‹ Le fond de Giboyer dialogue avec prologue et pièces justificativesChapitre 6 sur 14 · D'AIGREMONT · texte numérisé non relu

D'AIGREMONT

Après avoir pataugé déplorablement sur social et politique; après avoir dit en son langage que sa pièce non politique devait s'appeler les Cléricaux, si ce vocable politique était de mise au théâtre, l'auteur découvre tout à coup son sujet r t L'anta- « gonisme du principe ancien et du principe mozderne, voilà donc tout le sujet de ma pièce. Je « défie qu'on y trouve un mot excédant cette « question. » Et moi, je le délie de montrer dans

la pièce un mot qui louche à cette question ; je le défie surtout d'y montrer ni principe ancien ni principe moderne, ni trace d'un antagonisme quelconque contre la démocratie. Je n'y vois que des sots et des chenapans qui sont parfaitement d'accord pour taire triompher cette tille de Giboyer. Où est la lutte, où est la contradiction, ouest l'obstacle? Dans celte pièce sociale, où paraît une ombre des forces que la société oppose encore à l'envahissement du Giboyérisme! Enlevez ces misérables masques attachés d'une main si débile sur des mannequins si mal confectionnés, et contemplez les vrais personnages. A la place du marquis d'Auberivc, vous avez Noailies ou Luynes, ou Des Cars, ou le gentilhomme fermier qui habite sa (erre, assiste ses voisins pauvres, élève ses fils pour le service public, introduit les améliorations agricoles, conserve intacts son vieux nom et sa vieille demeure. A la place du comte d'Outreville , vous avez lé rejeton de noble souche qui a pris l'uniforme ci maintient pour sa part les traditions du vieil honneur sous le jeune drapeau; vous avez le confrère de Saint-Vincent de Paul, qui se tient à l'écart des fortunes du temps, mais non pas de ses misères, et qui étudie

de plus près que vous le secret rte les diminuer; vous avez enfin le zouave pontifical, le soldat de Castelfidardo, l'un rte ceux qui sont ou les derniers de la chevalerie ancienne, ou les premiers de la chevalerie moderno, si les temps modernes sont destinés à voir quelque chose de si beau! Quelle figure ferait près d'eux le petit Giboyer, le fils de la plieuse, valet rte plume rte M. Maréchal, et lecteur de madame son épouse pour occuper ses loisirs! Et Maréchal, et Couturier de fa Sarthe, et d'Àigremont , quels noms portent-ils dans le monde? Ils se nomment fiuizot, Broglie, Berryer, Montalembert, Ségur-d'Agucsseau. Parmi tous les noms que l'opinion respecte à quelque titre dans ce temps-ci , — je dis ceux que l'on respecte et non pas qu'on adule, — vous n'en trouveriez pas un qui fût des vôtres. C'est cela, c'est-à-dire la société tout entière que vous prétendez attacher au char de Giboyer, et que vous prétendez vaincre avec le livre inédit de Giboyer?

CODTBRIBR.

Elle sera vaincue, pourtant, et par Giboyer.

— ICO —

d'aigsehoht. ,. r , .„ .„..„, .

Oui, peut-être, mais avec sa main — forte d'ar- ; gousius;, pas avec son .livre.

' '' ,; cCiCTinrEn. • ' *■

Il n'importe guère. Cependant le livre ne nuira pas à la victoire, ni notre comédie. Notre comédie va au but. Son caractère, que vous disiez indéfinissable, est si clair et si marqué, que vous venez de le définir vous-même. Si je daignais la défendre en qualité d'œuvre littéraire, je vous dirais qu'elle a parfaitement une tête et une queue. La tête est le premier acte, la queue est le cinquième, et vous n'avez pas le droit d'être plus difficile que le public, qui se contente parfaitement de cette composition. J'en dirai autant du style et de l'esprit : Vun et l'autre sont à la portée des lecteurs du Siècle, (compris et applaudis dans toute la France, excepté des seuls cléricaux. Nous nous soucions bien de Vos critiques I Ce n'est pas votre langue? c'est la nôtre, et ce sera celle de vos enfants. Langue moderne pour des principes modernes. Vous en verrez bien

d'autres! Le français de Molière a vieilli, nous le rajeunirons en lui transfusant l'argot. L'argot aussi a bien le droit d'être réhabilité! Malheur à vous qui' vous obsfinèz'dans une langue à part! Mais laissons cela, comme la distinction àH social et de politique. La pièce est parfaitement politique. On le nie, pour ne pas infliger à l'administration le déplaisir de -frapper son timbre sur les ailes de la muse^ ce qui eût été « trop plaisant I » Et cette pièce politique est également sociale, puisqu'elle est dirigée contre la société.

