recommençait dès le lever du soleil. Parents et amis arrivaient toujours ; pour qu'une noce fût vraiment belle, elle devait réunir une centaine de personnes,au moins,autour des nouveaux époux.
Les hommes étaient uniformément drapés de la redingote à longues basques sous la blouse bleue ; les femmes portaient, sous la pelisse à capote, la belle robe de mérinos des grandes cérémonies .
Un premier déjeuner substantiel est servi ; chacun, debout, y fait honneur, ce pendant qu'il donne les derniers soins à sa toilette.
La mariée apparaît couronnée de fleurs d'oranger, un bouquet placé au côté gauche du corsage ; le marié l'accompagne. On se met par couples ; les enfants fermant la
marche, le cortège se rend à la mairie, précédé du violonneux qui a enrubanné son vio- , Ion. Le violonneux est ordinairement un loustic, véritable boute-en-train, farci de bons mots, de grasses plaisanteries, qu'il servira à table, à la danse, partout.
Au départ de la mariée, des coups de fusil sont tirés par les jeunes gens du village. Ces
salves seront renouvelées après le mariage civil, après le mariage religieux, quelquefois môme pendant le dîner du soir.
Le bedeau est â la porte de la mairie : il conduit le cortège à l'église où a lieu la cérémonie ordinaire du culte.
Un énorme morceau de pain bénit, appelé Chantean ou Grigtie, est offert à la plus proche parente ou amie de la mariée, comme un symbole du souhait formé par celle-ci de voir la personne désignée passer prochainement à riiymen.
Pendant la bénédiction nuptiale, Tépoux, en présentant l'anneau d'alliance à son épouse, ne devait pas dépasser la deuxième phalange de l'annulaire ; Tépousée s'empressait aussitôt de le pousser jusqu'à la troisième Ce faisant, elle croyait, d'abord accomplir un acte de volonté qui lui assurerait la maîtrise du ménage, ensuite éloigner tous les maléfices dont les sorciers, d'après la croyance populaire, se plaisaient à environner les nouveaux époux Ceux-ci appréhendaient surtout ce maléfice appelé la nouùre ou le vouemeni de TaiguilleUe
Le noucnient de l'aiguillette, considère comme maléfice, a été assez en vogue dans le Perche, J.-B. Thiçrs, dans son Traité des SHperstitiofis, est très prolixe de détails sur cette matière. Il raconte qu'un grand nombre de moyens, plus grossiers les uns que les autres, étaient employés pour dénouer Taiguillette. Un curé des environs de Champrond (Eure-et-Loir), au commencement du XVIII« siècle, disait à cet effet, avant la messe des épousailles, l'évangile de Saint Jean aux futurs époux.
Si des nouveaux mariés étaient atteints de ce maléfice, le même curé Içur demandait sous forme d'entretien : « N'êtes-vous pas contents d'être joints ensemble par le lien conjugal ? Et, si c'était à recommencer, ne voudrie;!-vous pas le faire encore ? » S'ils répondaient « oui », ils ratifiaient leur mariage et étaient débarrassés du maléfice qu'on leur avait fait.
\'oici, toujours d'après le même auteur.
ce que faisait un certain Promoteur de Tofficialité de Châteaudun. « Quand deux nouveaux mariés lui venaient dire qu'ils étaient maléficiés, il les conduisait dans son grenier, les attachait à un poteau, face à face, (le poteau entre eux deux), les fouettait de verges à diverses reprises ; après quoi, il les déliait et les laissait ensemble toute la nuit, leur donnant à chacun un pain, une chopine de bon vin et les enfermant sous clef. Le lendemain matin, il allait leur ouvrir la porte, sur les six heures, et il les trouvait sains, gaillards et bons amis. »
Revenons à l'église. Pendant que les mariés étaient à genoux, deux parents les plus proches devaient frapper, avec le manche d'un couteau, trois petits coups sous K:s talons de l'un et de l'autre : cette opération cabalistique bannissait la jalousie du ménage.
On appelait abrifou, ou couvre-fou, le poêle que Ton tenait suspendu au-dessus de la tête des maries, pendant la consécration
nuptiale. Jadis, les prêtres allaient, le soir des noces, « encensier la chambre et bénéir Tespous et Tespouse séans en leur lict » :
Vabrifou remplaçait symboliquement la couche nuptiale.
La cérémonie terminée, le père de la mariée offre le bras à sa fille et la conduit à l'autel de la Vierge où va la prendre le père du marié pour la conduire à son fils. Dans les environs de Châteaudun, c'est le mari, lui-même, qui gravit les degrés de l'autel et ramène son épouse à la sacristie.
