XVI. — La disette
En mil huit cent vingt-huit, — un nouveau bruit de mariage (fut) au pays d’Ustaritz: — Bettiri Santz (était) arrivé du côté d’Arraunts (Tr) — (disant) qu’il avait besoin de chercher lä-même une femme. Tue
Nous sommes chacun à notre tour dans ce monde l’objet des bruits de mariage: — Bettiri Santz aime Arrauntz et veut y vivre; — les filles d’Arrontz n’en voulant pas se démènent vivement,
(1) Premier quartier d'Ustaritz, sur la route de Eayonne. :
— elles l’ont chassé vers Hérauritz à coups de chandelles de résine.
Les filles d’Arrauntz : « Bettiri, va à Hérauritz, —situas besoin d’une femme, la chercher là même; — si tu ne peux l’avoir dans une maison, essaie dans une autre; — et convie tout le quartier (1) à tes noces. »
Bettiri Santz étant arrivé fièrement à Hérauritz, — il était douloureux d’entendre le combat que faisaient les bouviers de là, — attachant au joug bien vite les bœufs et les vaches ; — ils voulaient vendre même à Bayonne à perte le bois de
chauffage.
Bettiri Santz, le fanfaron et l’audacieux donneur d'alertes, — chaque jour en guerre avec les
bouviers marchands de bois de chauffage, — sortant sur la route de Bayonne, tu fais aux coups (2) avec eux; — en vendant le bois, ils achètent de quoi repousser ton attaque.
Bettiri Santz le fanfaron, marche doucement, — tu es descendu vers Hiribéhère (3), ah! un petit peu trop tôt. — A Hiribéhère, il y a quelques maisons de riches; — pour faire leur salut, il faut qu’ils rassasient ceux qui ont faim.
(1) Quartier : hameau, section de village, groupe de maisons.
(2) C'est-à-dire 14 te bats, expression bayonnaise.
(3) Ustaritz comprend quatre quartiers, nommés Arraunts, Hérauritz, Hiribéhère et Le Bourg.
Les riches veulent pour eux les bons morceaux ; — cest déjà trop de la meiture pour ceux à ‘qui dure la faim, — il faudrait (trouver) pour eux quelque part un nouveau Dieu — pour les laisser monter au ciel sans avoir fait de bonnes œuvres.
Aux riches leurs biens donnent du brouillard dans la tête; — plus ignorants que les misérables, — ils ne savent pas encore comment est Bettiri Santz, — et ils ne le sauront qu'après lavoir éprouvé eux-mêmes. -
Le riche a un caprice pour ce corps qui doit mourir: — (il n’a) pas trop d’or ni d’argent pour son plaisir périssable; — après la mort, ils auront (pourtant) la terre pour matelas, — une pelletée de terre et quelques vers pour couverture.
Les gens d’Itsassou ayant ouï dire que Bettiri Santz est dans le pays, — se sont mis à l'instant à réunir leurs ânes et leurs cacolets : — « Il nous faut, Ô ma femme, charger agneaux, fromages et cerises, — les vendre à Bayonne et chasser Bettiri Santz ».
Bettiri Santz, mon frère, tu t’appelles, toi, la misère. — J'ai entendu dire depuis longtemps que tu vis à Saint-Pée, — oui, et que tu fais fortement souffrir les gens de là, — leur faisant faire des jeûnes aux jours où ce n’est pas nécessaire.
(F. Michel, Pays.)
BRL