CHAPITRE II
§ 1 . — Présages d'abondance ou de disette
de poisson.
Avant même de se mettre en mer, les pêcheurs observent certaines circonstances, souvent assez futiles, qui, d'après des croyances traditionnelles, leur indiquent si le poisson sera abondant.
En Basse-Bretagne, si les vents soufflent de Touest pendant l'Evangile de la messe des Rameaux, la prochaine pêche des harengs sera mauvaise ; les vents du nord ou du sud-est sont, au contraire , du meilleur augure Au siècle dernier, on croyait dans le nord de l'Ecosse que si la nuit du premier de Tan le vent soufflait de l'ouest , c'était signe d'abondance. A Wiesland, lorsque les nuages viennent de la mer le jour Saint-Georges , il y aura
beaucoup de poisson pendant toute l'année (1).
On dit en Haute-Bretagne que si les marsouins s'approchent de la côte, les poissons y arrivent aussi ; lorsque les maquereaux sont abondants à peu de distance du rivage, il y aura peu de harengs.
A Terre-Neuve, où les raies viennent en grand nombre auprès des pêcheurs, ils les maudissent ; car ils prétendent qu'elles chassent les morues. Ils disent qu'elles ressemblent à des bonnes sœurs qui vont à la communion, d'où ce dicton : « Voici les sacrées bonnes sœurs, nous pouvons bien nous en aller ! »
Suivant une croyance constatée en Basse- Bretagne au commencement de ce siècle, les sardines ont un roi nommé le Maigre ; quand il trouve un banc de ses sujets, il les mange tous, formassent-ils un monceau supérieur aux plus grosses montagnes; dès qu'on le voit s^élancer hors
1. G. DE LA Landelle, Mœurs maritimes y p. 143, Brand. Popular Antiqaities, t. i, p. 9. ; Bassett, p. 446.
de l'eau, la poche est terminée, les bateaux restent ; ce poisson, dit Fréminville, est le Squalus Glaucus (1).
Les pêcheurs du Sussex nomment roi des harengs un gros hareng couleur de sang qui conduit comme un pilote la foule de ces poissons. Si par hasard on le prend dans les filets, on le rejette à la mer, car on aurait mauvaise chance et la foule des harengs se perdrait faute de pilote (2).
Les pêcheurs mentonnais reviennent au port quand il leur arrive de prendre un charran [serranus argus) ; ce poisson est la malédiction de la mer, il vit au fond de l'eau, et sa présence à la surface annonce la tempête (3).
Dans les Asturies, quand la pêche des calmars est très abondante, c'est signe qu'on aura presque immédiatement du mauvais temps (4).