Pendant que s'accomplissaient les formalités de la sacristie, les invités se précipitaient sur les deux cierges allumés devant les époux, les éteignaient et les mesuraient : celui dont le cierge avait brûlé le plus vite mourrait le premier.
Avant de sortir de l'église, un des marguilliers conduisait la mariée à l'autel de la Vierge et lui offrait une quenouille garnie de filasse et ornée du rubans : c'était la Quenouille de la Vierge ou de la mariée. L'épousée filait le chanvre et, quelque temps après, revenait déposer sur l'autel de la Vierge la
126 lOLK-LORE DE LA BHAl'CK
même quenouille garnie de nouvelle filasse et ornée de nouveaux rubans. Elle rapportait aussi le fil sorti de ses mainsi Le fil ainsi obtenu était vendu chaque année au profit de l'œuvre paroissiale.
A la sortie de l'église, les époux, trouvaient les jeunes gens du village, réunis autour d'une table sur laquelle étaient pK)sés un pain de ménage et une bouteille de vin. Les époux devaient, l'un après l'autre, entamer le pain avec les dents et boire à la bouteille : symbole de la simple nourriture qu'ils devaient prendre en commun. (Dans les villages où il existe encore aujourd'hui, cet usage s'est modernisé : On offre aux nouveaux époux un verre devin chaud sucré et des biscuits). L'un des jeunes gens disait un compliment, puis une chanson dont le refrain était chanté à l'unisson:
Refrain.
Lès garçons de notre village Viennent vous reâdre leur hommage.
Vivez longtemps, vivez heureux, Sera le comble de nos vœux.
Pour les remercier, le marié leur remettait une petite somme d'argent et les invitait à venir, le soir, avec les filles du village, prendre part au bal de la noce.
Pendant ce temps, les jeunes gens de la noce, munis de petits rubans de soie multicolores, décoraient la boutonnière de tous les nocetix et le corsage de toutes les noceuses^ puis le cortège se dirigeait vers la demeure de l'épouse, toujours précédé du ménétrier qui jouait les menuets les plus gais de son répertoire.
Le cortèo:e devait s'arrêter sur le seuil de la porte^ : pelles, pincettes, balais, chaises, étaient jetés, pêle-mêle, à travers la pièce d'entrée, et la mariée, sous peine de passer pour une ménagère sans ordre, devait relever tous ces objets, les ranger chacun à sa place et balayer la pièce. Jamais iiôuvelle épousée n'a, en ce jour, donné prise à la critique sur ce point.
Avant le déjeuner, le cortège se rend sur la route, pour courir les Gants ou la Livrée (i).
(i) Au commencement du XIXe siècle, aux noces des riches cultivateurs, la Livrée se courait
à cheval.
Les mariés et les noceux s arrêtent à la dernière maison du village . Les jeunes gens de la noce vont se placer à un endroit assigné et assez éloigné . Au signal donné, ils s'élancent, en courant, vers la mariée qui tient à la main soit une paire de gants, soit un foulard, soit une boîte de cigares. Le premier arrivé à la mariée l'embrasse et reçoit le prix de sa victoire.
Une course analogue a lieu entre les jeunes filles. La plus agile reçoit, du marié qu'elle embrasse, une cravate de soie ou tout autre objet de toilette.
Vient ensuite le tour des hommes, des enfants et des femmes de la noce ; enfin celui des garçons et des filles du village. Tous les vainqueurs reçoivent le cadeau de la Livrée.
C'est l'heure du déjeuner. La table, disposée en fer à cheval, est dressée dans une grange vide dont les murs sont recouverts de bâches et de draps de lit. Les plats se succèdent nombreux et copieux. Souvent un fut de vin de 230 litres est mis en perce.
et k fin du liquide marquera la fin de la fête, j
Dans Taprès-midi, les jeunes filles vont à la ville voisine acheter le présent de la mariée ; le reste de la noce va au cabaret.
Le soir, vers sept heures, a lieu le grand dîner de cérémonie. Au centre de la table d'honneur, la place de la mariée est indiquée par une couronne de fleurs et de verdure. Les proches parentjs et les invités que l'on veut honorer occupent les places avoisinantes. A une table se mettent les gens d'un certain âge, laissant l'autre à la disposition de la joyeuse jeunesse. Le violonneux fait le beau bout de cette table.
