‹ Le folk-lore du pays basqueChapitre 83 sur 177 · IX. — La crinoline · texte numérisé non relu

IX. — La crinoline

Je voudrais publier maintenant des vers; — j'aurais de la peine, si je demeurais silencieux, —

mais c’est difficile, — on ne parle plus que de crinoline, — que c'en est une fête: — Satan même ne pense plus à autre chose.

Nos dames se mettent en crinolines, — il n’y

avait rien de plus nécessaire dans les familles, — dans les plus anciennes ; — cela nous traîne à sa suite dans les dettes, — dans les boutiques; — c’est fini! nous voilà tombés dans le ruisseau.

Quatorze aunes de toiles, ce n’est pas laid ; —

pour une crinoline, ce n’est pas assez; — nous ne sommes pas mal! — qui donc a appris le premier cette mode — à mettre en usage ? — Je le

paierais bien si je savais qui c’est.

Les uns facilement et les autres pas, avec peine; — les côtés se sont remplis de crinolines, — de belles choses; — elles sont larges par en bas comme un tonneau, — bossues par en haut, — on devrait les cacher par honte des gens.

Un de ces jours passés, c'était une comédie, —

curieuse à voir au milieu d’une place; — on en riait là. — Il y avait une dame qui voulait aller en voyage — (et) ne pouvait partir: — le

derrière ne lui pouvait entrer dans la voiture. Le postillon, gascon, jurant et sacrant, — donnait toujours des poussées à la crinoline, —

en criant: « Au! diou bibant ! — De combien de centaines de morceaux dois-tu avoir la hanche faite ? — c’est vraiment là l’arche : — impossible

de t’embarquer ainsi en voiture ! »

Tous les pauvres hommes demeurent dans le souci, — pendant que les dames sont dans les crinolines, — en haut des côtes, — si un coup

de vent arrive en ces moments, — à l’improviste, — de crainte qu’il ne les emporte à la mer.

Avant, nous causions, nous, entre nous, — que

nous ne pouvions pas nous rassasier de met-

ture (1) — il y avait de quoi faire! — Maintenant nos dames, c’est tout crinolines, — les filles de même; — qui pourrait savoir d’où elles font ainsi ?

Orgueil malheureux, toi qui vas — nous

causant tant de peines — et de guerres, — puisse la crinoline nous donner la dernière heure — où tu mourras — afin que se perde toujours ton nom |

(Biriatou, 1867, 1870, 8 août 1874; Sallaberry, recneil inédit.)

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