PAS HO RATES
d’arbres: deux ou trois draps; des têtes de maïs pour faire les pierres à lapider; du papier, un écritoire, une plume et une lettre ».
Les frais relativement considérables qu’ertraîne la représentation d’une pastorale sont couverts, soit à l’aide des cotisations des acteurs volontaires, soit par des souscriptions ou des dons généreux, soit enfin par le produit d’une quête faite au milieu de la foule vers la fin du spectacle. Pendant toute sa durée, d’ailleurs, des rafraîchissements sont libéralement distribués à tous. Des jeunes filles choisies parmi les plus jolies et les plus gracieuses circulent à cet effet sur toute la place, offrant aux dames de l’eau sucrée, ou de Peau rougie, aux hommes du vin plus ou moins pur. À leur dernier tour, elles sont accompagnées . de jeunes gens qui présentent des plateaux couverts déjà de menues pièces d’argent et où se dresse une superbe pomme reinette dans laquelle sont fixées plusieurs pièces d’or. Cet appel direct à la bourse des auditeurs est toujours fructueusement entendu. Une autre source importante de revenus était aussi naguère la mise aux enchères du privilège de danser, après la représentation, le premier saut basque sur le théâtre; les habitants d’un même village réunissaient souvent toutes leurs ressources disponibles pour l’emporter sur leurs voisins d’une autre vallée et obtenir des commis-
saires de la pastorale le droit exclusif de commencer le premier tour de danse.
Les pastorales sont toutes en basque; quelquefois, et surtout dans les scènes bouffonnes ou dans les scènes de satanerie, on ïintercale des phrases en espagnol, en patois, en français ou en latin, dont la correction laisse ordinairement fort à désirer. Quelques pièces, vraisemblablement les plus modernes, sont en vers de treize pieds, divisés en quatrains sur une seule rime quadruple. Mais la plupart des pastorales sont en vers de huit pieds, également divisés en strophes de quatre vers dont le second rime avec le quatrième, les deux autres ne rimant pas. La mesure n’est pas toujours d’une régularité parfaite et la rime se réduit parfois à une assonnance fort défectueuse. Les manuscrits donnentrarement desindications sur lesentrées et la position des acteurs. fai pourtant vu plusieurs dessins indiquant comment les convives doivent se placer sur la scène à certains moments (1). On n’y trouve jamais de division en actes et en scènes; mais seulement les men-
(1) Dans l'Enfant prodigue, par exemple, voici la figure de la position des acteurs pendant le banquet :
Prodigue.
Ant men heichon:
Jaquin. | Madame. La cuisinière.
tionsz/it N,t: arrivera Cheval: :M: «iso Xe entre; X..) tombe blessé; etc. ».
La rédaction des pastorales est aussi simple et aussi naïve que possible. La règle classique de l'unité de temps et de l’unité de lieu est naturellement inconnue à leurs auteurs. La division en actes n'existe pas. Un acteur qui voyage marche sur la scène et au bout d’un moment est censé arriver au terme de sa course. Lorsqu'un messager est envoyé quelque part, quand par exemple le roi de Constantinople fait demander au roi d'Angleterre des secours, ce sont ceux qui envoient le messager, le roi de Constantinople et ses amis, qui sortent; le messager reste sur le théâtre qu'il arpente à grands pas en attendant, dans le cas indiqué, l’entrée du roi d'Angleterre et des siens.