Autrefois, le marié ne devait prendre aucune part, comme convive, à ce banquet entièrement consacré à l'honneur et, à la gloire de la mariée. Il mettait habit bas, se coiffait d'un bonnet de coton et, la taille entourée d'un tablier blanc, devait satisfaire toutes les exigences, tous les caprices de chacun des assistants. On l'appelait de tous côtés; on lui réclamait une chose, puis une autre. S'il s'attardait quelques instants à la cuisine pour se réconforter un peu, son absence était
aussitôt signalée et les cris redoublés des convives le rappelaient à son rôle de domestique. Or ce rôle n'était pas une sinécure. Si le service de table était des plus simples (on ne changeait d'assiettes qu'au dessert), le service des mets et du liquide était plus compliqué. Le Beauceron et le Percheron mangent beaucoup et boivent de même. Les plats succédaient aux plats, les bouteilles aux bouteilles, et le pauvre marié sortait harassé, exténué, de ces noces de Gamache qui duraient trois, quatre heures et plus.
La gaîté bat son plein. Les verres se choquent et se vident souvent. On s'apostrophe d'une table à l'autre. On se lance des boulettes de mie de pain. Le violonneux impose des amendes de o fr. 10 — à son profit — à ceux qui enfreignent un règlement sévère qu'il a eu le soin d'imposer en s'asseyant. De gros rires et de non moins grosses plaisanteries se font entendre. Les figures s'illuminent, s'épanouissent, s'empourprent.
Tout à coup les bruits cessent. Le marié profite de l'incident pour s'asseoir auprès de
son épouse. Les jeunes filles qui, une à une, avaient quitté la salle, viennent de rentrer pour offrir en grande pompe le présent de la mariée. Toutes portent à la main un objet recouvert d'une serviette. Le cadeau varie suivant la somme recueillie, mais il comprend toujours : le coussin capitonné de velours grenat destiné à recevoir la couronner et le bouquet d'oranger, des flambeaux, de la vaisselle, l'indispensable vase de nuit rempli de dragées.
Les jeunes filles se. placent en face de la mariée, et l'une d'elles lui offre une soupière renfermant un pigeon blanc enrubanné. Le pigeon est quelquefois remplacé par un petit lapin blanc. Elle récite ensuite \q Compliment à la Mariée. Le ménétrier exécute sur son instrument le 5*rt/«/ à la Mariée.Toutes les jeunes filles déposent sur la table les objets constituant le cadeau, et l'une d'elles entonne la Chanson du Présent de la Mariée et lui remet un bouquet.
Le compliment et les chansons qiic nous reproduisons ici, comme types du genre,
n'étaient pas les seuls en usage, ce sont cependant les plus répandus. Le chansonnier beauceron Morainville (i) en faisait sur commande, — livrables dans les douze heures ~ qui ne manquaient ni de grâce, ni déforme, ni de fonds. Les poésies (!!), transcrites ci-aprés, sont très anciennes ; oeuvres naïves de paysans du crû, elles sont plus riches d'intentions que de rimes, nous nous faisons un scrupuleux devoir de les rapporter fidèlement avec leur saveur locale et leur simplicité champêtre.
ConipUment à la Mariée :
Je vous apporte un présent :
Levez le plat, il est pesant, Vous le vovez facilement, Dedans est un pigeon blanc.
Ainsi, sans différer.
Je vais vous le montrer.
Cet oiseau est un symbole, Prenez garde qu'il ne s'envole.
(i) C/. IV^ partie, chap. IV: les Vieilles Chansons,
Ce présent est vôtre ; La vaisselle est nôtre.
Donnez à boire au ménétrier Lequel, pour vous remercier, Sans gène et sans façon, Va le faire sur son violon.
Chansons du Tresenl à lu Mariée
(Air Breton.)
Nous somm' venus vous voir Du
fond de not' vil - - la-ge, Pour souhaiter ce
soir Un heu- reux ma- ri - - a - ge, A
Èï
Mon - - sieur votr' é - - - poux Aus-
ï^^=3.^fe^55
si bien comm' à
vous.
Nous somm' venus vous voir Du fond de not' village, Pour souhaiter ce soir Un heureux mariage, A monsieur votre époux Aussi bien comme à vous.
Vous n'irez plus au bal, Madame la mariée.
Danser, sous le fanal, Dans les jeux d'assemblée ; Vous gard'rez la maison Tandis que nous irons.
Avez-vous écouté
Ce qu'vous a dit le prêtre ?