.... ., ; .-,,..,.!■;■ ii'aighemost. , „. .

Alors, anti-social est l'expression qui conviendrait. (

Vous, me, ferez bien la grâce de croire que nous -le savions j mais on a toujours des préjugés à ménager.: Un petit déguisement pour assurer la circulation n'est pas coupable, lorsqu'il ne trompe personne. La pièce est donc- dirigée contre. ,1a société :rien de plus légitime, puisqu.il s'agit de faire triompher le- principe moderne, e£ que. la

société, vous venez de le dire, est encore établie sur le principe ancien. Or, quel est ce principe ancien? Le droit divin, le droit de Dieu : principe chrétien, principe ecclésiastique. Donc, tous les tenants du principe ancien, queis qu'ils soient, à quelque degré qu'ils tiennent, sont gens d'Église, cléricaux. Ce vocable n'étant pas de mise au théâtre, on ne l'a pas inscrit au front de la pièce. Un autre vocable eut encore mieux exprimé le dessein et le sentiment de Hauteur : il se dit tout haut dans la tabagie attenante au théâtre, et c'est le vrai titre : Les Calotim. Mais celui-ci n'était pas compatible avec toutes les pudeurs. On a donc donné à la pièce le nom de l'anti-ealolin par excellence : Le FilsdeGilioyer. un bâtard probablement peu baplisé, certainement tres-allranchi des obligations du baptême; un sauvageon d'université, qui n'a jamais été embarrassé d'aucune idée ni flétri d'aucun sacrement catholique, qui s'estimera bien marié à ne l'être qu'à la mairie, et qui se contenterait de l'autel de la nature. Voilà le vrai représentant du principe moderne, délivré de tout lien, de toute relation avec le principe ancien; étranger à la vieille société, à ses traditions, à son culte, t'ait pour laisser tomber ce passé qui ne le

regarde en rien, pour le fouler aux pieds sans pitié, sans colère, sans même daigner savoir ce que c'est. Trouvez-vous tout cela si peu lié et si peu logique?

d'aighemobt.

Non, vraiment; et tout serait fort clair, si la préface n'avait rien explique.

cocTtmiER: " ■

Qui vous dit que l'auteur s'est expliqué dans le dessein d'éclaircir les choses? D'ailleurs, claires ou non, ses expl ications sont superflues autant que vos critiquessont vaines. Il vous a jeté cela par timidité naturelle, peut-être, ou pour se débarrasser de l'imporiunité de vos criailler! es, ou pour couvrir une politique qu'il avait trop démasquée. Peut-être aussi qu'il ne sait pas bien ce qu'il a fait, et qu'il ignore lui-même la portée de son œuvre. Ces curiosités sont creuses; il faut voir le but et le moyen. Or, le but est clair, le moyen puissant. Écoutez les applaudissements rte la foule démocratique. Vous méprjsez la foule, elle vous le rend bien ! Elle n'est que la roule, c'est vrai, mais vous

n'êtes que le petit nombre. Raisonnez, protestez» criez îi la calomnie ; montrez vos vrais visages et le vrai visage de Giboyer, devant qui tout le monde et lui-même reculerait : qu'est-ce que cela fait à la foule? Vous, les honnêtes gens, et lui, le gredin, la foule vous veut voir non tels que vous êtes, mais tels qu'on vous dépeint pour son plaisir. Les masques deviennent les vrais visages. Giboyer monte au Capitale, et, — permettez-moi le style de l'avenir, — vous êtes rasés l .

n'AIGREHONT.

J'en ai peur.

.y | ..... i£ comte

Oh! poitrcela...

,\ ; ... ' ÇODTDILŒR. .;. . .

Rasésl vous dis-je... J'ai eu depuis un mois la fortune de voir travailler Giboyer sur différents théâtres; j'ai senti le souffle de la bête: elle est grande, elle est puissante, et les remparts qu'elle menace ne sont défendus que par ses soldats.

Dans une discussion sur un pareil sujet, l'on peut

emprunter des mots ; j'en emprunte un à Voltaire : Encore quelques années, et le principe ancien verra beau jeu t

,.-.,.„;,.. ..... ; Jim.,,,* ,.. . :

Mon oncle, êtes-vous de cet avis? ne pourronsnous pas combattreî ; ".

