XIV. — Les Gascons
La religion de ces Gascons est à la façon des juifs, — ils ne font pas d’embarras à l’église, — il n’y a pas là de vin à boire, — de mauvais lieux pour s’enivrer, — ils ont peur de tomber et d’être pris en dessous.
Ils ont des chaussures qui pèsent une arrobe (1), — la cravate au cou et la blouse bleue, — les chausses passées, — les chemises rayées, — les bérets et les montres peu payées.
Les Français sont de bon appétit; — quand ils auront tout mangé, nous autres, où en seronsnous ? — Ils veulent de la viande fraîche, — et avec cela du vin aussi; — le café pris, du punch tout plein, fête tant qu’il y a de l'argent.
Les idées de ces Gascons sont toujours de travers, — ils ont aujourd’hui quatre, demain rien du tout; — ils veulent la viande au pot; — ils cherchent l’herbe dans le jardin (2), — ils mangent le chardon quand les sous sont finis.
Les bouchers gardent à la maison les tailles, — les Gascons en prenant (ont) pour payer la quinzaine. — Vienne, vienne ce jour, — mille
(1) Vingt-cinq livres de seize onces (douze kilogr. et demi). (2) La salade, le cresson, que les Basques ne mangent pas.
doutes pour payer, — ils savent comment satisfaire leur corps.
Un de ces jours précédents, c'était la comédie. — Étant tombés dans le puits et presque noyés — trois petis trop bus, — l’eau ensuite par dessus : — pour les sortir il eut du mal, Jose-Antonio.
Ils ont le chemin des assemblées, —— Barrabas portier et Fondes alcalde; — femmes étourdies! — qui avez pleuré avec ces Français, — et pour dire en un mot abandonnées |
Que pensez-vous, jeunes dames, — d’être ainsi trompées par ces vauriens de Français? — Ne pouvant se faire entendre par le langage, — on s'explique par gestes ; — les Français partis, vous voilà ici à vivre veuves.
La pauvre cantinière, comme d’autres, — a entretenu pour rien onze coquins; — il reste beaucoup à payer; — pour se fier aux Gascons, — ils ont mangé à la fille afin que la mère paie |
(Béhobie, 21 décembre 1866.)
XV, — Le 2 mai 1808
En mil huit cent huit, — nous entrâmes soldats, oh! tout naïvement: — nous avions à
servir dans la garde du prince (1), — ïl fallait même le faire si nous étions dans le besoin.
Quand nous fûmes arrivés dans la ville de Madrid, — nous eûmes beaucoup de visages qui nous regardaient : — ils nous disaient que nous étions des Navarrais, — que nous serions de leur côté quand il faudrait.
Le deuxième jour du mois de mai, — nous eûmes la révolte dans la ville de Madrid; — ils voulaient nous chasser hors de la ville, — mais ils se trompaient joliment.
Nous partimes neuf cents de la caserne, — on - nous répartit sur deux places, — prêts en armes contre l'Espagnol : — nous nettoyâmes tous ceux qui se montrèrent.
(Disant) que nous étions des « bérets rouges (2) », sortis à la place, — ils commencèrent tout de suite à faire des moqueries ; — ils pensaient sans doute que nous étions des taureaux, — pour nous forear (3) avec les mouchoirs.
Agitant les mouchoirs et frappant par derrière,
(x) La garde d’honneur de Murat, composée de trois cents basques.
(2) Pendant la première guerre carliste (1833-1839), les soldats du prétendant portaient cette coiffure et furent ainsi appelés chapelgorriac. On voit que dès 1808 cette coiffure était antipathique aux Madrilènes.
(3) Torear, esp., jouer avec le taureau.
190 CHANSONS: SATVMRIQUES
— ils nous criaient : « Tire! tire! carajo! (1) » — Nous leur tirimes une douzaine de coups de fusil : — ceux qui étaient bons s’en allèrent sans dire adieu.
Quand ïls virent notre résolution, — deux sortirent avec une croix chacun; — cependant les autres (lançaient) des pierres de dessous les manteaux : — c'était une peine de laisser en vie une telle (race) !
Les dames de là avaient une conversation — qu’elles désiraient aussi être hommes: — « pourquoi, diable! sont ces gueux de-ftançais ? — Pour une douzaine, je sufhrais avec une autre ».
Fièrement ils commencèrent, chacun dans sa maison, — à tirer des coups de pistolet des galeries; — ensuite ils pensèrent, l’ayant bien éprouvé, — si ces gueux de français avaient de la force.
Les dames de là firent un beau gain, — ayant jeté dans les rues les pots et les pichets; — cela n’est pas un malheur pour les fabricants de vaisselle de terre: — on achète maintenant un
(x) Juron espagnol, correspondant à peu près à notre « foutre ! » On connait le portrait énergique du roi Ferdinand VII: De La frente d la narix, un pobre infelix; — de la narix al corazon, — un Neron; — y, del coraxon abajo, — un grandisimo caraÿo !
EL HUMORISTMIQUES I91
(objet) au prix pour lequel on en avait deux
auparavant.
Fabricants de tuiles de France, je vous fais mes compliments: — maintenant mettez-vous vite au travail, si vous voulez gagner; — il y a maintenant pour sûr à Madrid un moyen de gagner, — (car) ils ont jeté toutes les tuiles des maisons.
Celui qui a donné ce chant est un jeune garçon, — Labourdin et enfant de la montagne; — il a eu envie de donner ces vers, — quand il en a vu
la commodité.
(Arcau, 11 avril 1853.)