On ne saurait s'étonner de rencontrer dans les pastorales, où doivent d’ordinaire figurer des Turcs, les plus étranges anachronismes. Dans la pastorale de Claudieus et Marsimissa, M. Webster a trouvé un Empereur romain, un Roi de France Charles, un Duc de Richelieu, un Pape Jules, un Roi Néron, le Cardinal Baronius et le Grand- Turc Mustafa! Dans Nabuchodonosor, je n’ai pas été peu surpris, à la première lecture, de lire, à propos du siége de Jérusalem, cette note stupéfiante: « ici, on tire un coup de canon ». Les
noms bizarres de certains personnages étonnent au premier abord; mais ils sont presque tous empruntés à d'anciennes légendes : un « Turc » qui revient souvent s'appelle par exemple Coulican ; il ne faut vraisemblablement voir là que le Thamas-Kouli-Khan (Nadir-chah) de l’histoire. Les pastorales, bien que pour la plupart refaites ou remaniées tout récemment, ont été originairement composées au moyen-âge. C’est une simple imitation, une adaptation, une traduction des mystères, des solies, des farces, ou des moralités; rien n’y manque, pas même les bouffonneries plus ou moins lestes et grossières qui distraient et reposent l'auditoire. Les fonctions de bouffons sont ordinairement remplies par les « Satans », qui ne sont pas seulement ainsi les mauvais conseillers, les esprits du mal, les diables, Il y en a au moins un dans chaque pastorale; je ne connais guère que Geneviève de Brabant, où il n’y ait pas une seule scène de satanerie, du moins dans la copie que j’en ai lue. Les démons s’appel- ‘lent Satan, Astarot, Bulgifer (altération inexpliquée de Lucifer), Belzébut (sic), Brindamour, Ferragus, Jutibal, Jupiter (on reconnaît là une inspiration ecclésiastique), et Courriera « le courrier ». Ce dernier nom m’a expliqué un fait que mentionne M. Webster et dont il ne paraît pas s’être rendu compte : mon savant collaborateur a remarqué
que « l’un des Satans échange quelquefois son caducée pour un fouet de postillon ». Pourquoi « le courrier » figure-t-il parmi les Satans, je l'igaore. Nr
Les pastorales sont d’une longueur extrêmement variable. On pourra en juger par les chiffres suivants. Warwick à 7116 vers; Eustache et Euphémie, environ 6640; la princesse de Cazmira, 6492 répartis en 26 rôles; Jean de Calais, 6428 vers et 67 rôles; Charlemagne 6356; un autre Charlemagne 6360; un Godefroid, 6224 vers et 29 rôles; un autre Godefroid, 4800 vers environ ; Saint-Jacques, 6080; Mustafa, 5940; Nabuchodonosor, environ 5720 vers et 52 rôles; Astiage, 5716 vers et 37 rôles; quatre Hélène, $460 vers (44 rôles), 4856 vers (32 rôles), 3568 vers (27 rôles) et S032 vers (sr rôles); La prise de Jérusalem, $436 vers et Sr rôles; deux Richard, s112 et 5428 vers, et 34 rôles; Josué, 4588 vers (19 rôles); deux Abraham, environ 4980 vers (43 rôles), et 4516 vers (42 rôles); un autre Abraham avait seulement 30 rôles; Pançart, environ 4196 vers et 28 rôles; deux Fils Prodicue, 4172 vers environ et 2604 ; Suint-Alexis, 3852 vers et 26 rôles; Geneviève, 3796 vers et 20 rôles; Œdipe, 3712 vers et 19 rôles; Bacchus, 2724 vers et 32 rôles; Clovis, 2320 vers. Je puis dire de plus que Roland a seulement 24 rôles, que Samson en
PASTORELES 325
compte 19, Robert-le-diable 18, Josué 21, Thamar- Kouli-Khan 39 et Sainie-Catherine 37.
Je ne saurais traduire ici une pastorale tout entière; il m'a semblé préférable de donner seulement des analyses et des extraits; on aura ainsi je crois une meilleure idée de l’ensemble du genre.
Les prologues s’inspirent de la tradition classique. L’acteur chargé de le réciter s’avance modestement au devant de la scène,
First my fear, then my court’sy, last my speech, ‘
Puis il vante chaudement l’œuvre qui va être représentée,
Hujusmodi paucas poelæ repperiunt comædias,
Il réclame toute l’attention des spectateurs,
Nutrices pueros infanteis minutulos
Domi ut procurent, neu qua spectatum adferant, Ne et ipsæ sitiant et pueri pereant fame,
Neve esurientes heic quasi hæedi olvagiant ; Matronæ tacitæ spectent, tacitæ rideant (1).
Il expose ensuite le sujet de la pièce, en déduit
(x) Pendant toute la durée de la représentation, les hommes de garde aux deux coins de la scène sont spécialement chargés de veiller au maintient du silence. Ils répètent à cet effet l’interjection usuelle : cho ! cho! (notre chut !).
la « moralité » ; puis l’acteur salue le public en réclamant son indulgence,
Ts now the two hours’ traffic of our stage,
The wbich if you with patient ears attend,
What ere shall miss our loil shall strive to mend… Like, or find faults do as your pleasures are !
Il termine d'ordinaire en annonçant qu'il va chercher ses camarades,
Tantum ’st : valete : adeste cum silentio !