Ui-tufisœa-., .-,,.!■. -. :,

Si faitt mais un peu moins qu'à présent. Toute la question est de savoir si Dieu donnera sa démission. Quant aux peuples, ils ont reçu la leur, et ils l'ont acceptée. Les rares individus qui refusent encore sont ce que nous sommes, des ganaches. Rappelle-toi les noms que notre ami d'Aigremont prononçait tout à l'heure, et cherches-en un qui ait une action sociale comparable à celle de l'auteur de Giboyer ou de l'auteur des Ga-

■ . . . , i i y-, ... t , . i v.i. , -, , XB.CWFB. .<• •<■■ .:j. f .i

Quelle honte!

LE MARQUIS. . .,;,..,,„.[

Aht oui. D'autant que l'importance de cesmes^

sieurs, et (Tune foule d'autres, n'est pas dans leur mérite, mais dans leur médaille... Que la médaille soit retirée, l'apostolat est lini, et il faut descendre d'un cran ou de plusieurs en matière d'alimentalion intellectuelle. C'est ce qui ne manquera pas d'arriver à mesure que la démocratie montera. D'autres instructeurs nous apprendront plus formellement les droits de la démocratie et nos devoirs envers cette reine. Et comme ces nouveaux, instructeurs seront tout à lait ineptes, il y aura défense de répondre.

LE COMTE

Mais c'est la tyrannie la plus insupportable I...

LE MABOUIS.

Ohl la plus insupportable!... En fait de tyrannie, qui donc peut se flatter de savoir ce que le genre humain ne supporterait pas? Cette plus insupportable tyrannie" ne sera, que l'organisation de la liberté selon le principe moderne, telle que le inonde en jouissait avant l'avènement du principe ancien qu'il s'agit d'expulser. On brouille un peu les cboses et les noms pour le

service de la démocratie t I,e droit divin, que ce savant Giboyer qualifie de principe ancien, est d'une application sociale Téceirte : il n'a pas quinze siècles d'exercice. Jusqu'au moment oii il fat implanté par le christianisme, l'histoire n'est pleine que des faits et gestes du droit humain, droit absolu de l'homme... sur l'homme. Ce droit avait organise parfaitement la merveille où nous tendons : la démocratie couronnée.

d'aigremomt.

C'était Néron.

LE MARQUIS

C'était Caracalla, c'était Héiiogabale, c'était n'importe qui; et cela allait très-bien, avec des poètes, des gens de lettres, des acteurs, des tribuns, un sénat, des consuls, une année très-brave, des magistrats Ires-savants ; avec le nom de la république sur les monnaies et la souveraineté du peuple dans les protocoles. 11 y avait une égalité qui n'était pas un niveau, mais une succession de niveaux formant une parfaite ligure de hiérarchie; seulement, le plus haut niveau s'arrêtait juste aux

pieds de l'empereur : c'était l'égalité. L'empereur marchait à volonté sur tous les fronts, élevait de terre aux .plus hauts emplois, faisait descendre des plus hauts emplois sous terre, et cela suivant les mérites ou les crimes que sa justice appréciait. A chacun selon ses œuvres! crie l'équitable cœur de Giboyer ; car Giboyer ne serait pas tout ce qu'il doit être, s'il n'était encore sainUsimonien. Qui définira légitimement les œuvres et leur attribuera ou la récompense ou le châtiment? L'infaillible démocratie. Mais comme la démocratie n'a par elle-même que des pattes : la force des choses lui fabrique une tète omnipotente sur laquelle elle réunit la couronne et la tiare. Et voilà cette belle invention de démocratie couronnée, qui vous donne à la fois la hiérarchie, l'ordre, la religion, l'autorité, et le trésor des trésors : l'égalité!

LE COMTE

. MaU la liberté? .,

LE MARQUIS

Sachons sacrifier quelque chose. La liberté est une nouveauté chrétienne, incompatible avec les

nobles exigences de l'égalité. Sous l'influence de l'Évangile,, la chrétienté était une confédération d'indépendances sacrées. A la place de l'Empire, le christianisme avait constitué la foule des nations, libres dans cette atmosphère de justice générale qu'on appelait le droit des gens. Dans chaque nation, à la place de l'Empereur ou du proconsul, il y avait le roi, où plutôt la royauté, puissance contenue, comme la clef de voûte est contenue par les différentes parties de l'édifice même dont elle fait la solidité. Liée à tout, la royauté dépendait de tout. Elle était la principale et non pas l'unique tète de la société. Le clergé, la noblesse, la magistrature, les corporations, la propriété formaient autant de têtes secondaires qui . devaient obéir à la royauté, mais d'après une règle, en conservant leur indépendance légitime et leur permanence au rang hiérarchique qu'eiles occupaient. C'était compliqué. Cet enchevêtrement offrait plusieurs obstacles à la circulation des marchandises, des vaudevilles ■ 'ét de l'artillerie; mais la liberté vivait là-dedans t Le droit finissait toujours par trouver quelque vieux mur derrière lequel il pouvait soit combattre, soit attendre et rallier l'invincible petit

