‹ Le folk-lore du pays basqueChapitre 162 sur 177 · U9 V9 PA · texte numérisé non relu

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trouvent sur la place, combien il voit de pucelles : « Trois ou quatre/tout au plus », répond le Courrier. l

La dixième scène est un échange de propos sur le vin, le fricot et les bons traitements,

La onzième, qui est la dernière de la pastorale, est consacrée à l’enlèvement des cadavres de Turcs; Satan et le Courrier s’extasient à l’envi sur Pimmensité de ces cofps qui pèsent au moins « dix quintaux ».

On voit que le langage des pastorales est assez aristophanesque ; le vers de Plaute est tout à fait inapplicable aux pastorales basques :

Neque spurcidici insunt versus immemorabiles.

À limitation des auteurs des Mystères, les « pastoraliers » pyrénéens, si ce mot m'est permis, ont introduit les intermèdes bouffons et les propos lestes dans les pièces les plus religieuses. Le réviseur, l'éditeur de 1796, a intercalé ce qui suit au milieu de l'Enfant prodigue :

Messieurs, — ce me serait — un grand plaisir — de bien embrasser — quelque jeune fille.

Mais pour l'avoir, — il me faudrait une pucelle, — ce qui au jour d’aujourd’hui — est très-rare ;

Je ne crois pas qu’il y ait ici — seulement deux pucelles ; — et celles-là sont là même — qui me regardent.

Mais toutes les autres sont — nouvellement désha-

billées ou enceintes; — maintenant même aux garçons — elles font quelques signes.

Ce soir même aussi quelques-unes — se mettront au travail; — semblablement, aux trois espèces (1) — il y aura de l’enflûre.

Les jeunes filles d’à présent sont tièdes — de même que l’eau chaude; — l’honneur leur est — de devenir enceintes ;

Mais comme beaucoup ne savent pas — de qui elles sont enceintes, — celui qu’elles ont dans la pensée, — c’est lui dont elles font le père.

Ces libertés de langage ne nous étonnent pas, si nous nous rappelons les mœurs et les habitudes des derniers siècles. Les gens du monde disaient communément des choses que nous regardons comme fort inconvenantes. Et même, de nos jours, des Espagnoles, qui passent pour bien élevées, parlent volontiers à l’occasion, à ce que prétendent les voyageurs, comme la marquise de Sterne et dédaignent de recourir à l’excuse habi-. tuelle aux jolies compatriotes de Yorick. Les dames de Londre$ n’ont pas toujours été si pudiques; beaucoup sans doute ont entendu sans sourciller la scène de la leçon de français, dans Henri V. D'ailleurs, si l’on en croit Érasme, les étrangers de distinction étaient accueillis par elles, il y a quatre cents ans, avec une amabilité

(x) Femmes mariées, filles vierges et filles non vierges.

qui paraîtrait à leurs descendantes d’aujourd’hui tout à fait shocking (1).

Toutes les pastorales se terminent par un « épilogue », azken pheredikia « le dernier sermon », dont la strophe finale rappelle encore les traditions classiques. Le dernier mot de l'acteur est une demande d’applaudissements, un souhait de bonne santé et une invitation à bien dîner (2) :

Our play is done And we IT strive to please you every day !..

New joy wait on you ! here our play bas ending !

