LE SUBSTITUT
Il est vrai, Messieurs, — que le Prévôt a formé opposition — mais voici l'arrêt du conseil — qui le déboute de bonne façon.
LE JUGE
Lisez, greffier, l'arrêt — dont immédiatement — attendu que toute justice, — que nous sommes présents (sic).
LE GREFFIER
Arrêt du conseil du roy : Vu l'opposition formée par le sieur Prévôt, la requête présentée par le Procureur Général du Roy sur la ditte opposition, le Prévôt demeure débouté de son opposition avec dépens ; ordonne qu’il sera procédé au jugement de la cause d’entre messire Pançart par le premier juge. Donné à néant, le février 1830.
LE JUGE Plaidez, Messieurs !
Lucien prend la parole et développe les accusations qu’il a à porter contre Pançart, non sans citer encore du latin, mala publica in plebem desidus laborant ubi decidus. I affirme d’abord qu’il faut faire disparaître l’inculpé, » puisque monsieur Carême doit venir »; il déclare ensuite qu’il va produire des témoins pour prouver que Pançart a tué trois hommes le premier septembre dans la grande forêt d’Irati; qu’il a tué, là même, sur le pont d’Ordeneche, cinq marchands; qu'il a arrêté, le six décembre, quatre marchands de sardines, pour couper les vivres à Monsieur Carême; qu’il a pris toutes leurs huiles, le samedi précédent, à cinq Espagnols, au port d’Orhi; enfin que
« Toutes les filles depuis l’âge de dix ans — jusqu’à
l’âge de quarante, — il les a dépucelées, — qui n'étaient pas toutes vierges ».
Berlamin répond de la bonne manière : « Votre Carême est un pas grand” chose ; je fais peu de cas de lui et deses sardines ; lui et vous tous, nous allons joliment vous envoyer faire foutre (sic) ».
Lucien réplique : « Certes la Soule est assez grande pour deux personnes ; mais ce gourmandlà mange autant que vingt : quand il aura mangé toute la viande, il ne nous restera que de la merluche et de l’huile ».
Berlamin demande à consulter ses constituants Floris et Pançartine ; il leur expose ses craintes sur l’issue du jugement et les engage à se procurer des faux témoins. « C’est impossible », s’écrie Floris, « cela coûte cher et je n’ai que dix louis, outre mon porte-manteau à l’auberge ».
A la reprise de l'audience, Berlamin ‘affirme que les témoins de Lucien sont gagnés; le Substitut, Lucien et leurs témoins sont des méchants et des calomniateurs ; ils ont pris un prétexte futile pour perdre Pançart qui ne leur a fait que du bien; c’est eux et non lui qu'il conviendrait de guillotiner.
Entrée de quatre témoins qui aux questions du juge : «Est-il vrai que Pançart ait, tel jour, fait telle chose? » répondent tous à la fois « Oui, monsieur », bai jauna. Ils lèvent ensuite la main et jurent « sous peine de damnation », qu'ils ont dit la vérité. Pançartine les insulte :
Allez! fripons, scélérats, — votre air de lever les bras — est aussi estimable que — les pets des ânes du moulin.
LE JUGE, frappant à terre.
Mon enfant, taisez-vous ; — vous n’avez pas besoin de parler ici, — car votre avocat — fera tout ce qui est nécessaire.
Berlamin dit qu’il est avocat depuis trente ans, qu’il n’a pas son pareil au moins en France, qu’on vient le consulter de plus loin que Paris, qu’il a vu bien des faux témoins, mais jamais d’aussi impudents que ceux-ci, qu’il faut donc les arrêter et les mettre en prison, aux fers, avec le substitut; qu’au surplus il n’a jamais vu d’audition pareille, qu’au criminel les témoins doivent être entendus séparément, que toute la procédure est donc, « conformément à l'ordonnance, cassable », et qu’il en réclame l’annulation.
Mais le Substitut fait entrer Planta qui montre au juge sa blessure, en disant qu’il croit pouvoir guérir s’il peut boire beaucoup de bon vin; on l’envoie chercher le Barbier qui arrive avec son état, mais refuse de le donner si on ne le paie d'avance. Il le remet pourtant au greffier qui en donne lecture :
L'an 1819, et le... du mois de février, je certiffie que j'ai visitté la tête du sieur Noudigas en laquelle je trouvé une
blessure large de quatre pouces et six de longs et trois en dedans, sur la partie coronelle du cerveau, qui paroit avoir été faite par quelque sabre ou couteau, laquelle blessure j'ai pensé suivant les règles de mon ar qui a été faitte dit-il par Jean Pançart je dois avoir trente pistolles pour mes soins et médicamens (sic).
Le substitut discute le chiffre de la somme demandée et prie le juge de taxer; on donnera après la taxe une lettre de change au barbier; celui-ci s’écrie qu’il voit bien de belles paroles, maïs que l'espérance de son argent se convertit em papier; qu’il n’admet point de juge de sa marchandise; qu’il en sait seul la valeur; que cet onguent seul lui vaut cent livres; ses études à l’Université de Montpellier ont coûté mille livres par an; sa boutique vaut dix mille livres et sa bibliothèque quarante pistoles. « C’est bon », dit le substitut, « venez chez moi et je vous paierai ce qui est Juste ».