A dit la vérité,
Et comme il vous faut être
Fidèle à votre époux
Ht l'aimer comme vous.
HT nr PERCHE 13^
Quand on dit son époux, Souvent on dit son maître.
Ils ne sont pas si doux Comme ils ont promis d'être.
Il faut leur conseiller De mieux se rappeler.
Si vous avez, Beaucerons, (iwr. Percherons;
Des vaches dans vos herbages,
Des brebis, des moutons,
Des oisillons sauvages.
Songez, soir et matin,
Qu'à leur tour ils ont faim .
Recevez ce bouquet
Que nous venons vous tendre ;
Il est (iiit de genêt :
C'est pour vous fair' comprendre
Que tous les vains honneurs
Passent comme les fleurs.
Acceptez ce gâteau
Tout frais fait et bien tendre ;
Et fait de fin gruau,
Pour vous faire comprendre
Que pour du pain manger
Il faudra travailler.
Vurianlt'
Nous somm' venus ici, Madam' la mariée, C'est pour nous informer Que vous et' mariée.
Nous vous souhaitons tous Un bienheureux séjour.
L'on dit qu' vous épousez Un homm' qui est bien sage.
Et vous qui connaissez Tous les soins du ménage.
Ah ! quel heureux séjour !
Ah 1 grand Dieu, qu'il est doux !
Vous n' serez plus cctt' nuit, Comm' vous (^ticz la veille.
Couchée dans votre lit, Comme une vierge belle ; Vous aurez votre époux Couché auprès de vous.
Vous voilà donc liée, Madame la mariée, Avec un lien d'or Qui ne délie qu'à la mort ; Avec un lien d'argent Qui dure aussi longtemps.
(Les autres couplets sont les mêmes que ceux de la chanson précédente).
Nous venons, madame la mariée, Nous venons pour vous offrir nos vœux.
Nous saluons toute la compagnie Que voilà ici, dedans ces lieux.
m8 folk-lore de la BEAI ci:
Quel bonheur, pour deux coeurs, De se voir ensemble réunis ; Quel bonheur, pour deux cœurs, D'être unis par l'amour enchanteur.
Ah! si j'osais, — mais c'est si peu de chose,- Vous offrir notre petit présent.
Acceptez-le, mais sans aucune chose ; Mettez-y la main sans compliment. ' Jeunes époux, puissiez-vous Goûter ensemble le plaisir agréable ; Jeunes époux, puissiez-vous Goûter ensemble le plaisir le plus doux .
Acceptez ce beau plat de dragées
Entouré de plus de mille fleurs.
Nous vous l'offrons, madam' la mariée.
Prenez, il vous portera bonheur.
Toutes ces fleurs, toutes ces fleurs
Sont cueillies par les mains les plus tendres ;
Toutes ces fleurs, toutes ces fleurs
Sont cueillies pour embaumer deux cœurs.
Joyeux époux, puisque c'est la journée De couronner vos vœux et vos succès Dans les liens (Tune douce hyménée ; Vous voilà donc bien unis désormais.
Vous arrachant d'une mère chérie, C'est pour voler dans les bras d'un époux Oui, c'est le plus beau jour de votre vie ; Goûtez en paix les devoirs les plus doux.
Refrain :
Vivez toujours en paix, Pas de trouble en ménage ; Que le doux mariage, Vous unisse à jamais.
Ah ! c'est à vous, madame la mariée, Que l'on adresse ce joyeux couplet ; Attjourd'hui votre tète est couronnée Et votre sein est orné d'un bouquet.
Comprenez-vous ce que vous allez faire ?
Rappelez-vous de la soumission Que vous devez à un époux si c/a/v.
Et le ciel bénira votre union.
Refrain.
Et vous, mari, suivez cette méthode :
Choisissez bien V objet que vous prenez.
Vous savez que maintenant c'est la mode De se déplaire quand on est marié.
Que l'union dans vos cœurs s'y assemble ; Que l'amitié soit toujours parmi vous ; Vous passerez des jours heureux ensemble :
Voilà les vœux d'un véritable époux.
Refrain.
Si ma chanson venait à vous déplaire,
Dites-moi-le vraiment, je la finirais.
Voilà, messieurs, tel est mon caractère, Quand pour l'hymen je dois me déclarer, Monsieur le marié et son épouse aimable, La compagnie, voulez-vous m'excuser ?
Si mes couplets ne vous sont pas favorables.
Mes derniers vœux sont encore de chanter.
Refrain.