Voici la traduction complète du prologue la pastorale d’Astiage, roi de Perse :
Premier prologue de la « Tragédie d’Astiege, roi de Perse » (sic).
Je vous souhaite bon jour, — messieurs et dames, — soyez les bienvenus tous — petits et grands.
Vous nous honorez — sensiblement d’une manière qui ne peut être dépassée, — puisque pour nous voir, — vous êtes venus ici.
De tout notre pouvoir — nous nous acquitterons, — et nous vous demandons — toute votre attention.
(Il se promène ; et reprend ensuite) :
Un roi de Perse — s’appelait Astiage — qui, en un temps très-court, — fut marié (et veuf):
I] avait une fille unique — qu’on appelait Mandane, — et toute la qualité de reine du royaume — venait à elle.
Quand cette jeune princesse — fut en âge, — son père de la marier — forma le dessein.
: Mais il prit dans sa tête — une imagination — qu’il devait savoir ce que ce mariage — pourrait causer, I chercha dans le royaume — deux astrologues
habiles, — et les ayant fait venir en sa présence —- il Les consulta,
En leur disant qu’il voulait — marier sa fille, — mais auparavant qu’il voulait savoir — ce qui devait lui arriver.
Les astrologues, tout de suite — lui répondirent : — que Mandane jamais — ne changerait.
Ils lui dirent que Mandane — mettrait au monde un
fils; — et qu'avec une arméé contre lui — il le verrait venir;
Que son petit-fils lui — ôterait la couronne, — et que du royaume ensuite lui-même — prendrait possession.
Après avoir entendu cela, le roi — fut effrayé; — de faire perdre sa fille — il entra dans un dessein.
Son amour paternel — s’y opposa, — qui ce noir
dessein — lui ôta de la tête.
Avec le prince Cambyse — il la fit marier — et chez Cambyse tout de suite — l’expédia.
Mais sa crainte — allait toujours grandissant, — de peur que les astrologues — ne lui aient dit la vérité.
Ayant fait venir de nouveau — ces mêmes astrologues — il leur dit qu’il a dans le cœur — un feu terrible;
Ce que signifiait ce feu — il les priait de lui dire; — que nulle part ‘il ne pouvait — être en repos un moment,
Les astrologues tout de suite — lui donnèrent réponse — comment sa fille Mandane — était devenue enceinte;
De même que grandissait — l’enfant dans le ventre de sa mère; — la peine de son’ cœur — se mettait à grandir.
Alors, il devint alors, — le roi, épouvanté; — ou pour mieux dire, — presque désespéré.
Il priait — son secrétaire Harpagus, — dans une occasion — qu’il devait l'aider.
Il lui arriva au même moment — de Cambyse une lettre — comment la princesse Mandane — avait mis au monde un fils.
Quand le roi eut entendu — la nouvelle de w" naissance de cet enfant, — voici la commission — qu’il donna à Harpagus : :
Il le pria d’aller à l'instant — chez Cambyse, — sous le prétexte — de voir la princesse,
Et d’enlever — en silence cet enfant, — puis dans un bois secrètement — de lui ôter la vie.
11 lui donna sa parole pour le garantir, — en qualité de roi, — dans cette occurence — s’il y avait du danger.
Harpagus partit — pour’accomplir cet ordre, — mais son cœur ne le lui — laissa pas exécuter.
Cependant il avait — enlevé l’enfant; — et l'avait dans un bois — tout de suite emporté.
Ayant regardé cet enfant — il en prit compassion, — et, en peine de le tuer, — le laissa dans ce bois.
Pendant trois jours, cet enfant — une chienne nourrit; — à sa tête un berger — le trouva;
Il l’emporta — 4 la maison avec lui — et l’éleva pendant douze ans — sûrement avec soin.
(Strophe ajoutée :) Vous verrez comment — il vola à son père Coulican sept cent brebis — les vendit et — se joignit à une troupe de voleurs.
Le roi Astiage entendant — la grande renommée de cet enfant, — demanda à Harpagus s’il avait — exécuté l’ordre qu’il lui avait donné.
Harpagus avoua — la vérité au roi, — qu’il n’avait pas eu le courage — de tuer cet enfant.
Alors, il fut alors, le roi - tout à fait enragé; — et la désobéissance d’Harpagus, — il punit bien cruellement.
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Harpagus avait en effet — un fils de huit ans; — pour la punition du père, le roi — le fit mourir.