(1) Cf. D. Erasmi R. Epistole (Bâle, Froben, 1558, fol., p'M223. eétuLondres 21642 2 fol p.385: liVaE y à ep x « Fausto Andrelino poetæ laurato. — Tu quoque si sapis, huc advolabis. Quid ita te juvat hominem tam nasutum inter merdas gallicas consenescere ? Seu retinet te tua podagra, ut ea, te salvo, pereat malè. Quanquam, si Britanniæ dotes satis pernosces, Fauste, næ tu alatis pedibus huc accurreres, et, si podagra tua non sineret, Dædalum te fieri optares. Nam, ut é plurimis unum quiddam attingam, sunt hic nymphæ divinis vultibus, blandæ, faciles et quas tu tuis camænis facile anteponas, Est præterea mos nunquam satis laudatus. Sive quo venias, omnium osculis exciperis ; sive discedas aliquo, osculis dimitteris; redis, redduntur suavia; venitur ad te, propinantur suavia; disceditur abs te, dividuntur basia ; occurritur alicubi, basiatur affatim ; denique, quocumque te moveas, suaviorum plena sunt omnia. Quæ si tu, Fauste, gustasses semel quam sint mollicula, quam fragrantia, profecto cuperes non decennium solum, ut Solon fecit, sed ad mortem usque in Anglia peregrinari. — Ex Anglia, anno m cccc XL IX, »

(2) Dans le pays basque, le principal repas se fait au milieu de la journée, F

Spectatores vos valere volumus et clare adplaudere.… Vos, spectatores, plaudite atque ite ad vos comisatum.… Kai Toy pur ei pra Ti étépose Blé

êto pe0 ua + Tévre Jap rapééouss.…

rù deirvoy aûTois GT” ÉrETxEvauEvoy GruËdrant, %r arlwsty otxade.

Voici le « dernier sermon » de la pastorale de

l'Œdipe, d’après une copie datée de 1783 :

Voici que vous avez, peuple, — notre tragédie terminée; — et je vais, moi, lui — mettre la couronne.

J'ai la connaissance — que vous n’êtes pas satisfaits, — et que ce sujet merveilleux — nous n’avons pas bien représenté.

Vous avez vu que cette pièce — est chargée de mer-

veilles; — sûrement elle aurait mérité — des acteurs meilleurs que nous.

Vous avez vu le roi Laius, — comment son fils l’a

tué, — et en suite de cela — qu’il a épousé sa mère.

Puis trois enfants — il a fait avec sa mère, — et il s’est tiré les yeux — pour mourir dans le désert,

Après cela, vous avez vu — mourir la reine, — n’ayant pu apaiser — la colère de ses fils.

Cette famille malheureuse — a été dans ce monde, — quand deux princes s'étaient — ensuite tués l’un l’autre.

De ces grands malheurs — nous ne devons pas douter; — car le bon Dieu s'était — mis en colère contre eux.

Ces faits vous avez — vu tous aujourd’hui, — et le roi Créon est mort — de la main de son fils.

Aussi, compagnie honorable, — prenez exemple (lidessus) — et exercez toujours — la grâce de Dieu.

Ne nous flattons pas, peuple, — dans ce monde trom-

peur, — et considérons qu’il est fâcheux — de mourir dans le péché.

Les nombres de péchés — sont tous effrayants, — quand il suffit d’un seul — pour aller en enfer.

Aussi, considérons — dès à présent le péché, — en demandant au bon Dieu — sa sainte grâce.

Afin qu’il veuille nous garder — de moutir en péché mortel, — et qu’il nous place, quand nous mourrons, — dans le paradis avec lui.

Et maintenant, compagnie honorable, — nous vous remercions beaucoup, — car nous allons maintenant — — démolir ce théâtre. :

Et nous vous désirons — de vieillir en bonne santé, — et, quand vous serez chez vous ce soir, — de souper (x) avec bon appétit.

Il ne me reste plus qu’à montrer ce qu’est, dans son ensemble, une pastorale. Parmi toutes celles que j’ai lues, je choisis comme l’une des plus populaires, celle de Pançart, personnification des réjouissances du Carnaval et du Mardi- Gras. Maïs auparavant, on me permettra de dire quelques mots de certaines pastorales qui me paraissent oubliées dans le pays.