Lento,
ff-»-- i
ïlgp^^^
Au jour de votre hy -mé - - né-c ,
:fc--i^
Des fleurs j'o —se vous of frir.
Pour vous, toute la jour - né-e Doit être
ai Moderato •
^^?^^3:tsa
un jour de plai - - sir. Vi - ve , vi - - ve
la ma - rie — c ! Vi - vc aus - - si son
ÈTÏ
cher ma • — ri !
Que l'ciel soit favorable, Qu'il soit propice à nos vœux, Dans ce moment mémorable Qu'il vous conduise tous deux.
Vive, vive la mariée ! » bis en
Vive aussi son cher mari ! \ chœur.
Que le violon, la trompette.
Fassent ici tout retentir
Dans le grand jour de votre fête
Qui doit être un jour de plaisir.
Vive, vive la mariée ! j bis en
Vive aussi son cher mari ! \ chœur.
Remerciements de la Mariée.
Vous remerciant, j'agrée.
Filles, votre beau présent.
Quand vous serez la mariée,
On vous en fera autant.
Vivent, vivent toutes les filles 1 j bis en
Vivent aussi tous leurs bons amis 1 chœur.
Vous, filles qui daignez m'cntcndre,
Faites attention à ceci :
Tôt ou tard, il faudra vous rendre
l'entre les bras d'un bon mari.
Avivent, vivent toutes les filles ! / bis en
Vivent aussi tous leurs bons amis ! chœur
Je vous remercie, aimables demoiselles.
D'un présent, si tendrement donné.
Si, aujourd'hui, votre cœur est fidèle,
Buvons un coup à votre santé.
Jus du vin, jus du raisin.
Qui enflamme le cœur de toutes ces belles :
Jus du vin, jus du raisin.
Sois favorable au sexe féminin.
Si aujourd'hui, il arrive une fête, Ainsi qu'à moi, et à mon cher époux.
Gens de la noce que vous êtes aimables De venir rire et chanter avec nous ;
Jeunes amants si charmants ;
A ce festin, faites-y des conquêtes ;
Jeunes amants, si charmants ;
Faites comme nous, mariez-vous promptement.
Lorsque les compliments, les chansons et les remerciements du présent sont termines, chacun lance sa petite romance. L'honneur du début est ordinairement réservé à la mariée qui, dans une mélodie plaintive, adresse de touchants adieux à la liberté, à sa famille, à ses compagnes. Puis se. succèdent tous les airs les plus inimaginables : chants patriotiques, complaintes larmoyantes, chansons rustiques, pastorales naïves, refrains de cabarets, couplets grivois, rengaines sans fin. Tous ces h3niines populaires sont dits avec des gestes et des accents inimitables ; les refrains sont repris à l'unisson par toute l'assemblée, avec accompagnement de vigoureux coups de poing frappés sur les tables.
A la fin de sa chanson le chanteur ajoute souvent :
Toute chanson qui perd sa fin
Mérite avoir (bis) Toute chanson qui perd sa fin
Mérite avoir un verre de vin.
Et rassemblée répond en chœur :
> bis.
Il a fort bien chanté ; Buvons à sa santé.
Puis :
Du bon vin pour nous autres.
D'ià piquette pour les autres.
Ici nous sommes bien ; tenons-nous-v Peut-être ailleurs serions-nous pis.
Arrosons-nous la dalle, la dalle ; Arrosons-nous la dalle du cou.
Minuit approche et l'on mange toujours.
Les bouteilles se vident et le bruit va crescendo. Les jeunes couples s'embrassent et les enfants dorment à poings fermés. Un jeune garçon, parent de la mariée, se glisse sous la table et va dénouer la jarretière de la
146 FOLK-LOUE DE LA nKAUCE
mariée. Il rapporte un flot de rubans de soie tricolore, préparés pour la circonstance.
Toute l'assistance applaudit l'auteur du larcin emblématique. On coupe ces rubans en fragments que le garçon et la demoiselle d'honneur épinglent sur la poitrine de chaque convive en l'embrassant : le jeune homme, les dames et la jeune fille, les hommes.
Un bruit étrange se fait entendre à la porte du banquet, accompagné d'un chant, repris en chœur, et appelé le Ban de la Mariée. Ce sont les jeunes gens du village qui, venant pour la danse, apportent un gros bouquet au milieu duquel ils ont placé un objet rappelant la profession du marié. Tous sont munis d'un silex, avec lequel ils frappent ou opèrent un frottement circulaire sur la porte. Le bruit devient formidable, puis cesse tout à coup : on va chanter le
BAN DE LA MARIHH (i)
Moderato.
