MARDI-GRAS
Bonaim carnem babemus, — babemus et edemus.
BACUS
Bonum vinum — et carnem (sic) habemus, — detom (?) babemus — edemus et potenus.
Surviennent deux démons, Satan et Astarot qui excitent les deux convives, leur versent à boire et dansent devant eux.
Ici Mardi-gras prend le nom de Pançart et sa femme celui de Pançartine.
Pançartine vient se plaindre de ce que son mari la ruine par sa goinfrerie; aussi veut-elle brouiller Pançart et Bacus. Satan l’y encourage
(x) Les passages en italique sont textuels.
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et Astarot lui conseille de dire à son mari que Bacus a fait piller par « ses soldats et sa cavalerie » tous leurs biens. Elle récite exactement la leçon et Pançart « prince du carnaval » part, un makhila à la main, à la recherche de ce « coquin de Bacus ».
Polonie vient à son tour se lamenter; son mari est un affreux ivrogne et Pançart ne laide que trop; bientôt il ne restera plus une goutte de vin pour elle; or, elle ne saurait se passer d’en boire une vingtaine de pintes par jour. Satan approuve; Astarot lui conseille de dire à Bacus que Pançart, avec une troupe de gourmands, est venu donner l’assaut à leur cave. Elle récite sa leçon, en ajoutant que Pançart a voulu la violer, qu’elle a résisté et lui a donné un soufflet, que Pançart a tiré alors son poignard, mais qu’elle a pu s'échapper. Bacus la félicite de sa vertu, l’embrasse, lui offre un coup, boit lui-même pour se donner du courage; puis, excité de nouveau par sa femme qui lui assure que Pançart doit être engourdi par son diner, il se met en quête de cet « animal de gourmand ».
Les deux anciens amis se rencontrent.
PANÇART
Ah ! coquin, fripon ! — traître maudit ! — pourquoi as-tu voulu — faire perdre tous mes biens ?
P'ASTORAILES 349
BACUS
Ah ! tel que tu es, — bougre de misérable, — tu as voulu me voler — toutes mes liqueurs !
Tu diras que ce n’est pas vrai, coquin ! —- j'ai besoin de te maudire, — et que ce monde — tu quittes sur l'heure!
PANÇART
Ah ! tel que tu es, — ivrogne, tête à l’envers, — par mes mains tu devras — maintenant perdre la vie.
Il t'en coûtera — d’agir contre moi; — par ce poignard, je te — veux Ôter la vie.
BACUS
Ah ! tel que tu es, — animal de gourmand, — pour te tuer j’ai — le sabre bien propre.
Allons ! approche ! — si tu as du courage; — car,
par ma main à présent, — tu dois mourir.
Ils se battent, maïs Floris et Coral viennent les séparer et les emportent chacun de son côté; puis, ces deux jeunes gens reviennent se demander ce qui a pu amener une bataille aussi peu naturelle : « Ce doit être, dit Coral, un tour de ma mère qui est la femme la plus méchante du monde; elle voudrait garder tout le vin pour elle. — Ma tante ne vaut pas mieux », répond Floris, « et elle est gourmande! Mais je lui ai volé quatre gigots, et sept oies ! — Moi aussi », reprend Floris, « j’ai attrapé ma mère : je lui ai pris cinquante pintes de vin; nous devrions réunir nos provisions et aller les dévorer quelque part.
J'amènerai certaine fillette, ma bonne amie, qui fera fort bien sa partie. — Et moi, je vais chercher la mienne, qui est capable de boire autant que nous deux. Allons vite souper. »
Cependant, nous revoyons Bacus chez lui. Il est seul et tient une bouteille :
Voilà, voilà le plaisir — oui, et l’excellence, — et ma bonne liqueur, — voilà l’allégresse !
Y a-t-il un monarque — plus heureux que moi, — comme moi son temps — qui passe dans l’allégresse?
Si maintenant je mourais, — mes biens seraient à ma femme; — bonnes gens, elle serait, — elle, toujours ivre !
Moins de vin, Messieurs, — je bois depuis longtemps; — c’est là la cause pour laquelle — j’ai mal à la gorge.
Et je crains que ma femme — ne boive trop, — et c’est là la cause — pour laquelle je souffre la soif.
Sur quoi, Polonie entre, va prendre la bouteille à son mari et boit. Celui-ci lui donne un soufflet. Après une vive discussion entre les deux époux, Polonie imagine de mettre de l’eau dans
le vin, et elle en verse à Bacus :
Buvez un coup — de ce bon vin; — je suis sûre que vous n'avez pas bu — depuis longtemps de tel (vin). BACUS
Ce coup de vin — m'a fatigué tout le corps; — et un mal de ventre — mauvais m'a pris |
POLONIE
De ce vin blanc — buvez une lampée; — que vous en serez soulagé — je suis comme sûre.