J. — Dans la pastorale d'Œdipe, Laïüs et Jocaste vont consulter le prophète Socrate, qui

(1) La pastorale aurait donc été jouée dans l'après-midi. En général, les représentations commencent à dix heures du matin, et durent, sans interruption, jusqu'à six on sept heures du soir.

eur prédit tous les malheurs dont leur fils sera cause. Aussi ordonnent-ils à leurs serviteurs Jolicœur et Alexandre d’étouffer l’enfant; mais, saisis de pitié, les serviteurs se contentent d’attacher Œdipe aux branches d’un arbre où le trouvent les bergers Parrein et Guilein. Recueilli et élevé par eux, Œdipe grandit inconnu et ignorant sa naissance. Parvenu à l’âge d’homme, il part à la recherche de ses parents et rencontre Socrate qui lui conseille d’aller à Thèbes. Là, il est arrêté par un terrible géant qui, comme lui d’ailleurs, arrive à cheval. Œdipe et le géant se querellent et en viennent aux mains. Finalement, le jeune héros tue le monstre qui appelle le diable et annonce qu'il va en enfer.

Œdipe va pour annoncer aux Thébains leur délivrance, mais les gardes l’arrêtent aux portes de la ville. Il se dispute avec eux, puis avec Laiüs qui survient et il tue le roi. Jocaste et sa cour viennent au devant du vainqueur; on lui offre la main de la reine et la couronne. Il accepte l’un et l’autre, et l’on se met à table pour le repas des fiancailles, égayé par les chants de l’aveugle Tirésias. |

Mais les affaires du royaume vont mal. Œadre se met à genoux et implore le Sauveur, il demande grâce pour tous ses péchés; Socrate vient lui dire que Dieu est trop en colère pour par-

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donner et le roï, dans sa douleur, se crève les yeux. Sa fille Antigone, qui apprend la première l’affreuse vérité, se dévoue pour le guider et le protéger. Œdipe couronne Étéocle et meurt.

Étéocle, tout fier, annonce son avènement à Créon; c’est la seule strophe qui ne soit pas en basque dans toute la pièce :

Me voilà donc, Créon, -— sur le trône royal; — une telle dinité — ni peut soufrir d’égal (sic).

Mais Polynice, fort mécontent, lui déclare la guerre, et, malgré l’intervention fréquente de Créon, de Jocaste, d’Antigone, les deux frères en viennent aux mains. Pendant les négociations, nous assistons aux amours d’Antigone et d’Hémon, le fils de Créon. Jocaste meurt de honte, de douleur et de remords; les deux rivaux se tuent l’un l’autre, et Créon défend à qui que ce soit de relever leurs cadavres et de leur rendre les derniers honneurs. Pour avoir violé cette consigne, Antigone est arrêtée. Hémon veut la faire mettre en liberté et a une scène violente avec son père qu’il tue dans un dernier accès de colère.

II. — Célestine, fille du duc de Savoie, aimait Palopin, jeune seigneur du pays; maïs son père veut la marier avec le vieux roi de Lorraine.

Les deux amants prennent la fuite et montent sur un navire qui fait voile vers le Portugal. Célestine tombe malade à bord; le barbier dénonce au capitaine le sexe de la princesse qui avait revêtu des habits d'homme. Le capitaine, épris d’amour pour elle, fait jeter Palopin à la mer; un ange le sauve en le saisissant par les cheveux. Il s'accroche à une pièce de bois, et aborde sur une île déserte.

Cependant une rivalité d’amour se déclare, sur le navire, entre don Ferrago, le capitaine, et le barbier, Arnaud; ce dernier cherche à empoisonner le capitaine. Le navire est détruit par le feu du ciel. L’ange conduit Célestine à terre; elle y prend la route de Londres où le roi accueille on ne peut mieux.

Sur ces entrefaites, le roi du Japon, Prangol, déclare la guerre aux chrétiens et s’embarque avec deux cent mille hommes pour marcher contre lAngleterre. En passant, ils prennent Palopin sur son île. Les Chrétiens et les Turcs se livrent six batailles acharnées. A la dernière, Palopin lutte contre Célestine qui a repris des vêtements d’homme. Il la blesse : les amants se reconnaissent alors. Célestine remet ses habits de femme, au moment où arrivent ses parents qui la cherchaient depuis longtemps et qui ne s’opposent plus au mariage.