Ainsi satisfait, de nuit encore — il pensa à faire plus; — à manger de son enfant — il força le père.
Harpagus avec raison — fut très-affligé; — et de se venger du roi — prit le dessein dans son cœur.
Il alla trouver —— cet enfant recueilli dans le bois, — et lui dit toutes les affaires — comment lui étaient arrivées.
Avec son père nourricier et Harpagus, — ils entrègent
en Perse — et déclarèrent la guerre — au Roi à l’instant.
(Strophe ajoutée :) I] enleva par force — la couronne à son grand-père, — il lui dit d’aller — gouverneur à Digliton.
Astiage se mit en colère — avec raison certes — et il alla — en Valachie à linstant.
En ce moment Codabende, — roi de Valachie, — il y avait deux ans — qu’il était en guerre avec les Turcs.
À ce moment il se trouvait — en un repos de six mois, — oui, et tranquille — dans son royaume. :
Astiage à Codabende — conta les choses comme elles étaient; — qu’il le trouverait — à son secours dans le besoin.
Codabende tout de suite — partit avec une armée — en faveur d’Astiage — pour attaquer Cirius (sic).
Cirius, petit-fils d’Astiage, — mourut dans cette guerre ; — Harpagus, le ministre, — en même temps finit.
Astiage de nouveau — fut couronné ; — tout de suite dans ses possessions — il rentra.
Astiage avait levé — une grande armée ; — avec Codabende tout de suite — ils partirent.
Souligan, empereur de Constantinople, — entendit la nouvelle — que le roi Astiage — s’était joint à Codabende.
330 PASFORALES
Comme enragé — il se mit; — avec le roi Sultan — il partit.
La première bataille __ fut perdue par les chrétiens ; — les Turcs, ces malheureux, — furent arrétés en leur victoire. » ’
Vous verrez Candahar, — le roi d’Aguban, — à la reine ayant fait ses adieux — qui partit pour Alexan- | |
drie.
La reine avec le prince Osman — avait de l’amour
depuis sa naissance; — son père avec Candahar — la fit, marier par force.
Peut-être elle l'aurait épousé; — ils tenaient leur | | |
amour — au point de prendre parole les deux — pour faire perdre le roi.
Pour quand le roi se fut retiré — prenant une récréation, — elle lui présenta — du poison composé.
Que c'était une bonne liqueur, — de grâce qu’il but ; — mais le roi — le refusa.
Il lui fit le serment — qu’il ne boirait pas, non, — à moins qu’elle même — ne bût la première.
La reine alors — but elle-même la première, — dissimuler sa malice — tant elle voulait.
Le roi ensuite — avec son fils but; — et tous trois à linstant — furent crevés (zapartatü).
Ensuite les chrétiens de nouveau — partirent — contre les Turcs — avec courage.
Ils ne sortirent pas plus heureux — que dans la première bataille, — car ces Turcs — eurent la victoire.
Vous verrez que dans la troisième bataille — ils prendront les chrétiens prisonniers ; — que le roi Astiage seul — leur échappera.
Alors Astiage — se mettra à genoux sur la terre — et commencera tout de suite — à prier Dieu.
A ce roi, il — apparaitra un ange — qui à l’instant — le consolera.
Il Jui dira aux Turcs — qu’il doit se montrer — et que toute l’armée chrétienne — sera délivrée.
Le roi’Astiage seul — comparaître ; d e-uie prince Bajazet d’abord — ii a traversé de son épée.
Les Turcs ont voulu — de toutes part lui fondre dessus ; — un ange du ciel étant venu, — il fut favorisé,
Tous Is chrétiens — furent délivrés, — et la guerre
de nouveau — fut continuée.
Dans la bataille d’après, les Turcs — furent PTE PEmpereur Suuligan — passé par les armes.
L'acteur revient au milieu de la scène, et conclut :
< Bonnes gens, ces faits — et encore plus, — aujourd’hui nous vous les — représenterons.
Ne soyez donc pas un moment — de grâce ennuyés ; — je vais tout de suite — chercher mes camarades.
Je crois suffisant cet échantillon. Tous les prologues que j'ai lus ressemblent en effet à celui-ci. Mais avant d’analyser une pastorale entière, je voudrais signaler particulièrement les scènes de satanerie et les intermèdes bouffons qui remplacent habituellement les entr’actes.
