XIII. — Infidélité
Quelques chansons, dans notre pays, sur l'amour, — nouvelles, nouvelles, ont été données le lendemain de Pâques : — j'avais une colombe blanche et rose dans mes filets; — quand je vis mes filets sans colombe, — je fus stupéfait: étaitelle allée en l’air sans ailes ?
Il n’y a pas doute que cette rose ne fût quelque chose; — il n’y a pas dans la boutique de marchandise pour les yeux de tous ; — je veux dire
qu’elle était charmante, parfaite à mon goût; — mes yeux n'avaient pas assez de lumière pour
elle; — je l’ai perdue etne m’en consolerai point tant que je vivrai.
Elle n’a pas encore accompli dix-sept, dix-huit ans ; — il y en a déjà trois que j'ai été pris dans les amours: — ayant aimé pour mon malheur une colombe blanche et rose, — la charmante (1) que j'avais n’est pas arrivée au bout; — en ce monde personne ne sait combien j'ai souffert.
L'amour est une triste chose pour les jeunes gens, — pour celui qui le prend jusqu’au point de ne pouvoir le quitter ; — je viens de prendre ce mal, sans barbier pour le guérir; — je ne pensais pas que l’amour me mènerait là; — j’ai assez de mal pour m'en aller de ce monde.
Il n’y a ni médecin ni barbier qui en sache assez, — qui ait un remède (2) pour guérir mon mal; — un rosier m’ayant mis une belle fleur devant les yeux — me l’a ôtée pour la donner à un autre : que ferai-je donc ? —- je reconnais qu’il n’y a pas d’autre moyen que la patience.
‘ (Ainhoa, 22 déc. 1868; pap. Chaho.}
(1) Var.: Le chagrin.
(2) Var. : Qui en sache assez en ce monde.