— no -

nombre des cœurs qui ne se soumettaient pas au fait accompli. 89 y a mis ordre! Depuisque je suis au monde, j'entends disputer sur les présents que 89 a faits ou n'a pas faits à l'humanité. Je suis fixé, fl nous a fait un présent que je connais bien : l'esprit de servitude. Seulement, il l'a enveloppé des couleurs de la révolte et lui a donné le nom d'Égalité. — Ah! que c'était bien là le sobriquet que le duc d'Orléans, le grand parricide, devait prendre, et qu'une étonnante logique estau fond de tout I — Donc 89, sous son nom d'Égalité, a coupé toutes ces têtes, percé tous ces remparts, rasé tous ces vieux murs où le droit trouvait un refuge. Toutes les frontières sont renversées ou ébranlées ; l'Empire universel se refait à vue d'œil, des figures de la démocratie couronnée avancent la main sur la tiare, et Giboyer, admissible à tous les emplois, se croît, non sans raison, l'égal d'un honnête homme. Mais pour la liberté, elle peut se préparer à faire un long somme dans les catacombes.

d'aigremoht.

Si elle en trouve! Les catacombes de la Société moderne sont des égouts éclairés au gaz.

LE MARQUIS

Eh! bien, ia liberté conservera toujours son dernier asile : l'échafaud.

LE COMTE

Messieurs, quelque chose en tout ceci n'est pas clair pour moi. Je vois très-bien que le principe Giboyer sacrifie la liberté, mais je me demande comment il sauve l'égalité. De qui l'esclave est-il l'égal? d'un esclave comme lui. Est-ce qu'égalité est synonyme d'esclavage?

d'aigbemont.

N'avez-vous pas médité les réponses de Giboyer à son garçon ?

LE COMTE

Justement; et je les trouve ridicules.

LE MARQUIS

Il est vrai que l'auteur est bon dans cet endroit-là.

LE COUTE

Messieurs, permettez -moi de vous relire cet entretien, qui m'empêche absolument de rien entendre à la thèse sociale de l'avenir. L'enfant Giboyer, ému du discours qu'il vient de copier, s'écrie : « Je crois que la seule base solide dans « l'ordre politique comme dans l'ordre moral , « c'est la foi, làl »

LE MARQUIS

Là! délicieux là! S'il disait na, ce serait encore plus joli. Du reste, l'enfant a bien raison.

LE COUTE

C'est ce qui me semble.

■ XE MÀRQBIS.

Que répond Giboyer père?

LE COMTE

Giboyer père est stupéfait : — Tu es légitimiste à présent? L'enfant recule : — On n'est pas légitimiste

pour ça. — Si fait, répond Giboyer : « — Je ne « connais qu'une façon d'introduire la foi dans la « domaine de la politique, c'est de professer que « tout pouvoir rient de Dieu, et par conséquent ne « doit de comptes qu'à Dieu. Quand on professe « cette opinion, à quelque parti qu'on croie appar- « tenir, on est légitimiste. » Vous voyez qu'ici Giboyer écarte la notion chrétienne du pouvoir, comme au surplus toute la pièce éloigne tout le christianisme en montrant qu'il n'est plus suivi que par des hypocrites, des intrigants et des sots.

d'aigremoht.

Parfaitement.

LE COMTE

Le petit Giboyer n'objecte pas que la société qui professait que le pouvoir vient de Dieu, s'arrangeait aussi pour que le pouvoir rendît ses comptes à Dieu. Il ne dit pas que cette société, qui se faisait l'honneur de ne vouloir recevoir ses maîtres que du ciel, était constituée, amplement pourvue de lois, de règles, de privilèges généraux et particuliers, et qu'elle avait enfin pris soin que toute

puissance ne fût pas laissée à tout ppuvoir. Ce petit Giboyer n'est pas fort.

C0UTUMER.

S'il disait tout cela, il allongerait trop la scène. D'ailleurs, il doit s'arranger pour être battu. Voulez-vous qu'il soit plus savant que son père? Ce serait immoral. Contentei-vous qu'il soit plus honnête.

LE COMTE

Néanmoins, cette nécessité et cette beauté de la foi le frappent si vivement qu'il s'écrie : — «Eh bien! mettons que je suis légitimiste. »

LE MARQUIS

C'est très-beau, ce mouvement, de la part d'un garçon à qui les défectuosités de son état civil doivent inspirer tant de répugnance pour toute légitimité.