En général, Satan et ses compagnons viennent tenter les bons; ainsi dans Nabuchodonosor, le démon vient dire à Jérémie :
Jérémie, tu aurais mieux de laisser — cette triste morale ; — chantons un air: — on vient d’en faire de nouveaux,
To lo lo! to lo lo! to lo lo! — ta La la! fa la la! fa la
la! — Ah! triste homme du diable, toi aussi, — chante donc comme moi !
Mais le saint homme le repousse avec perte :
Tire-toi de devant moi, — monstre affreux ; — va, va à l'enfer, — à ton auberge.
Et Satan se retire fort mécontent.
D’autres fois, ils viennent encourager les méchants et seconder les Turcs, par exemple au milieu d’une bataille ; et pour leur faire quitter la place, Dieu est quelquefois obligé de faire‘intervenir un ou plusieurs anges (Gabriel, Raphaël, Michel).
D’autres fois, les Satans viennent se moquer de leurs crédules adeptes. Dans Nabuchodonosor, Satan vient annoncer à Pharaon, dans les termes suivants, l'approche de l’armée assyrienne. Nabuchodonosor veut punir les Égyptiens du secours qu'ils ont donné aux Juifs :
Prinçin vobis regabo vocem! — courtoum! mourtoun! sarraquilloun ! — Cent grandes cornes — te puissent-elles entrer au trou du cul!
Pharaon je crois maintenant, — que ça commence à se gâter pour toi; — les armées de Nabuchodonosor — s’approchent aussi vite qu’elles le peuvent ;
Il est, dit-on, en colère — de ce que tu as reçu ces juifs; — toi aussi tu aurais eu mieux — de faire caca au lit avec Laurentine.
Dans Astiage, les scènes de « satanerie > sont |
au nombre de onze. La première est presque au début de la pièce; Satan se présente à cheval, monte sur le théâtre, salue la foule :
« Bonnes gens, quel temps! — j’espète que j'aurai de vous — quelqu'un pour l’enfer. J'ai jusqu’à — vingt mille garçons — qui allument — pour moi le feu ».
Et il demande d’autres serviteurs. Le Courrier (de Perse), qui joue d’ailleurs dans la pièce un rôle de courrier véritable, vient s'engager. Ils se donnent la main en signe d’accord.
À la seconde scène, Satan se plaint des prétentions du Courrier qui demande une trop grande solde, il le bat et lui pardonne ensuite. ;
Le Courrier apporte la troisième fois une liste de noms à Satan qui lui dit des sottises : Fera Joutre abiloua, jaunfoutre esquelia! « Va te faire foutre, Jean-foutre de misérable ! » et finit par le rosser de main de maître.
La quatrième scène a pour objet le réglement de gages du Courrier; Satan lui donne en bons deniers d’argent, zillaretan diharu, dix mille livres et lui demande ce qu’il en va faire; le Courrier lui dit qu’il en dépensera la moitié dans les tavernes et l’autre moitié avec de jolies femmes ; Satan lui éclate de rire au nez: « Ah! les belles femmes que tu auras, toi ! Elles ne vaudront pas cher, et tu n'auras pas sûrement beaucoup de
draps fins »; mais le Courrier : « Je m'inquiète peu des draps, monsieur, pourvu qu'il y ait #diurn intervallum ; je n’ai pas d’autres besoins; en attendant, je vais boire un coup. — Moi aussi », répond Satan, « je vais me reposer et boire deux coups de vin avec de bonnes gens ».
La cinquième scène se passe entre Satan, le Courrier et Dorine, la suivante de Mandane, fille d’Astiage. Satan l’aborde en lui parlant patois :
Adichats, Mademoiselle ! — qu’ep soubeti lou bon jour ; — epenbat (sic) louein ? — digame lou bertat (adieu, Mademoiselle — je vous souhaite le bonjour! — Allez-vous loin? — Dites-moi la vérité).
Le Courrier vient à la rescousse, mais Dorine ne veut pas se laisser tenter et met les tentateurs en fuite d’un coup de pistolet.
Satan et le Courrier reparaissent une sixième fois pour aider Souligan dans une bataille contre les chrétiens. Ils secondent également les voleurs dans leur attaque contre les marchands. Mais le massacre des premiers par Astiage les désespère; ils se querellent et le courrier fouette fortement son maître.
La neuvième entrée de Satan et de son serviteur est une pure bouffonnerie : Satan montre au Courrier le public qui assiste à la représentation ct lui demande, sur un millier de filles qui se
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