LES PÊCHEURS EX EAU DOUCE
coup d'illettrés croient encore que les faines s'attaquent au produit des pêcheries, et les gens de ce pays ont coutume, non seulement de parsemer leurs filets avec du sel, mais d'en répandre dans Teau, pour aveugler ces lutins malfaisants, qui, à ce qu'on croit, préservent le poisson de tomber dans les filets (1).
Dans le Siam on raconte qu'un pêcheur ayant poussé sa barque la nuit au milieu du fleuve, et, tendu ses filets, sentit une violente secousse qui lui révéla la présence d'un gros poisson ; le pêcheur le tira à lui, et le déposa au fond de la barque recouverte de planches. Il se disposait à en prendre d'autres, lorsqu'il entendit des gémissements sortir de dessous les planches.
Il en souleva une et vit aussitôt se dresser devant lui un sien ami enterré de la veille.
Saisi de frayeur, le pêcheur se jeta à l'eau» abandonnant barque et hameçons, et gagna le rivage à la nage ; il monta à terre et courut éperdu à travers les jardins sans
!• Folk-Lore Record, t. 11. p. 209.
CROYANCES ET SUPEUTITIONS ' 280
savoir où il allait. A bout de forces il rencontra enfin une hutte éclairée par de la lumière ; il s'y précipita. Un homme s'y trouvait assis à côté du foyer, dont il entretenait le feu. Le pêcheur se jeta à ses genoux, implorant un asile pour la nuit.
L'homme ne disait mot ; le pêcheur hasarda un regard. Horreur ! c'était encore son ami mort.
Plusieurs barques de pêcheurs siamois s'avançaient à la fîle,dans un petit canal alimenté par un étang. La nuit commençait 4l tomber et les gens de la barque qui tenait la tête de file purent apercevoir, se tenant debout sur la rive, un panier au bras, une vieille femme, qui leur demanda de lui faire passer le canal. Ils répondirent qu'ils étaient pressés, qu'elle n'avait qu'à s'adresser à ceux qui suivaient. Rebutée succès sivement par les pêcheurs et renvoyé d'une barque à l'autre, elle s'adressa enfin à la toute dernière. « Faites-moi passer, de grâce, sur l'autre rive, dit-elle, ma fille est très malade là-bas au fond de la plaine. » L'homme qui ramait à l'avant de la barque
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lai répondit par des malédictioiis et des injures : mais celai qui tenait le goayemail eut pitié d'elle et d'un coup d'aviron il fit accoster le devant de la barqne. a Montez, ma bonne femme, dit-il, je vous ferai passer le canal. • La vieille s embarqua et posa son panier sur la barque. Dès qn'on eut touché l'autre rive, un rugissement rauque se &t entendre, et à la place de la vieiile femme, le pécheur vit un tigre énorme qui s'élançant sur son compagnon de devant, le happa d'un coup de mâchoire et disparut avec sa proie sur le rivage.
L'homme au gouvernail eût voulu fuir, mais les jambes lui manquèrent. Dès qu'il fut un peu revenu de sa frayeur, il rama de toutes ses forces et rejoignit ses compa^^nons. Là seulement il s'aperçut que la vieille femme avait laissé son panier. Il en souleva le couvercle et trouva une marmite en terre remplie de pièces d'or. La « Pht P/inil n en se vengeant du rameur qui l'avait insultée, avait voulu récompenser la cliarité du second (1).