Elle verse encore de l’eau dans le vin et le lui offre :
BACUS Aïe ! aïel qu'est ceci? — mon ventre est révolté! — tu m'as trompé — sans que je m’en sois aperçu ! Infâme vilaine que tu es, — la plus grande des ivrognes ; — tu as empoisonné ton mari; — sorcière, carogne !
Et il appelle à son secours tous les médecins, barbiers et chirurgiens de la création.
LE BARBIER
Bonnes gens, me voici — ayant fait mon tour de France; — beaucoup d’hôpitaux et — de malades ayant visité.
Il expose qu'il est né à Bordeaux, a étudié, a été reçu, a visité la Prusse, la Russie, l’Angleterre et la Turquie, et il conclut ainsi :
S'il y a quelqu'un — qui soit curieux, — pour ma première opération — je le soignerai gratis.
BACUS
Puisque, Seigneur, vous ne — demandez pas de paiement, — approchez-vous de moi; — je vous donne ma pratique.
LE BARBIER
D'où vous plaignez-vous, — mon cher ami! — sans
dissimuler, — dites-moi la vérité.
BACUS
Un peu de tremblement — depuis longtemps; — il
n’y a pas un grand repos, — pour sûr, dans mon corps. LE BARBIER
Monsieur, vous êtes menacé — d’une véritable parelisie (sic), — ou bien du moins — une prompte apoplexie.
Et il lui conseille de faire venir un médecin. Bacus demande s’il peut boire un coup de vin :
LE BARBIER
Pour les sortes de maladie — le vin est tout le contraire — el si vous buvez goute (sic) — vous ne vivrez pas guere.
BACUS Tous les médecin et chirurgien — qui dit que le vin fait du 1n1l, — je vous dirai franchement — que ce sont des
bar bouillans (sic).
Le barbier sort. Polonie vient insulter son mari et boire un coup à sa santé. Entrée du médecin :
LE MÉDECIN
Voici maître Jean, — le grand médecin du roy, — et si vous ne me croyez pas, — j'ai les titres, ma foy (sic).
D'ailleurs j'ai été — le médecin de Gargantua, — j'ai visité son intérieur — et l’ai fait sain.
Neuf mois — j'ai passé dans le ventre d’une femme, — et je l’ai guérie — quand j’en suis sorti!
.# n Ravi, Bacus l'appelle à son secours :
LE MÉDECIN
Monsieur, qu’avez-vous donc ? — d’où vous plaignez-
vous ? — Je reconnaîtrais votre mal — sans vous entrer dedans.
Il lui touche le pouls.
Vous avez la raie de derrière — jointe avec les os, — et la panse aussi — avec les entrailles.
Il faut faire un vide — dans votre corps; — vous avez besoin qu’un barbier — vous saigne à l'instant.
Le médecin va chercher le barbier pour retirer vingt-quatre livres de sang à Bacus qui ne cesse de se plaindre et réclame du vin à grands cris. Le médecin le lui défend énergiquement. On le saigne. Le médecin ordonne de la tisane de séné, de casse, de rhubarbe, de scanonie, de polypode, d’hermodactes mechoacam et de jalap, « au moins une livre de chaque », dans une pinte d’eau. Le barbier va chercher ces drogues.
Entre en scène l’Apothicaire qui vante ses talents, ses drogues, lexcellence de ses lavements qu’il donne à l’aide d’une machine en argent venue des Indes, dont il montre au public le fonctionnement.
Le Barbier emporte les drogues; on fait boire à Bacus la tisane qu’il trouve horrible. Polonie offre une collation au Médecin et au Barbier qui lui déclarent que l’état de son mari est grave ct qu'il n'en a pas pour une heure. Puis, ils reviennent au malade :
LE MÉDECIN Comment vous trouvez-vous, — mon cher Monsieur? — Après avoir pris la purge — êtes-vous sorti ? BACUS Pour sortir d’ici — je suis trop faible; — cette moquerie, mon père, — vous faites | LE BARBIER La demande de ce Monsieur —- vous n’avez pas compris; — il voulait vous dire si — vous aviez fait caca. BACUS Ah! Monsieur, oui, ouil — un peu, à votre service! — j'ai aujourd’hui vingt crottes — pour vous tous. LE MÉDECIN À l'instant, il faut — appeler l’Apothicaire, — qu'il donne à ce Monsieur — tout de suite un lavement. L'APOTHICAIRE Monsieur, me voilà — venu à votre ordre; — que désirez-vous — maintenant de moi?
LE MÉDECIN
Avez-vous porté — la machine du cu?