VII. — Quelques jeunes filles d’aujourd’hui
Il y a des fleurs seulement pour les yeux; — elles sont sans odeur, et ne donnent pas de fruit — alors qu’elles ont de belles couleurs ! — A en juger par les couleurs, ce sont les reines des autres.
(x) Var.: Qu'elle doit se marier — saisie par les quarante diables.
À leur image nous voyons — beaucoup de jeunes filles briller maintenant ! — Ceux qui les jugent sur l’apparence — ne se trompent pas peu (les simples !).
Bien qu'elles soient le plus souvent nées dans les champs, — elles ne sont pas faites pour se mettre au travail; — elles ont la poitrine faible, la peau blanche et douce, — elles n’ont pas de courage pour les travaux extérieurs.
Elles demeurent par suite dedans, fuyant le travail ; — ce sera aux parents à travailler pour elles ! — désireuses d’être riches, voulant vivre à l’aise; — quel dommage qu’elles n’aient pas assez de rentes ! |
Si elles étaient seulement instruites dans les travaux du ménage, — à préparer à manger aux heures où il le faut, à faire quelque point dans les hardes vieillies, — elles ne seraient pas inutiles à nos yeux.
Elles n’ont pas la moindre pensée au métier à tisser; — c’est pourquoi elles ne toucheront point de quenouille ; — que les vieilles armoires demeurent vides ! — on fera encore des chemises étroites.
Les rentes petites et les appétits grands, — l'envie de paraître dans le rang des riches, — nulle part rassasiées de vêtements neufs, — quelles essuyeuses des sueurs paternelles !
Voyez nos nouvelles princesses, — les ‘pas petits et les lèvres pincées, — s’en aller tout d’une pièce, pareïlles à des poupées... — dites si elles sont pauvres ou riches.
Elles vont à la fête l'œil léger, — le cœur plus léger, le corps droit; — maintenant elles ne sentent point de mal de ventre, — elles n’ont pus plus peur du tout pour leur poitrine.
Il leur semble, pendant qu’elles sont sur la place, — que les yeux ardents de tous sont sur elles; — elles demeurent là même dans leur gloire au moment inopportun; — l’obscurité de la nuit ne leur fait pas peur en chemin.
Tu allais t’attacher à elles, jeune garçon, — prends garde ! elles ne sont que couleur ! — Pour en chercher une bonne, prends ton temps, — si tu as dans la pensée de vivre heureux.
Mesdames, ne le prenez pas en mal en entendant une parole, — je vous mets à la main une petite fleur : — celle qui, jeune, marche sur ces pas — se flétrira vite dans la honte pénible.
(Sare, concours de 1867.)