Giboyer est renversé. La vie, dit-il, se dérobe sous lui, et il jette à son fils, à son élève, ces pa-

rôles effarées : « Qui t'a volé à moi, cruel enfant? « Par où ni 'échappes-tu? Qui t'a perverti? Il y a « une femme là-dessous! Tu n'es pas légitimiste, « tu es amoureux! »

LE MÂHQDIS.

Éloquentes lamentations d'un père qui voit son fils exposé a croire en Dieu.

LE COUTE

Désespéré, GibOycr avoue son étonnante infamie, et comment il fait des discours, noii-seulement pour prouver ce qu'il ne croit pas, mais pour combattre, ce qu'il croit et vilipender ce qu'il adore : « J'ai déshonoré en ma personne un sol- « dat de la vérité, je ne suis plus digne de la ser- « vir.... »

LE MARQUIS

En conséquence, je continue de la trahir...

le comte, lisant.

« Mais je lui dois un remplaçant, et je me suis a promis que ce serait toi. » !

Et, par ce moyen, je me réhaLilite eu trahissant aussi ceux que je sers par trahison... Il est auguste!

LE COMTE

Le jeune Giboyer tient bon : * Ta vérité n'est « plus la mienne! Celle que je reconnais, c'est « celle qui t'a dicté ton discours. » Voilà le moment de montrer que tout pouvoir ne vient pas de Dieu, et comment le christianisme a cruellement abusé l'humanité en lui persuadant cette erreur et les erreurs concordantes, d'où est née la monstruosité de la monarchie chrétienne. Mais le "vieux Giboyer, accusé d'utopies, se borne à exhiber cette maxime, un peu fripée par l'usage immodéré qu'en font quelques millions de sots : * La pire des utopies est celle qui veut faire re- « brousser chemin à l'humanité. »

LE MAflQUlS.

Bourdaloue!

. LE COXTE.

Le jeune Giboyer objecte que l'humanité « peut se tromper de route, s ce qui me paraît d'autant plus sensé que l'humanité n'est pas une machine absolument sourde, et que, si elle est une machine, elle est gouvernée par des êtres intelligents et libres. Mais le grand Giboyer, abusant de ses moyens, écrase le petit d'une seconde maxime, encore plus triomphante : a Les fleuves ne se « trompent pas, et ils submergent les fous qui « veulent les arrêter. »

d'aighemont.

Turlupin!

Là-dessus, le petit Giboyer rompt. H ne lui vient pas à l'esprit que l'on peut détourner les fleuves, les endiguer, diminuer le volume des eaux... décidément ce garçon est faible, malgré a l'éducation sterling s qu'il a reçue. Néanmoins, il ne se rend pas. Il pousse à Giboyer ce dernier argument : « En somme, vous n'avez rien à mettre à la place de ce que vous avez détruit. »

LE MARQUIS

Cela est encore très-bon. En somme, toutes les objections du petit drôle sont insolubles.

d'aigremowt.

Mais il ne tient pas.

LE COMTE

Ce n'est pas la faute de son pèrel Giboyer lui fait une réponse en deux parties, que je trouve deux fois impayable. Première partie : « Nous « n'avons rien? Et où as-tu vu dam L'histoire « qu'une société en ait remplacé une autre sans « apporter au monde un dogme supérieur'? »

Ainsi Giboyer va nous servir quelque chose de supérieur au dogme chrétien , définitivement écarté. Seconde partie : a L'antiquité n'admettait « l'égalité ni devant la loi humaine ni devant « la loi divine ; le moyen âge (pas le chvistia- « nismel] l'a proclamée au ciel, 89 l'a procla- « mée sur la terre. » Ainsi le dogme supérieur de la société qui vient remplacer la vieille société

basée sur le dogme chrétien, c'est le dogme chrétien de l'égalité t

LE MARQUIS

- N'importe, voilà un couplet troussé ! Je défie quiconque de se procurer des pinces assez fines pour démêler ici le Bourdaloue du Turlupin.

Us sont fusionnés. C'est du Turlaloue ou du Bourdapin.

COUTURIER

Eh! laissez donc le style! c'est du langage égalitaire. L'égalité veut que Bourdaloue devienne identique à Turlupin. Vous vous y ferez. A l'heure qu'il est, prenez plutôt soin de discerner les idées; ne confondez point où l'on distingue. L'égalité du moyen âge et l'égalité de 89 ne sont nullement la même chose.

LE COUTE

Permettez!... C'est à M. Gibaugier que je parle?

COUTURIER

A lui-même.

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