( -JE — -fr-y-tf-y — [S- -13 — :t— iNitH -«;?-
Sur le pont d'Avi-gnon, J'ai
ouï chanter la belle, Qiù dans son chant di-
sait U - ne chan-son nou - - vel - le, Qui
Of:
dans son chant di sait U -
ne chan - son nou - - vel - - le.
(i) Comme rindiquent les paroles, cette chanson, très ancienne, s'exécutait, aans l'origine, le lendemain mâtin des noces, au lever de la mariée ; elle a été remplacée par la Rdtie,
Il faut brider grîson et lui mettre la selle, Donner un coup d'éperon jusqu'au lieu de la bellc(i)/«)
Ouvrez la porte, ouvrez, nouvelle mariée.
Bouquet nous apportons, oui, pour votre hyménée. [(^'0-
La mariée répond :
Comment que j'ouvrirais? Je suis au lit couchée ; Attendez à demain, la fraîche matinée, (his).
L'soleil sera levé et la lune sera couchée,
Puis mon lit sera fait, ma chambre balayée (Ms).
Le jeune homme répond :
Conmicnt que j'attendrais ? j'ai la barbe gelée ! La barbe et le menton, la main qui tient répée(W5).
J'ai mon cheval Grison qui en a la tranchée,
Ht mon petit chien blanc, qui meurtdans la gelée (bis).
On ouvre la porte et les jeunes gens, après avoir offert leur bouquet, reçoivent quelques rasades de vin. La gaîtc redouble ; les farces et les quolibets se multiplient; Ton boit. Ton mange, Ton chante toujours.
Vers deux heures du matin, les jeunes gens suivent le violonneux qui, dans la grange voisine, les fera danser jusqu'au jour. Les mariés ouvrent le bal ; la mariée est invitée successivement par chacun des jeunes gens et surveillée par tous. Ils épient tous ses mouvements et s'attachent à ses pas /Cependant, sous un prétexte quelconque, elle finit par s'éloigner mystérieusement et va rejoindre le marié dans un endroit préalablement désigné.
Dès le lever du soleil, on se met à la recherche des mariés pour leur donner la Rôtie. Le village n'est pas grand et, grâce à la complicité de la domesticité indiscrète, le lieu de la retraite est découvert . Si les mariés n'ouvrent pas la porte, on pénètre dans la chambre par effraction . Alors pendant qu'on prépare la rôtie, jeunes gens et jeunes filles se livrent à toutes sortes de plaisanteries : du crin grillé est jeté entre les draps, le lit est place au milieu de la chambre . La Rôtie est apportée dans le traditionnel vase de nuit neuf. Dans lecaféau lait, des morceaux de liège sont mélangés au pain. Deux cuillères, trouées et cochées
ISO lOLK-tORE DE LA BEAUCE
avec un couteau, sont offertes aux jeunes mariés qui doivent manger ensemble ledit café.
Dans une noce vraiment joyeuse, h jeunesse ne se couche pas. Garçons et filles, munis de seaux, vont de ferme en ferme quêter le lail lie la mariée ; on en fait une soupe qui sera mangée,vers huit heures,au déjeuner du matin.
Tout le monde va ensuite à la messe des morts, dite spécialement à l'intention des défunts des deux familles.
Après l'office avait lieu autrefois la Promenade h âne. La mariée était hissée sur un bau-» det, la face tournée vers la queue qu'elle de* vait tenir à la main, tandis que le marié, coiffé d'un bonnet de coton, souvent barbouillé de suie, conduisait la bête par la bride, à travers les rues du village : le violonneux précédait en raclant son crin-crin ; les noceux suivaient en chantant.
Les noces duraient quelquefois trois et même quatre jours ; mais ordinairement deux jours pleins, passés en beuveries, repas co-
pieux, danses et divertissements, suffisaient ; pour exténuer de fatigue les noceux les plus robustes.
Le dernier jour de fcte, on fait ce qu'on appelle un déjeuner-dînatolre, entre une heure et trois heures de l'après-midi . C'est vers la lin de ce repas que le garçon et la demoiselle d'honneur font une quête pour la mariée .
Le plus souvent, la somme recuçilliç forme le casuel des gens de service. Le jeune couple, se tenant par la main, chante en face de chaque convive un couplet d'une chanson qui varie et s'allonge, suivant le talent et la verve des chanteurs.
Voici quelques-uns des
Couplets de la quête pour la Mariée.