LE jJUGE
Que les gens du Roi — donnent leurs conclusions; — que nous jugions ce procès — sans aucun allongement.
LE GREFFIER Silence, Barreau!
LE SUBTITUT
Hominis norandi dependent.
Je conclus que le sieur Pançart — soit roué — et qu'après avoir été roué, — il soit brûlé;
Que tous ses biens — soient confisqués — et que le seigneur Roi — s’en empare.
(Floris enlève Pançart aux gendarmes).
LE JUGE
Ayant entendu ici les — avocats des deux parties, — et avec cela — les conclusions du Substitut,
Nous jugeons — et ordonnons — que le sieur Pançart à coups de fusil — soit mardi matin tué;
Et que les gendarmes d’abord — lui tireront; — et que, après avoir êté tué, — le lendemain au crépuscule il sera brûlé;
Mais qu’il soit bien compris — que cela dure jusqu’à Pâques (1) — d’ici là — et pas plus;
Au-delà ensuite le Printemps, — grand monsieur viendra, — qui, jusqu’à ce qu’arrive M. l’Été — sera le chef.
Après quoi Mons de — Bacus fils viendra — et de sa liqueur agréable — nous pourvoira !
Le substitut annonce que les gendarmes ont laissé échapper Pançart; il demande l’arrestation du Prévôt responsable. Celui-ci s'excuse.
LE JUGE
Un détachement de soldats — sera à l'instant expédié — et qu’ils amènent — le premier gendarme qu'ils trouveront.
Si dans une demi-heure, — ils n’ont pas ramené
(1) Il manque probablement un couplet ordonnant l’intronisation de Carème.
Pançart, — pour l’exemple des autres — je guillotinerai l’un d’eux.
Mais, en cas que Pançart — ne soit pas rattrapé, — mardi, à minuit, il sera — brülé en effigie.
Ce qui veut dire que son modèle — sera fusillé — et dans un grand feu — ensuite brûlé.
En attendant arrêtez — tous ces gendarmes — et mettez les en prison -- chargés de fers.
L’audience est levée et nous retrouvons Pan:
çart chez lui, seul avec sa femme. Ils se plaignent de l’ingratitude et de la méchanceté des gens et projettent de quitter, jusqu’à l’année suivante, le pays de Soule. Survient Eléonore qui veut partir avec Pançart, car, dit-elle,
Dorénavant ici, les femmes, — nous serons sûrement tristes, — de ce que notre caresseur, — vous, vous Soyez parti.
Quelque gentil et travailleur —- que soit en effet un
homme quelconque, — s’il n’est pas paillard, — il ne sera pas ami avec les femmes.
Pançartine ne peut se contenir: « Bougresse de putain! » crie-t-elle à la nouvelle venue, « crois-tu que je ne sais pas que tu m'as fait les cornes ? Va-t-en, pendarde, etc. ». Éléonore, peu émue, va pour embrasser Pançart. Pançartine la saisit aux cheveux: Satan vient l’encourager, pendant qu’Astarot excite sa rivale. Cependant Pançart descend l'escalier et s'enfuit.
Surviennent les gendarmes et le Prévôt :qui
arrêtent cette « paire de prostituées » . malgré leurs supplications et les emmènent bien attachées.
L'acteur désigné récite alors l’épilogue, azken pheredikia « le dernier sermon » :
Bonnes gens, de votre attention, — nous vous remercions ; — parce que à cette fable — vous avez fait attention.
Que ce soit une fable, — cela n’y fait rien, — car il y a beaucoup de faits — qui paraissent vrais.
C’est pourquoi le sujet — pourrait donner quelque goût; — mais nous, de la bien représenter — nous avons été incapables.
Si nous ne vous avons pas satisfaits, — nous avons, nous, la faute, — car les meilleurs — nous sommes mauvais.
Mais nous avions la bonne volonté — aussi bien que qui ce soit; — nous vous prions donc — de ne pas nous critiquer.
Ce sujet divertissant — à la fin demande, — jeunes filles, qu'avec vous — nous désirions nous divertir.
Je vous convie — à la danse sur ce théâtre, — en considérant que c’est — le dernier jour du carnaval ;
Qu’alors de se divertir c’est — toujours la coutume ; — observons donc, nous, — la loi ancienne.
Car, lorsque nous aurons vieilli, — le temps aura passé ; — divertissons-nous donc — à présent, c’est notre tour. :
Et comme de faire une harangue — ce n’est pas le moment, — je vous désire une bonne nuit, — mon très-cher peuple.
Dans un autre Pançart que j'ai eu occasion de
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parcourir, la guerre était déclarée entre Pançart et Baqus, d’un côté, Carême et Mercredi-descendres, de l’autre. Les premiers sont défaits par l'intervention de Bettiri Santz (personnification de la misère; voir ci-devant pp. 166, 191) qui « sèche » Baqus. Pançart est pris, condamné et fusillé.
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