F. S. Bassett, p
SU. —Les engins de pêche.
On croit, en plusieurs pays, que la chance des engins de pêche dépend de la manière dont ils ont été fabriqués, et qu'ils peuvent être ensorcelés, soit à ce moment, soit lorsque, étant à terre, on les garnit de l'appât destiné à attirer le poisson. Certaines pratiques traditionnelles avaient pour but de détourner le mauvais sort. Il est probable que ces croyances et ces usages existent sur les côtes de France : mais jusqu'ici je n'en ai pas trouvé trace.
En Ecosse, on a soin, lorsqu'on fait une nouvelle ligne avec l'aide des voisins, de la commencer à la mer montante, et on y travaille sans interruption, de façon à ce que chacun ait part au whiskey que l'on boit lorsqu'elle est terminée, et qui passe pour assurer la chance. Si quelque personne entre dans la maison où l'on est occupé à cet ouvrage, elle doit donner de l'argent, qui est destiné à acheter du whiskey ; on le boit lorsque la ligne est achevée ; à Portessie et dans quelques autres villages, on
fait une sorte de libation en versant un peu de liqueur sur la ligne (1). A la Nouvelle-Calédonie, avant d'employer un filet neuf, il fallait faire une aspersion au moyen d'une eau particulière, préparée par une sorte de prêtre (2) .
En Ecosse où la superstition du « mauvais pied » est très répandue, la présence seule d'un individu ayant ce fâcheux privilège suffisait pour ensorceler l'engin que l'on faisait Willam Watt « Wilzie», du village de Crovie, sur la côte du Banffshire, venait de commencer un filet à harengs lorsqu 'entra un homme regardé comme ayant un pied particulièrement mauvais: il acheva son filet, en disant tout le temps qu'il ne vaudrait pas grand'chose. Il prit peu de poisson à sa première sortie. On consulta un sorcier de grande réputation, qui ordonna de mettre trois fois le filet autour du bâton Cette opération ne donna pas plus
1. W. Gregor. in Folk-Lore Journal^ t. iv, p. 12, t. VI, p. 307.
2. LeP.X. Montrousier, in Revue algérienne et coloniale, avril 1860, p 305.
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de succès au filet. Le sorcier, consulté de nouveau, dit qu'il était alors temps de le brûler ; ce qui fut fait (1).
A Saint-Combs, l'usage est de fermer au verrou la porte de la maison où Ton apprête les lignes, de peur qu'il n'y entre quelqu'un ayant le « mauvais pied » ; quelquefois si Ton aperçoit un visiteur, on se hâte de fermer la porte ; lorsqu'il arrive devant et demande à entrer, on lui répond qu'on est à boiter les lignes, et il s'en va. Pour détourner le malheur qu'apporte en pénétrant dans la maison une personne ayant la mauvaise chance, ou jette au feu le bout de la ligne ; ailleurs, on en fait passer le bout par le feu ou autour de la crémaillère. A Collieston, un pêcheur avait coutume en cette circonstance de transporter la ligne qu'il était en train de <« boitter » du panier ou de l'écuelle où elle se trouvait, dans un nouveau récipient, afin de détourner la mauvaise chance ; ce n'était pas aisé, car il fallait prendre les ha-