Folk-Lore Journal, t. iv p. iO
S 2. — Le Lancement et la première Sortie
Les pêcheurs de Rosehearty lancent les bateaux de préférence un jeudi, et à la mer montante ; ceux de Basse-Bretagne font cette opération une heure avant la pleine mer, alors qu'en Haute-Bretagne on attend que la mer baisse ; sur cette côte, le bateau doit entrer dans la mer par l'avant ; car, disent les vieux pêcheurs, si on le mettait à Feau l'arrière le premier, il manquerait à virçr. En Ecosse si on a à faire tourner le bateau, il faut que l'évolution se fasse dans le sens du soleil (1).
En Haute-Bretagne, on dit au moment du lancement :
Bateau Que pour la première fois nous lançons à Teau- Poite chance à tes matelots.
Lorsqu'il flotte sur la mer, on suspend de chaque côté une voile en prononçant ces paroles :
1. W. Gregor, Scofiancf, p. 197. in /''oU-/-ore Journal, t. iv. p. 11.
Pour que le bateau porte bien la voile,
Nous suspendons ces morceaux de toile
A chacun de ses cotés
Pour qu'il ne peut (sic^ chavirer.
Je demande que ce bateau
Vogue sur l'eau et sur la mer.
Comme les oiseaux volent dans l'air.
A Innishoven (Irlande) lorsqu'un bateau a été lancé, et qu il se trouve à quelques mètres du rivage, tout le monde se découvre, les avirons restent inertes, et pendant une minute ou deux Ton prie, en observant un silence aussi complet que si Ton était à l'église. A Yport on avait soin, dès que le bateau flottait, de tourner la proue du côté du port et de présenter la poupe à la Vierge (1).
En Ecosse si les pêcheurs qui ont été chercher le bateau neuf au chantier où il a été construit reviennent sans le ramènera leur port, ce retard est considéré comme de mauvais augure. Le bateau que l'on
1. Thomas Doherty, in Folk-Lore, t. viii, p 14; France Maritime, t. i, p. 246.
conduit à son havre doit partir à la marée montante ; lorsqu'il y arrive, les gens du village vont sur le port en portant du pain et du fromage, de Taie et du v^hiskey. Un verre plein d'alcool ou de bière est brisé sur le bateau, et Ton forme lesouhait que le nouveau venu ait une aussi longue durée et prenne autant de p.oisson qu*aucun vieux bateau ; à Portessie, en prononçant le souhait,on disait le nom de la barque (1). Dans les pays catholiques on croit que les bateaux qui n'ont pas été bénis sont plus exposés que les autres à des disgrâces.
En 1880, un marin de Saint-Cast prenait peu de poisson, et Ton prétendait que cela tenait à ce que son bateau n'avait pas reçu la bénédiction du curé. On dit aussi que le patron d'un navire qui n'a pas été baptisé est sûr de se noyer. Le récit suivant, populaire sur les côtes de la Manche, mofntre combien il est dangereux de ne pas observer cet usage. Il était une fois plusieurs