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IT. — Charlemagne, après avoir chassé les Turcs de Jérusalem, revient en Normandie. Les Turcs lui envoient en ambassade Fier-à-bras dont Olivier abaisse fièrement l’orgueil. Aussi les Turcs exécutent-ils un retour offensif, pendant lequel ils s'emparent d'Olivier et de deux de ses compagnons. Puis, nous assistons aux menaces du Turc Fatibrant et aux amours du roi de Bourgogne et de la princesse Floripa. Attaqué par cent mille Turcs, Charlemagne les bat et fait prisonnier Larmirant qu’il convertit. Il marie Floripa et Guy; puis, il va attaquer Ferragus et le roi de Saragosse, Marsile. Ganelon vend Olivier et Roland à Marsile et est écartelé par les ordres de Charlemagne.

IV. — Le comte Warwick venait de se marier, lorsque le roi d'Angleterre divorça pour contracter un nouveau mariage. Accusé d’avoir à ce propos mal parlé de son souverain, Warwick est exilé; forcé de tout quitter, il se réfugie à Venise, chez l’empereur. Il est fait prisonnier dans une guerre avec les Turcs et passe huit ans au fond d’un navire

On annonce à sa femme qu’il est mort; la comtesse meurt elle-même de chagrin confiant au comte Douglas sa fille Julie, à peine âgée de deux ans. Elle est élevée avec Hippolyte, le fils de Dou-

glas. Un amour violent éclate entre ces deux jeunes gens; épouvantée, Julie veut entrer au couvent. Elle va annoncer sa résolution à celle qu’elle croït sa mère ; mais celle-ci la détrompe. Toute heureuse, Julie court annoncer la bonne nouvelle à Hippolyte et tous deux s’engagent leur foi. Mais le comte Douglas ne veut pas donner son consentement à ce mariage; il envoie son fils en France avec l'ambassadeur d’Angleterre. Au lieu de s’y rendre, le jeune homme s’arrête chez le comte Sussex, d’où il vient voir Julie toutes les nuits.

Les parents adoptifs de Julie veulent lui faire épouser le comte Bedfort. Elle refuse. Furieux, Bedfort arrive avec ses hommes pour la tuer.

Hippolyte accourt pour la défendre et blesse son rival. Mais Douglas, qui survient, surprend son fils et l’embarque décidément pour la France. Le capitaine du navire, qui a reçu l’ordre de tromper les amoureux, écrit bientôt qu'Hippolyte s’est marié en France et Julie se résigne à céder à la force et à épouser Bedfort qu’elle n’aime pas.

V. — La princesse de Cachemire, fille du roi Torgul, avait épousé le fils du roi de Chiraz. Le jeune époux, obligé de partir pour la guerre, laisse sa femme sous la garde de son frère Valen qui essaie de la séduire. N'y pouvant réussir il la

jette dans un trou d’où elle est retirée par un maure qui en devient amoureux. Il s’introduit la nuit dans sa chambre, mais elle poignarde l’audacieux. Comme elle ne l’a point tué, elle est obligée de prendre la fuite. Elle rencontre une troupe de gens de justice qui vont pendre un homme « pour dettes ». Elle paie ces dettes.

L'homme la suit par reconnaissance et en devient à son tour amoureux. Elle refuse de céder à sa passion et il la vend à un capitaine de marine. Celui-ci la dépose dans une île déserte où elle devient reine et où elle retrouve son mari. — On voit figurer dans cette pièce le prince Cloris; les serviteurs Cadige, Ordiz, Badaudin, Zenela, George, Lubin, Cilin, Clitandre et Harpagon; les reines Simorquez et Elamire; le roi de Malkhara ; le magicien Mezerane, sa sœur Galzana et leur serviteur Dahi.

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