III. — Le mulet du charbonnier
Hau da ïi-khaz-ke -ta - ko man-doa-ren tra-
za: Bu-ru-a phi-su e - ta A PE I-
tchu-ra gai -tza; Bas-ta pe. - tik do-ha-ko zor-ma eta bal-
sa: Hau-tche da sal! - sa! Cris-to - rik \ez-tai - te al-
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de-tik pa - sa! Chris-to-rik ez-tai - te al - de- tik pa -sa!
Hau da ikhazketako mandoaren traza :
Burua phisu eta illea lalza, Tichura gaitza ; Bastapetik dohako zorma eta balsa :
Hautche da salza !
Christorik extaite aldetik pasa !
Voici le dessin du mulet du charbonnier :
— il a le cou maigre et le poil rude, — Ia mine mauvaise; — sous le bât lui va plaie et écorchure (1), — c’est ça une sauce ! — Un chrétien ne pourrait passer à côté.
(1) Var. : Sous tout le bât, les plaies s'étendent.
Il a le cou maigre et la tête grande, — les os des joues sèches, tout oreilles, — les yeux malades; — des deux trous du nez la morve coule; — les lèvres épaisses; — s’il a eu quelques dents, il n’y paraît point.
En deux mots, écoutez les affaires de ses quatre pattes: — Je genou grand et larrière-train tordu, — qui cherchent vers la terre; — en faisant la courtoisie, il se met à genoux, — puis il n'en peut plus; — pour habituer les enfants, quel avantage!
Il a beaucoup de fantaisies, le fripon de mulet, — les quatre jambes boiteuses et l’eau dans les jointures, — la hanche de travers; — l'os du dos aiguë comme une épée, — ce n’est pas un mensonge; — j'ai peur qu'il ne me soit de temps en temps écorché (après les rochers).
Mulet laid, sale, épouvantable, — tu me jetteras à perdre la santé, — provocateur de nausées, — l’hôtelier ne veut pas le laisser entrer, — (disant que) son entrée — lui empestera toute la maison.
Le licol de sa tête a de la noblesse; — s’il y avait un acheteur, il faudrait le vendre — aussi rapidement que possible; — le prix d’unpetit (verre) de vin s’il pouvait faire, — en réservant le caveçon, — dans ce marché on ne perdrait pas beaucoup.
De la courroie de devant on demeure dans l’admiration ; — parce qu’elle est pour moitié en chanvre — et pour l’autre moitié en chiffons, — ayant pris tous les morceaux ramassés à terre : — Je suis rassasié du commerce, — je demeure ennuyé d’entrer dans la boutique.
Les cordes au galop, et la traversière au trot, — en bas du ravin me sont parties en poste, — les dents m’en claquaient; — cent nœuds et deux cents queues — au bout de chacun. — Il eût mieux valu n’en avoir aucun.
Tu n’as jeté à perdre une cape fine, — au temps de mon arrière-grand-père venue de Cadiz, — faite de petites pièces, — tout nœuds et trous et angles: — oh! la belle mante ! — Jamais ne s’en ira de moi le regret de ma mante.
Une frange neuve il a avec lui; — il demeure en crainte que les larrons ne l’enlèvent quelque part. — Il marche bellement, — un morceau de burnous avec une peau — arrangée toujours, — la pelure lui coule Je long des hanches.
La corde de sangles que mon mulet a, — depuis les sept dernières années, est en dette à la boutique; — trop de temps ! — avec le marchand, j'ai brûlé mes bordes (granges); — foi de témoins, — moi aussi je ne puis recouvrer mes créances.
Il va, maître de beaux sacs à charbon; — on
ne peut trouver où est leur ouverture; — (ils sont en) mille morceaux; — sept à huit pièces ensemble — avec les trous : — qui doit les remplir a assez de travail.
En basque zingila, en espagnol chincha (1), — là-dessus aussi j’ai de quoi parler. — Comme un cheveu, — de peur qu’elle ne me soit rompue, je ne puis la serrer, — quand j'ai fait la charge; — s’il y a du mensonge en cela qu’on me coupe le cou.
Le mulet m'est devenu vieux, le licou s’est rompu, — la dette faite en l’achetant vit encore, — j'ai assez de travail ! — où que je veuille aller, j’ai mes dettes pour maître : — j'aurais mieux sans doute — de lui sortir les fers et de le lâcher dans la lande.
Si j'étais jeune fille et manquais de majo (2), — d’un mariage de charbonnier je ne traiterais pas; — Dieu me pardonne ! — parce qu’il est misérable le choix d’un charbonnier. — La course qu’il fait ! — et il ne peut chasser de la maison Bettiri (3).
Le charbon vendu, le résultat est ceci: — d’une mesure (4) de maïs le prix manque; — après être
(x) Esp. cincha « sangle ».
(2) Esp. un beau, un amant.
(3) Bettiri Sanix, personnification de la misère.
(4) Gaitxuru « boisseau » (Van Eys), « huitième de sac » (Fabre); un décalitre, on l'appelle aussi un coussereau (Sallaberry, ms.).
arrivé à la maison, — la femme pleure et — les enfants crient; — et on ne peut les consoler — pour un falo (1), ne trouvant pas de quoi.
Pour commencer par la sandale, doucement, doucement, — elle a avec elle une odeur de chair corrompue; — ainsi bellement — le talon et lorteil (sont) toujours dehors, — par dessous un trou; — il n'y a pas de danger de se brüler le pied.
Des chausses les nouvelles je dirai proprement : — les boutons petits, et les boutonnières élargies, — ayant mis des chevilles, — par deux cents endroits — la peau paraît, — les braguettes rient, — foi de Dieu ! tu l’auras tantôt sans culotte.
J'ai un gilet de dessous bien beau, — par la faute des déchirures je ne puis le fermer; — ma femme paresseuse, — quand elle a l'aiguille (est en) guerre avec le fil; — crapaud fainéant, — elle demeure à dormir au coin du feu, à peine estelle levée.
Voilà la splendeur qu'ont les charbonniers; — à la crête du béret (est) juste un trou, — réparé par un point; — trois ou quatre travers de doigts de cheveux (y sont) droits, — rebelles; — je ne sais ce qu'ils font de leur argent.
(Sallaberry; F. Michel, Pays basque; pap. Dihinx.)
(1) Galette de maïs ou de millet.