XXXIV AVANT-PROPOS
aussi, dans l'Inde, s’émut, comme dirait La Fontaine, entre les capucins et les jésuites, une querelle formidable. Les premiers reprochaient aux seconds de paganiser le christianisme, au lieu de christianiser les payens. C’est en se plaçant à un point de vue analogue qu'on a pu justement qualifier de traîtres les traducteurs les plus renommés. Une traduction, pour être exacle, ne saurait être une adaptation, un arrangement ; il faut qu’elle fasse sentir au lecteur que ce qu'il a sous les yeux n’a point été écrit en français; il faut qu’elle amène de sa part un certain effort, un certain travail. L'œuvre traduite gardera ainsi une partie de son originalité et pourra donner une idée, même imparfaite, même extrêmement atténuée, du goût, du génie, des habitudes de celui qui la faile et de ceux à qui elle était tout d'abord destinée.
Le lecteur sera peut-être aussi choquè de certains passages qui lui paraîtront trop libres. Je n'ai pas cru devoir les supprimer, parce qu’ils sont originaux et qu’ils donnent une idée plus complète de l'esprit basque. Les peuples primitifs n’y entendent point malice : ils appellent les choses par leurs noms et ne trouvent pas condamnable ce qui est naturel. On ne saurait oublier la réputation de bons vivants et de verts galants qu’avaient aux derniers siècles les habitants du Béarn et de la Navarre. Ce n’est pas seulement pour la rime sans doute que M. de Maynard a mis des Basques dans celle épigramme :