RÉTRÉCISSEMENT DU CHAMP VISUEL
Le rétrécissement du champ visuel marche généralement de pair avec la diminution de l’acuité visuelle; quelquelois, pourtant, l'acuité visuelle est déjà beaucoup diminuée alors que le champ visuel est encore normal; j'ai assez souvent observé ce fait.
Le plus fréquemment, le malade ne s'aperçoit pas que son champ visuel se rétrécit : il ne s’en rend compte que si ce rétrécissement a une forme hémianopsique; un malade chez qui le champ visuel s’étaitrétréci petit à petit dans lesdeux yeux parla partieinférieure, ne voyait plusquele hautdes maisons, puis seulementles cheminées, et enfin plus rien.
Le rétrécissement du champ visuel se produit le plus souvent sous forme de secteurs périphériques dont les sommets convergent vers le point de fixation: c’est le rétrécissement typique de l’atrophie tabétique; mais si cette forme est la plus fréquente, elle n'est
cependant pas constante; le rétrécissement peut revêtir des formes différentes el assez variées. À
Dans le rétrécissement par secteurs avec encoches, il y a des endroits où le champ visuel est presque normal; puis il se rélrécit à 20°, à 30° ou à 40° pour de nouveau s'élargir; il y à ainsi trois, quatre, cinq encoches dans l'étendue du champ visuel, encochesqui se rapprochent inégalement du point de fixation. Dans ce cas, le rétrécissement est général, aussi bien pour les couleurs que pour le blanc; mais quelquefois, quand le rétrécissement est très léger, le champ visuel pour les couleurs peut avoir gardé ses limites normales, tout en restant inférieures à celles du blanc.
Très souvent on rencontre un rétrécissement plus prononcé du côté temporal; il peut même arriver à simuler une hémianopsie bitemporale lorsqu'il arrive près du point de fixation. Des cas d’hémianopsie ont été signalés par Gowers et par Berger; dans le cas de Gowers c’élait une hémianopsie en quadrant; c'était le secteur inférieur etexterne qui était pris. Jocqs (94), chez trois tabétiques, a observé celte forme hémianopsique temporale: il a montré que dans ces cas la marche de la cécité n’est pas la mème que dans les cas de rélrécissement périphérique concentrique. Quand üil y a hémianopsie temporale, le tabétique devient subitement aveugle, ou à peu près, quand le rétrécissement atteint le point de fixation. J'ai observé un cas d’hémianopsie bitemporale; ce n'était pas absolument lhémianopsie typique comme dans les lésions des voies optiques centrales, en particulier du chiasma, car du côté nasal la vue élail aussi abolie dans la partie supérieure et la partie inférieure. J'ai revu ce malade six mois après ce premier examen : le champ visuel s'était encore rétréci. De l'œil droit, le malade ne voyait que les objets placés dans la portion nasale de son champ visuel, dans le quadrant inférieur, et un peu dans le bas du quadrant supérieur. De l'œil gauche, il n'avait plus de perception lumineuse que dans le quadrant supérieur et nasal. Ainsi en six mois le champ visuel s'était perdu dans tout le quadrant inférieur gauche et dans la plus grande partie du quadrant supérieur nasal droit,
Un autre malade avait une atrophie unilatérale: le champ visuel de ce côté était hémianopsique, rétréci du côté nasal jusqu’à 5° du point de fixation sur la ligne horizontale passant par ce point; audessus et au-dessous de ce point, la limite du champ visuel était
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verticale; du côté gauche il n’y avait pas de rétrécissement du champ visuel; dans ce cas le rétrécissement était nettement hémianopsique.
D'autres fois le champ visuel peut n'être conservé que dans deux secteurs opposés se joignant au point de fixation par une partie resserrée et donnant l’image d’un sablier; dans d’autres cas le rétrécissement est concentrique.
Assez fréquemment on trouve une forme derétrécissement assez particulière : c’est un rétrécissement en forme d’anneau ouvert d’un côté, en forme de C; le plus souvent c’est le côté nasal qui reste ouvert, plus rarement le côlé inférieur ou supérieur.
Le scotome central, que l’on rencontre fréquemment dans les névrites infectieuses ou dans la sclérose en plaques, n’existe que très rarement dans le tabès : on en trouve cependant quatre cas dans la littérature : ceux de Bunge, Althaus, Berger et Panas!.
Parmi les tabétiques que j'ai observés, j'ai rencontré trois fois le scotome central. Dans un cas, le champ visuel était en outre rétréci dans toute la partie inférieure, dansl’œil droit; de ce côté le scotome était absolu pour le blanc et pour les couleurs; à l'œil gauche le champ visuel périphérique était normal, mais il y avait scotome central incomplet; la perception du blanc était conservée, mais il y avait une notable diminution de la perception centrale pour les couleurs. Le malade était un tabétique très caractéristique; mais outre le tabès il avaiteu autrefois(huitans auparavant) du sucre dans les urines; les examens des urines faits dans le service de M. le Prof. Raymond prouvaient qu'au moment de l'observation il n°y avait plus trace de glucose; de plus, c'était un peintre, qui se servait beaucoup de couleurs à la cérusemaisquin’avait jamais eu d'accidents de saturnisme : on peut se demander si dans ce cas il ne s’était pas ajouté à l’atrophic tabétique une névrite toxique due à l’intoxication endogène du diabète ou à l’intoxicationexogène du plomb, névrite qui aurait donné lieu à un scotome central ; mais l'absence de toute trace de sucre au moment de l'examen, alors que les troubles de la vue n'avaient débuté que cinq ou six mois auparavant, permet, de même que le fait de n'avoir jamais eu aucun accident de saturnisme, d'éliminer ces causes et d'attribuer le scotome central à la seule atrophie tabétique.
1. Panas, Trailé des maladies des yeux, tome I. GALEZOWSKI, 3
= Dans un autre cas il y avait, outre un rétrécissement périphérique (secteurs en bas ct à gauche, en haut et à droite dans les deux yeux), un scotome central bilatéral très net.
Enfin, chez un troisième malade, la papille gauche était presque entièrement atrophiée, celle du côté droit l'était moins ; il y avait à gauche un scotome central absolu, s'étendant à 7 ou 8 degrés tout autour du point de fixation : le malade s’en rendait bien compte, disant qu'il voyait mieux de cet œil en regardant un peu de côté qu’en regardant en face. L’œil droit ne présentait qu’un léger rétrécissement périphérique. Il n’y avait aucune cause permettant d'attribuer ce scotome à une névrite infectieuse ou toxique du faisceau maculaire du nerf optique.