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TROUBLES DE LA PERCEPTION DES COULEURS

Depuis longtemps mon Père (6) a attiré l'attention sur l’importance decestroubles pour le diagnostic des maladies du nerfoptique.

Les troubles de la perception des couleurs consistent en : rétrécissement du champ de perception, dyschromatopsie et achromatopsie. On dit qu’il y a dyschromatopsie lorsqu'un œil ne reconnaît pas une ou plusieurs couleurs; il y a achromatopsie quand l'œil ne reconnait plus aucune couleur ; tous les objets paraissent uniformément teintés : gris, blancs ou noirs.

Le rélrécissement du champ de perception est identique à la diminution du champ visuel pour le blanc : quelquefois, lorsque le champ est très rétréci, la limite de la perception est la même pour toutes les couleurs; mais, en général, chaque couleur a sa limite propre : le vert, comme à l’état normal, a le champ visuel le plus étroit, puis viennent le rouge, le bleu et le jaune. Dans le rétrécissement du champ visuel dû à l’hystérie, les couleurs ne gardent pas les mêmes rapports qu’à l’état normal; ainsi, le rouge peut être perçu dans une plus grande étendue que le blanc.

Le champ visuel pour une couleur, pour le vert d’abord, puis pour le rouge et ainsi de suite, peut se réduire au point de fixation ; si l’acuité visuelle diminue encore, la couleur ne sera plus perçue : il y aura alors dyschromatopsie. Les couleurs disparaissent dans l’ordre qu’elles ont dans l'étendue du champ visuel ; quand l'œil ne percevra plus aucune couleur, il y aura achromatopsie.

La dyschromatopsie correspond, en général, à une diminution

TABÉS 35 assez grande de l’acuité visuelle et à un rétrécissement déjà pro noncé du champ visuel. Il est exceptionnel de trouver dela dyschromalopsie quand l’acuilé visuelle est égale ou supérieure à 4/3.

Au contraire, au dessous de 1/10 d’acuité visuelle, les troubles de la perception des couleurs ne manquent qu’à de rares exceptions : j'ai observé quelques cas où, malgré un rétrécissement assez notable du champ visuel et une acuité égale à 4/15 ou à

1/20, la perception des couleurs était normale. Inversement, on

peut trouver des cas où le champ visuel est normal et où l’acuité visuelle est encore bonne et dans lesquels il existe déjà de l’achromatopsie. Sur 94 cas où j'ai pu faire l'examen de la perception des couleurs, Jai noté 24 fois de la dyschromatopsie et 7 fois une achromatopsie totale : dans ces 7 cas l’acuité visuelle était inférieure à 1/20 et le champ visuel était très rétréci, presque réduit au point de fixalion; dans les 23 autres cas la perception des couleurs était normale.

De même que les deux yeux peuvent avoir une diminution de l’acuité visuelle différente, de même la dyschromatopsie peut être plus ou moins marquée dans chacun d'eux. Un œil peut avoir encore une bonne perceplion colorée quand l’autre ne percevra plus ni le vert ni le rouge ; de même un œil pourra avoir de la dyschromatopsie pour le vert et le rouge et l’autre œil ne plus percevoir aucune couleur.

J'ai observé um cas où le malade percevait encore bien le rouge, mais ne reconnaissait plus ni le jaune ni le vert.

Le plussouvent les malades auxquels on montre une des couleurs que leurs yeux ne perçoiventpas, disent voir du gris; mais parfois ils perçoivent une couleur différente : le rouge leur paraît jaune ou orangé ; le bleu, violet. Les malades ne se rendent pas compte qu’ils ne perçoivent plus les couleurs; en général, ils sonttoutétonnés si on le leur apprend ; dans quelques cas ils s’en aperçoivent par hasard ; c’est ainsi qu'un des tabéliques que j'ai examinés avait eu une discussion «au sujet d’un œuf rouge qu'il soutenait être eris ; un autre avait remarqué que dans la rue il ne voyait que des affiches bleues; celles d’une autre couieur lui paraissaient incolores. 11 faut quelquefois prêter une certaine attention pour distinguer une dyschromaltopsie due à l’atrophie du nerf oplique, d’une dyschromatopsie congénitale, c’est-à-dire du daltonisme.

Tels sont les troubles fonctionnels qu'occasionne l’atrophie du

nerf optique ; mais ces troubles fonctionnels ne correspondent pas toujours à l’aspect de la papille. En général, les troubles visuels précèdent de peu l'apparition des altérations de la papille; mais il peut arriver que l’atrophie parvienne à un stade avancé sans qu’il y ait de troubles accentués de la vue: dans une de mes observations, il y avait une atrophie double très nette et cependant l’acuité visuelle était normale. |

Sur le même sujet, les deux yeux peuvent présenter une atrophie des papilles qui parait à l’ophtalmoscope absolument aussi avancée des deux côtés, et un œil pourra être déjà aveugle et l’autre avoir encore une assez bonne acuité.

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